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Culture

Chris et Noël, deux inspecteurs géographiques

Exposition

Dans « The Distance Is Always Other », deux photographes reviennent sur le parcours en images de deux Américains dans les lieux touristiques libanais avant la guerre civile.

15/05/2018

1973. Avant que le pays du Cèdre ne pénètre dans le tunnel d’une guerre sanglante qui transforme sa configuration, deux touristes américains faisaient le trajet de l’hôtel Phoenicia aux Cèdres, un parcours que tant d’autres amoureux et curieux du Liban avaient fait à l’époque, tout en prenant des photos pour « fixer ou graver » ces instants. Quarante-cinq ans plus tard, deux photographes, Noël Nasr et Chris Coekin, l’un libanais, l’autre britannique, refont le même trajet, en tentant de répliquer l’expérience. « Une longue aventure, explique Chris Coekin, qui a commencé par l’achat de photos d’archives sur e-Bay, une trentaine à peu près, et qui s’est terminée par l’exposition ici présente à la galerie ArtLab. » Tout en passant certainement par la rencontre avec le curateur Abed al-Kadiri, à la fois directeur et cofondateur avec Sara Jalabi de la maison d’éditions Dongola. Ce dernier, qui a eu foi en ce projet, a voulu le pérenniser en éditant un ouvrage conçu par l’artiste iranien Reza Abedini et écrit par le Libanais Fadi Tofeili. Le livre redonne en effet vie à cette longue démarche.

Le 3D d’antan
Noël Nasr remonte comme le cadran de la montre les étapes de cette exposition d’une dizaine de photos et de la réalisation de l’ouvrage les accompagnant. « Quant Chris a acheté ces photos touristiques, j’ai été tenté par le projet qu’il m’a présenté. Il nous fallait revenir sur les pas de ces touristes, reprendre les mêmes clichés que ces deux Américains anonymes, juste au même endroit où ils s’étaient posés pour les faire, puis les juxtaposer les uns aux autres, afin d’obtenir le même décalage qu’ils avaient réalisé quarante ans auparavant, une sorte de 3D. Chacun de nous, muni du même matériel de l’époque, à savoir des anciennes caméras analogues – pour faire revivre les mêmes impressions –, mais aussi de son propre passé photographique, allait choisir librement son angle et travailler. » Faire fi des nouvelles techniques et se contenter d’une ouverture de champ assez limitée tout en essayant de tirer le maximum de potentiel de la caméra, tels étaient leurs objectifs pour obtenir un format carré. « C’est comme si on se mettait dans la peau et dans l’esprit de ces photographes amateurs et qu’on reconfigurait les limites et le relief d’un pays, poursuit Nasr. Nous étions tels des enquêteurs géographiques. » 

« La photographie, rajoute Coekin, enregistre le temps. C’est sa fonction primordiale. Comment une personne traduit-elle ses impressions personnelles par la photo ? Comment diffère la vision d’une personne à une autre et à quel point la distance choisie joue-t-elle un rôle dans la représentation d’un site, d’un lieu ou de tout autre objet photographié ? Telles sont les questions que nous nous sommes posées en réalisant cette démarche. » « Alors que Noël connaît son pays pour y être né, ajoute-t-il, je suis ce qu’on peut appeler un outsider, qui n’a connu le Liban qu’à travers les nouvelles qui diffusaient le déroulement de la guerre. Déjà, au départ, nos conceptions diffèrent, alors qu’elles se retrouvent dans l’art d’utiliser la photo même. » « Nous interrogeons la photographie en tant que médium, interrompt Noël Nasr, et nous interrogeons sa subjectivité. Il ne s’agit pas là d’un travail nostalgique ou explicatif et narratif, mais simplement d’une expérience relatée par des photographes chevronnés qui ont voulu la partager avec le regard des autres. » 

« Ce qui a été pour eux comme une (re)mise en question de la photographie contemporaine comprend plusieurs strates de lecture, note pour sa part Abed al-Kadiri. C’est certainement un travail artistique, mais c’est aussi une expérience scientifique. » Celle-ci, par un calcul minutieux et précis, essaye de conjuguer l’avancée du temps, son travail d’érosion mais aussi le potentiel de l’art de la photographie, voire ses possibilités de reconstruction.

Galerie Artlab
Gemmayzé. Jusqu’au 23 mai.

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