Je suis gay. Aujourd’hui j’assume, mais voici ce que j’aurais voulu lire quand j’avais 11 ans.
Alors voilà, j’aurais voulu avoir un amoureux. Au primaire, au collège, au lycée. Avoir une belle histoire. Une histoire d’enfant. J’aurais voulu avoir droit à ça. Les mots qui s’échangent sous les tables. Le cœur qui bat plus fort.
J’aurais voulu profiter de ma jeunesse. Ne pas tricher toutes ces années. Ne pas mentir. Ne pas faire semblant. Être qui je suis plutôt. L’être tout en étant heureux et fier, en montrant l’étendue des talents que me confère cette identité : ma sensibilité, mon empathie, mon caractère affirmé, mon amour pour l’art et pour la créativité.
J’aurais voulu être amoureux, enfant. Avoir ce que la plupart avez tous et toutes eu, enfant.
J’aurais voulu ne pas me contraindre, ne pas faire semblant pour être « comme les autres ». Ne pas faire souffrir mes parents parce que j’étais malheureux et refusais de dire pourquoi. J’aurais voulu être moi. Avoir ce que les autres avaient. Ne pas rire quand j’entendais des blagues méchantes visant celles et ceux qui avaient mille fois mon courage d’être ce qu’ils étaient, sans honte, avec fierté.
Comme ce garçon, Nader, à l’école. Il était gentil, doux, et pourtant ses gestes, sa voix, son identité, bref ce qu’il était de franc, d’authentique, étaient moqués parce qu’on lui collait l’étiquette « homo » sur le front et qu’il n’a jamais démenti… Il a toujours relevé la tête. Il m’a fallu des années pour comprendre combien il était plus libre que beaucoup d’entre nous, libre d’être qui il était et de témoigner par sa seule existence de l’extraordinaire diversité du genre humain.
Je ne savais pas cependant que malgré tous mes stratagèmes pour que les autres ne me soupçonnent jamais d’être qui j’étais, j’allais à mon tour subir les tourments et moqueries que ce garçon avait subis.
Qui va me rendre ces années perdues ? Ce qui aurait pu être et n’a jamais eu lieu ? Qui me rendra ce qu’on m’a pris ? Qui me rendra justice ? La vérité, c’est que j’ai mal. Que j’ai de la colère contre les gens qui nous font ça. Ces mêmes gens qui prétendent se battre pour les enfants et qui pourtant mettent dans nos bouches des mots aussi violents en utilisant comme bouclier une religion ou une culture de société. Je suis aujourd’hui, à 34 ans, un jeune homme souffrant de mélancolie suite à cet épisode de ma vie.
Mais l’homophobie ce n’est pas seulement quelqu’un qui crie « À mort les pédés ! » ou qui cherche à nuire aux personnes homosexuelles quel que soit le prétexte utilisé. L’homophobie, c’est aussi des millions d’existences contraintes, de petits bonheurs universels gâchés, de destinées retardées. Des millions de gens qui ont vécu, vivent et vivront une autre existence que la leur, une autre vie que la leur, qui marcheront à côté d’eux-mêmes, qui passeront à côté de ce que, au fond, ils étaient destinés à connaître, à aimer et chérir. Ce que nous voulons toutes et tous. Une vie à nous. Une vie qui nous ressemble et nous appartienne.
L’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, ce sont d’abord des ombres et des millions de vies ratées.
Et ceux qui pensent que cela n’a pas à être dit, que l’affirmation d’une orientation sexuelle, d’une identité de genre relève de quelque chose de personnel, ceux-là je les envie, car ils ignorent la violence qu’il y a à vivre dans un monde où votre différence est au mieux passée sous silence ou moquée, au pire combattue, psychiatrisée comme aux États-Unis, frappée comme en France, emprisonnée comme au Liban et au Maghreb, éradiquée comme en Arabie saoudite et en Iran, ou déportée dans des camps comme en Tchétchénie.
Ces gens qui ignorent le courage qu’il faut pour accomplir un geste aussi anodin que tenir la main de la personne qu’on aime dans la rue.
Je rêve d’un jour où les personnes gays, lesbiennes, bi ou transgenres n’auront plus à exprimer publiquement leur appartenance à une population sociologiquement minorisée.
Oui, la vocation des coming out n’est rien moins que la visibilité et l’acceptation totale et sans condition d’au moins 25 % de la population mondiale.
Ce jour viendra.
Alors nous n’aurons plus à sortir du placard, parce qu’il n’y aura plus de placard. Alors nous n’aurons plus peur d’être qui nous sommes : le vivant visage de l’extraordinaire diversité du genre humain.
Et si je parle aujourd’hui, si je confie quelque chose que certains considèrent comme relevant de la vie privée, c’est parce que je veux dire à celles et ceux qui ont peur comme j’ai eu peur, qui ont mal comme j’ai eu mal, qui sont moqués comme j’ai pu l’être : Tu as le droit de t’aimer comme tu es, tu as le droit de vivre fièrement avec celui ou celle que tu aimes, tu as le droit d’exister sans honte, sans culpabilité, tu as le droit de revendiquer ton identité et ta place dans ce monde. Tu as le droit d’être gay, lesbienne, transgenre, hétéro, d’accepter qui tu es et d’être heureux ou heureuse avec cette personne que tu es.
Tu as le droit. Aucune culture, aucune croyance, aucune autorité et aucune religion n’a le droit de te l’interdire.
Merci à Baptiste Beaulieu, médecin généraliste et romancier, qui sans le savoir m’a permis de trouver tous ces mots.
Nos lecteurs ont la parole - Par Karl
Je suis gay
OLJ / le 07 mai 2018 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Ce sont ces petits gestes de grand courage qui font changer la société!
16 h 34, le 08 mai 2018