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Moyen Orient et Monde

Netanyahu, entre triomphe politique et casseroles judiciaires

Éclairage

La diplomatie du Premier ministre israélien enregistre victoire sur victoire, éclipsant pour l’instant les charges qui pèsent sur lui au plan interne.

21/05/2018

C’est un scénario que les créateurs de la série politique House of Cards auraient pu imaginer. Celui d’un chef d’État qui a brigué et conservé son pouvoir, mais dont les victoires sont constamment menacées par le retour de bâton judiciaire des manœuvres qui lui auraient permis de s’élever au plus haut niveau. En deux semaines à peine, Benjamin Netanyahu a vu ses rêves se réaliser un à un. Le 8 mai, quand Donald Trump se retirait officiellement de l’accord iranien, le président américain prononçait un discours que son homologue israélien aurait pu rédiger lui-même. Le lendemain, c’est dans la communion inspirée par les grands symboles de l’histoire que Benjamin Netanyahu et Vladimir Poutine célébraient ensemble la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie. Pendant ce temps, une armada de chasseurs israéliens se préparaient à la plus grande offensive aérienne en Syrie depuis plus de 40 ans, aboutissant à la destruction de dix cibles présentées comme iraniennes.

Deux jours plus tard, l’intense lobbying de M. Netanyahu pour dissuader le Kremlin de fournir ses systèmes de défense antiaérien S-300 au régime de Bachar el-Assad semblait récompensé. Un proche conseiller de M. Poutine était cité par le journal Izvestiya, démentant des pourparlers entre Damas et Moscou pour un nouveau transfert de technologie militaire. Cerise sur le gâteau avec le bouquet final : la délégation « de marque » accueillant l’ambassade américaine dans ses nouveaux locaux à Jérusalem.

Dans la série américaine produite par Netflix, des succès pareils sont toujours annonciateurs du mauvais temps. Les sceptiques en Israël comparent l’actualité avec la période euphorique qui suivit la guerre des Six-Jours, et préparant le revers de la guerre du Kippour cinq ans plus tard. 

La gauche israélienne opposée à Benjamin Netanyahu se retrouve néanmoins dans une situation embarrassante : espérer que ses propres conjectures ne se réalisent pas. Ceux qui osent gâcher la fête sont des prophètes du malheur. Discuter le triomphe de « Bibi » revient à souhaiter le pire pour Israël, puisque désormais « l’État, c’est lui », adage attribué à Louis XIV mis au goût du jour par Anshel Pfeffer, journaliste au Haaretz et auteur d’une biographie récente sur le Premier ministre israélien. 

Seuls les ennuis judiciaires ont fourni la première piqûre de rappel vers la réalité. La Société israélienne de radiodiffusion a rapporté jeudi que Benjamin Netanyahu sera interrogé de nouveau dans le cadre du « cas 2000 » après que l’un des principaux témoins de l’affaire a fourni de nouvelles pièces aux enquêteurs. Dans cette affaire, il est soupçonné d’avoir proposé à l’éditeur du quotidien Yediot Aharonot, moyennant une couverture journalistique avantageuse, de limiter la publication de son rival Israel Hayom.


(Pour mémoire : La fenêtre d’opportunité de Naftali Bennett)


Revanche personnelle

Le discrédit de l’opposition a atteint des sommets avec les zigzags de Yaïr Lapid, à la tête du parti centriste Yesh Atid, le plus sérieux concurrent du Premier ministre sortant, si des élections devaient se tenir aujourd’hui. La semaine dernière, M. Lapid est passé en quelques heures de « contre » à « pour » le retrait américain de l’accord iranien, faisant sienne l’opinion que Téhéran représente un danger existentiel pour Israël. Une façon de reconnaître que M. Netanyahu avait raison depuis le début.

Il n’y a en effet pas un thème qui soit autant associé à la personne du Premier ministre que la prévention de la menace iranienne. Il y a 25 ans, M. Netanyahu, alors étoile montante du Likoud, écrivait dans les colonnes du quotidien Yediot Aharonot que « la menace la plus dangereuse pour l’existence d’Israël n’est pas à chercher dans les pays arabes, mais dans l’Iran ». À l’époque, son obsession pour la menace iranienne recueillait les rires et le dédain de ses pairs. Il récolte aujourd’hui les fruits d’un matraquage de 25 ans.

Un autre accomplissement personnel pour Benjamin Netanyahu réside dans sa capacité à construire de nouvelles alliances et consolider la plus importante : celle qui lie l’État hébreu aux États-Unis. Le Premier ministre israélien est parvenu à identifier une tendance : le monde se lasse de la cause palestinienne. Il a récemment été honoré par deux poids lourds asiatiques, ses homologues indien, Narendra Modi, qui lui a déroulé le tapis rouge à New Delhi en janvier dernier, et le japonais, Shinzo Abe, que Benjamin Netayahu a reçu chez lui début mai. Le Premier ministre israélien a également renforcé ses liens au début de l’année avec la Hongrie, la Pologne et l’Autriche. Pressés d’acquérir les technologies israéliennes aussi bien civiles que militaires, ces géants asiatiques et ces petites ou moyennes nations européennes font peu de cas d’un conflit qu’ils comprennent de loin. La cause palestinienne ne fait pas réellement partie de la culture politique de ces pays, excepté peut-être pour l’Inde qui maintient un soutien cosmétique aux Palestiniens, hérités de la diplomatie anticolonialiste de ses fondateurs.

Benjamin Netanyahu entretient également des liens non officiels mais cependant étroits avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont les forces de sécurité agissent dans le Sinaï en coopération avec les forces israéliennes. Lors d’une session d’étude de la Torah à sa résidence officielle jeudi dernier, le Premier ministre israélien s’est félicité des développements positifs avec les « fils d’Ismaël », une référence aux Arabes, considérés dans la tradition juive comme les descendants de l’Ismaël biblique. Une référence implicite au rapprochement entre Tel-Aviv et certaines monarchies du Golfe. Le 10 mai, Bahreïn affirmait par la voix de son ministre des Affaires étrangères le « droit d’Israël de se défendre » contre l’Iran, la première déclaration publique « pro-Israël dans les circonstances présentes » d’un État du Golfe.


Concentration des pouvoirs

Parallèlement à la personnalisation accentuée de la diplomatie israélienne, des évolutions institutionnelles internes vont dans le sens d’une concentration des pouvoirs régaliens dans les mains du Premier ministre. Tard dans la soirée du 30 avril dernier, le Parlement israélien a approuvé un amendement à la Loi fondamentale, limitant le pouvoir de déclarer la guerre à un quorum restreint de ministres. Une clause portant sur des circonstances « extrêmes » a été ajoutée, sans que la loi ne définisse précisément ni les circonstances « extrêmes » ni par défaut les circonstances « générales », ce qui permet au Premier ministre et au ministre de la Défense de décider exclusivement de l’entrée en guerre. Pour Sébastien Boussois, chercheur associé à l’Université libre de Bruxelles, cette loi concorde avec la « théorie du chaos » qui gouverne la politique du Premier ministre israélien. « Sa stratégie de communication est de se maintenir comme le personnage incontournable dont la société ne peut se passer, dans un contexte régional aussi périlleux que celui d’aujourd’hui. Il y a une sorte de messianisme chez Netanyahu, qui entretient l’image apocalyptique de la destruction d’Israël par l’ennemi iranien », a-t-il dit.


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Irene Said

Imaginons un monde sans:
Netanyahu
Donald Trump
Khameneï + Hezbollah
Bachar el-Assad
Erdogan
...presque le paradis...non ?
Irène Saïd

LA TABLE RONDE

Les poursuites judiciaires ne sont qu'une épée de damocles sur la tête de ce criminel, tant qu'il réussit elles seront sans effet mais sil venait à connaître un retour de manivelle il saute illico presto.

C'est pareil pour son larbin clown déséquilibré mental Donald trump-pète, tant qu'il bosse pour eux aucune poursuite naboutira.

Et les sympathisants continueront à chanter ses louanges.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LES BOMBARDEMENTS EN SYRIE SUR DES POSITIONS DES IRANIENS ET LEURS ACCESSOIRES CONTINUENT SANS AUCUNE INTERRUPTION !

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