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Culture

« Nous aussi, Palestiniens, aimons l’art et la vie... »

Événement

Plus d’une centaine d’œuvres collectées pour le futur Musée d’art moderne et contemporain de Palestine ont été présentées au public à l’Institut du monde arabe de Paris. L’occasion de réaffirmer la solidarité de nombreux artistes et de faire le point sur un projet dont la réalité est de plus en plus tangible.

28/05/2018

Des photographies de Claude Mollard, la série d’installations Pas à pas de Didier Stephant, des lithographies de Rachid Koraichi, mais aussi des aquarelles d’Ahmad Nawash ou de Robert Lapoujade, et bien d’autres pièces encore, constituent les nouvelles acquisitions de la collection du futur musée palestinien, qui devrait voir le jour dans l’avenir à Jérusalem-Est. L’exposition proposée aux visiteurs entre le 10 mars et le 13 mai à l’Institut du monde arabe a permis de mettre en valeur la richesse et la générosité d’artistes du monde entier, qui soutiennent le projet défendu par Élias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco.

À l’origine de ce musée, pour l’instant itinérant, la rencontre de deux éléments : « Il y a une dizaine d’années, de nombreux artistes français ont fait don de leurs œuvres à la délégation palestinienne de l’Unesco pour marquer un acte de solidarité », explique l’historien palestinien. « Puis nous avons eu connaissance de deux mouvements menés au Chili et en Afrique du Sud qui, lors de leurs luttes contre la dictature militaire et contre l’apartheid, ont réalisé un musée à partir d’œuvres collectées pendant leur période de résistance : le musée Salvador Allende et le South African Museum. Dans leur lignée, les œuvres offertes par un artiste solidaire de notre cause palestinienne feront partie de la collection permanente du Musée d’art moderne et contemporain palestinien. »

Si ce projet est jugé « irréaliste aux yeux de certains », selon le poète originaire de Haïfa, il « gagne chaque jour en réalité, surtout depuis que nous avons signé une convention avec le président de l’IMA, Jack Lang, qui nous fait partenaires dans la préparation de ce projet. Nous avons créé une association de droit français qui gère la collection dans les règles. Depuis, chaque année, on présente une partie de ces œuvres : cette année, nous présentons 170 œuvres, dans l’exposition intitulée Nous aussi nous aimons l’art, une référence au poème de Mahmoud Darwish Nous aussi nous aimons la vie. »


(Lire aussi : Aux Etats-Unis, un musée d'art palestinien espère changer les mentalités)


« Petit peuple ; grande question »
L’exposition est un succès : la première de ce type avait accueilli 4 500 visiteurs ; pour la dernière, on est à plus de 10 000 personnes. Élias Sanbar évoque cette réussite avec émotion : « Ce qui me touche, c’est le don de l’artiste qui offre par solidarité une œuvre dans laquelle il a mis une part de lui-même. » L’essayiste ajoute être touché par la réaction des jeunes visiteurs palestiniens qui viennent découvrir les œuvres de la collection de leur futur musée : « J’aime parler avec les plus jeunes, à chaque fois ils me disent qu’il sont fiers que la Palestine possède une collection de cette qualité. Cette fierté est la seule récompense. »

L’afflux de visiteurs venus découvrir une démarche de longue haleine confirme à l’ambassadeur palestinien que le choix de lancer un musée était juste : « Le public est là. Nous sommes un petit peuple, mais une grande question, qui concerne beaucoup de monde. Ce qui explique cet intérêt, c’est que la Palestine est une question centrale, pas seulement au niveau palestinien ou arabe, et l’idée d’aller dans la voie des manifestations artistiques est très forte. » Le soutien que connaît ce projet est très solide : « Bien sûr, Jack Lang nous soutient, mais de nombreuses personnes de la sphère politique française sont à nos côtés, il en est de même dans le monde littéraire et artistique. Nous avons aussi l’appui de l’opinion française, contrairement à ce que pensent les gens. Il y a une solidarité surprenante dans la société française. »

Le Musée d’art moderne et contemporain se trouvera à Jérusalem-Est : « Nous avons plusieurs terrains en vue, il faut finaliser les plans des bâtiments, c’est un travail long. On ne peut pas donner de date précise, mais nous sommes sur la bonne voie. » Mais au regard de l’actualité sanglante à Jérusalem, l’ambassadeur palestinien auprès de l’Unesco se dit « optimiste et inquiet : Notre musée émerge dans des conditions difficiles, la situation régionale est inquiétante, mais c’est un pari sur l’avenir : on mise sur la vie, et l’art est une expression de la vie ».



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