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Moyen Orient et Monde

Reconduit à la tête de l’OLP, Abbas plus affaibli que jamais

Éclairage

Le chef palestinien semble entraîné dans un mouvement de déclin irréversible.

05/05/2018

Éteindre un feu qui se propage est un exercice des plus difficiles. Mahmoud Abbas est en train d’en faire l’amère expérience depuis quelques jours. C’est dans la tourmente et sur fond d’accusations d’antisémitisme et de négationnisme que Mahmoud Abbas, 83 ans, s’est fait réélire, dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mai, à la tête du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Cette réélection intervient après une réunion de quatre jours du Conseil national palestinien (CNP – Parlement) à Ramallah, en Cisjordanie occupée. M. Abbas « a été proposé et unanimement approuvé comme le président de l’État de Palestine », a dit à l’AFP Nabil Chaath, un haut conseiller de Mahmoud Abbas.

M. Abbas est à la tête de l’Autorité palestinienne depuis 2005. Mais compte tenu des divisions interpalestiniennes qui ont secoué la région pendant des années, d’autres élections n’ont pas pu être organisées et M. Abbas ne pouvait pas remettre son poste en jeu. Il y est maintenant reconduit par le CNP et va devoir effectuer un mandat sur un chemin semé d’embûches, du fait de la détérioration de ses relations avec Israël, les Américains mais aussi avec les Palestiniens eux-mêmes dont une partie le considère comme illégitime. 

M. Abbas a vécu des derniers mois très compliqués. La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’État hébreu a remis en question toute la stratégie de l’OLP, sans pour autant ouvrir la voie à une solution alternative. L’échec du processus de réconciliation avec le Hamas n’a rien arrangé, si bien que le successeur de Yasser Arafat apparaît plus affaibli que jamais. 

Ses récents propos, unanimement dénoncés comme antisémites et dans lesquels il affirmait que les massacres des juifs d’Europe étaient moins dus à l’antisémitisme qu’à leur rôle dans la société, notamment dans le secteur bancaire, ressemblent à la goutte d’eau qui fait déborder le vase. 


(Lire aussi : Abbas accusé de propos antisémites : "Il est tombé plus bas que jamais")


Ces propos ont rapidement entraîné une vague de condamnations dont celle des États-Unis, Israël, plusieurs pays européens ainsi que l’ONU. Mahmoud Abbas a alors profité de sa réélection pour s’excuser publiquement. « Si mes propos devant le Conseil national palestinien ont offensé des gens, en particulier des gens de confession juive, je leur présente mes excuses », a déclaré le président palestinien dans un communiqué. « Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes et confirmons notre engagement envers une solution à deux États, et à vivre côte à côte dans la paix et la sécurité », a assuré hier M. Abbas. 

Ces excuses n’ont pas été acceptées par le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, peu avare de ce type de surenchères. « Abou Mazen (nom de guerre de Mahmoud Abbas) est un pitoyable négationniste qui a rédigé un doctorat niant l’Holocauste puis, plus tard, a publié un livre négationniste. C’est ainsi qu’on doit le considérer. Ses excuses ne sont pas acceptées », a-t-il réagi sur Twitter. Washington a par ailleurs demandé hier au Conseil de sécurité des Nations unies de condamner les propos « inacceptables » et « profondément troublant » de M. Abbas. Mais ces propos ont été prononcés à un moment où le président de l’Autorité palestinienne se trouve dans une position délicate tant du point de vue de sa politique intérieure qu’extérieure. 


(Pour mémoire : Abbas traite l’ambassadeur US en Israël de « fils de chien ») 


Une position délicate 

Au niveau interne, la réélection à l’unanimité de Mahmoud Abbas par les membres du CNP n’empêche paradoxalement pas ce dernier d’être fragilisé dans sa position de président. Il est confronté depuis des années à des divisions au sein de la société palestinienne qui vont bien au-delà des divisions entre le Hamas (qui contrôle la bande de Gaza) et le Fateh (qui dirige en Cisjordanie occupée). M. Abbas « est dans une position de forte contestation interne (...) il y en a même au sein du Fateh et aussi de la part des mouvements de résistance populaire de la jeunesse palestinienne », dit à L’Orient-Le Jour Stéphanie Latte Abdallah, chercheuse au CNRS et membre du CERI de Science-Po, spécialiste de la question palestinienne. « En interne, il n’a pas choisi la bonne voie, au lieu de profiter du cadre de l’OLP qui inclut tous les Palestiniens, la diaspora et d’autres factions, il a convoqué le CNP à Ramallah. Cela sonne comme une forme de capture de l’OLP par l’Autorité palestinienne et par le Fateh (…) Il aurait pu gagner en légitimité en ouvrant le vote à un espace démocratique et en ne recréant pas une fausse démocratie à l’intérieur de l’OLP qui empêche les autres factions de s’exprimer », ajoute-t-elle.

Au niveau de la politique extérieure, parmi les missions que Mahmoud Abbas va devoir effectuer durant son nouveau mandat, le feuilleton du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et la visite probable de Donald Trump dans la ville trois fois sainte cette année. Depuis ce jour, les violences verbales et les hostilités entre Palestiniens, Israéliens et Américains n’ont cessé de croître. Mahmoud Abbas a d’ailleurs refusé de voir les États-Unis jouer à nouveau le rôle d’arbitre du processus de paix israélo-palestinien, et attend, comme le reste de la communauté internationale, le plan de paix que l’administration Trump doit présenter pour résoudre ce conflit qui célèbre ses soixante-dix ans cette année. Mais Mahmoud Abbas reste toutefois engagé pour la solution dite « à deux États », et de ce point de vue là, son combat reste apprécié par la société palestinienne, selon Stéphanie Latte Abdallah,. « Mahmoud Abbas est considéré comme légitime du point de vue du processus de paix et des négociations pour son engagement (…) Il poursuit son idée d’adhésion à l’ensemble des organismes internationaux, et reste favorable à l’option d’une solution à deux États et à la reconnaissance de l’État d’Israël », conclut-elle.




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ILS FERAIENT MIEUX DE LE CHANGER !

BOSS QUI BOSSE

Pourquoi serait ça qui l'affaiblirait le plus ?

Il est affaibli avant tout , par l'abandon que ses sponsors sunnites et chrétiens font subir depuis 48 à cette terre USURPÉE .

HIJAZI ABDULRAHIM

ne lui a t on pas dit que les cimetières sont pleins de gens indispensables? Pauvre Palestine?

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