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Économie

L’aventure iranienne des banques allemandes menacée

Sanctions
OLJ
28/05/2018

Plusieurs banques allemandes se sont lancées dans les affaires avec l’Iran ces dernières années en profitant de la détente sur le front du nucléaire. L’aventure menace désormais de tourner court avec les menaces américaines. Washington a donné jusqu’à début novembre aux entreprises étrangères pour cesser les activités avec l’Iran, sous peine de subir des sanctions sans précédent.
Le revirement des États-Unis sur le programme nucléaire iranien frappe particulièrement l’Allemagne, qui a beaucoup investi depuis 2015 pour renouer des liens économiques avec la République islamique. Les grandes banques allemandes, Deutsche Bank et Commerzbank, se sont volontairement tenues à l’écart du jeu, ayant déjà été sévèrement sanctionnées par les États-Unis en 2015 pour le viol d’embargos visant l’Iran. En revanche, certains acteurs bancaires de moindre taille dans le pays y ont vu une opportunité de développement. Parmi eux, le « Centre international de compétence » (KCI) fondé en 2008 par six caisses coopératives à Tuttlingen, dans le Bade-Wurtemberg, pour aider les clients sur des marchés sensibles, en Iran comme au Soudan. L’Allemagne a vu ses échanges avec l’Iran progresser depuis l’accord de 2015, livrant pour 2,57 milliards d’euros (2,99 milliards de dollars) de biens en 2016 (+22 % sur un an), puis 2,97 milliards d’euros l’an dernier (3,5 milliards de dollars, soit +15,5 % sur un an).

Retrait
Malgré les menaces américaines, « nous allons continuer à servir nos clients », assure Patrizia Melfi, directrice des affaires internationales au KCI. Il faut selon elle « attendre de voir à quoi ressembleront les futures sanctions » avant de décider. L’institut n’entend pas baisser les bras alors que la demande a été « en forte hausse ces dernières années, provenant venant de sociétés cotées au Dax et de toute l’Allemagne, également de Suisse », explique Mme Melfi. Traiter avec l’Iran se fait néanmoins avec beaucoup de précaution : les financement ne se font qu’en euros, le KCI ne travaille pas avec des sociétés dont un membre de la direction est américain ou détient la carte verte, et les produits vendus en Iran ne doivent pas contenir plus de 10 % de composants de fabrication américaine. Un contexte qui a exigé « du courage de la part de notre direction », souligne Mme Melfi.
En revanche, chez DZ Bank, l’institut francfortois servant de banque centrale pour plus de 1 000 caisses coopératives locales, l’heure est au retrait complet. « Notre direction a décidé d’arrêter tous les services de paiement avec l’Iran », indique un porte-parole de la banque. En conséquence, le KCI va s’appuyer sur un autre partenaire financier, la filiale allemande de la banque publique iranienne Melli, installée à Hambourg. Mais ce relais pourrait à son tour disparaître si la première banque commerciale d’Iran devait figurer sur la liste américaine des établissements interdits, comme elle l’a déjà été par le passé.
Chez les quelque 390 caisses d’épargne allemandes, les activités avec l’Iran consistent surtout à rédiger des documents autour de contrats d’exportation. « Cela va être examiné avec encore plus attention », indique une source proche du dossier. Un autre cas financier vers l’Iran réside dans la EIH (Banque commerciale européo-iranienne), une banque allemande spécialisée depuis 1971 dans les affaires avec la République islamique. L’établissement hambourgeois reste « entièrement disponible » pour servir ses clients, assure-t-elle sur son site internet.

Bundesbank passive
Rien n’a d’ailleurs encore changé aux yeux de la banque centrale allemande, compétente pour intervenir en cas de sanctions financières de l’UE. Sollicitée par l’AFP, la Bundesbank assure que « seul le régime de sanctions de l’Union européenne (envers l’Iran) sera déterminant », or celui-ci « reste inchangé jusqu’à nouvel ordre ». Si des limites de versements vers l’Iran devaient s’imposer comme avant janvier 2016, alors tout paiement impliquant un partenaire iranien devrait être approuvé par la Bundesbank. Le lobby bancaire allemand, le Kreditwirtschaft, appelle, lui, Berlin et ses partenaires européens à faire œuvre de clarté, afin que les banques et entreprises soient « efficacement protégées contre d’éventuelles sanctions américaines ».
Le temps presse car « beaucoup d’entreprises veulent tout arrêter avec l’Iran, faute de pouvoir évaluer le risque d’y rester », conclut Mme Melfi.
Jean-Philippe LACOUR / AFP

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