Nations unies

Devant le Conseil de sécurité, Abbas réclame un « mécanisme international » pour la paix

Le président palestinien rejette une médiation unique des États-Unis et demande la suspension de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a réclamé hier au Conseil de sécurité de l’ONU la « création d’un mécanisme multilatéral » pour régler la question palestinienne via « une conférence internationale » à la mi-2018. Drew Angerer/Getty Images/AFP

Le président palestinien Mahmoud Abbas, brouillé avec les États-Unis, a réclamé hier au Conseil de sécurité de l’ONU la « création d’un mécanisme multilatéral » pour régler la question palestinienne via « une conférence internationale » à la mi-2018. Ce faisant, M. Abbas a rejeté une médiation unique des États-Unis dans le processus de paix au Proche-Orient, dans l’impasse depuis des années.
« Il est essentiel de créer un mécanisme multilatéral grâce à une conférence internationale » pour avoir la paix au Proche-Orient, a déclaré M. Abbas, sans préciser où elle pourrait se tenir. « Aidez-nous ! » a-t-il imploré les 15 membres du Conseil de sécurité. Le président palestinien a ensuite quitté la salle sous les applaudissements, n’assistant ni à l’allocution de l’ambassadrice américaine Nikki Haley ni à celle de son homologue israélien Danny Danon. Son départ a été déploré par les deux diplomates. « Nous n’allons pas vous courir après ! » a répondu Nikki Haley lors de son intervention, en évoquant de manière vague une réflexion américaine en cours pour une paix au Proche-Orient.
Lors de sa longue et rare intervention empreinte de solennité et de fermeté devant la plus haute instance de l’ONU, Mahmoud Abbas a demandé aux pays n’ayant pas reconnu l’État de Palestine de le faire. Sur les 193 nations membres des Nations unies, 138 États l’ont fait, a-t-il rappelé. « Nous reviendrons au Conseil de sécurité et demanderons à avoir cette protection » d’une reconnaissance pleine et entière d’un État. « Reconnaître l’État de Palestine ne va pas contre des négociations », mais les favorise, a-t-il insisté. La Palestine est depuis 2012 « État observateur non membre » de l’ONU, ce qui lui a permis d’intégrer des agences onusiennes et de rejoindre la Cour pénale internationale (CPI). Un statut de membre passe par une recommandation du Conseil de sécurité à l’Assemblée générale de l’ONU, sans veto des États-Unis, premier soutien d’Israël.
En restant mesuré dans l’expression à l’égard de Washington, M. Abbas a aussi dénoncé les décisions unilatérales, comme la reconnaissance fin 2017 par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël, sous le regard fixe de Nikki Haley, les bras croisés. « Nous voulons que Jérusalem soit ouverte aux trois religions monothéistes », a souligné M. Abbas, en réclamant que Jérusalem soit aussi la capitale du futur État palestinien. M. Abbas rejette une médiation unique de l’administration américaine depuis cette décision américaine sur Jérusalem, dont il a demandé hier « la suspension ». « Cette décision ne changera pas », lui a répondu sèchement Mme Haley. Elle a reproché à l’ONU de passer « trop de temps » à parler du Proche-Orient et de mettre en cause systématiquement la responsabilité d’Israël, « le pays le plus démocratique du Moyen-Orient », dans l’absence de progrès. Danny Danon a, lui, rejeté en bloc le discours du président palestinien. « Vous ne faites pas partie de la solution, mais du problème. Lorsque nous tendons la main, Mahmoud Abbas tend le poing », a-t-il résumé.

Un mirage dans le désert
En décembre, les Palestiniens avaient bénéficié de l’unanimité du Conseil de sécurité moins une voix – un veto de Washington – pour condamner la décision américaine de reconnaissance de Jérusalem. Cette condamnation avait ensuite été approuvée majoritairement par l’Assemblée générale de l’ONU.
L’administration Trump affirme, elle, travailler sur un plan de paix pour le Proche-Orient, mais ce dernier semble toujours dans les limbes. « Ils sont en pleine discussion interne », a expliqué un diplomate, qui doute que Washington sache déjà où en venir. Jared Kushner, beau-fils du président Donald Trump et qui tient le rôle d’intermédiaire au Moyen-Orient, avait fait le déplacement à New York pour assister à la réunion du Conseil de sécurité. Le « compromis » envisagé par l’administration américaine contient « beaucoup de potentiel » pour améliorer la vie des Palestiniens, a assuré Mme Haley, sans élaborer. « Nous n’avons jamais refusé le dialogue », a affirmé M. Abbas, estimant qu’« Israël s’est détourné de la solution à deux États ». « Le gouvernement de Donald Trump n’a pas éclairci sa position. Est-il favorable à un État ou deux États ? » a-t-il demandé. « L’occupation israélienne qui était autrefois temporaire est devenue permanente », a-t-il encore déploré. « Quatre-vingt-six résolutions de l’ONU sont restées lettre morte », a-t-il enfin asséné.
De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a renouvelé ses mises en garde contre la création d’une « réalité irréversible à un État » au lieu de la solution préconisée jusqu’à présent de deux États vivant côte à côte. « Il n’y a pas de plan B », a-t-il martelé, une position reprise par la Russie. « Si on n’y prend pas garde, cette solution disparaîtra comme un mirage dans le désert », a abondé l’ambassadeur français, François Delattre.

Source : AFP


Le président palestinien Mahmoud Abbas, brouillé avec les États-Unis, a réclamé hier au Conseil de sécurité de l’ONU la « création d’un mécanisme multilatéral » pour régler la question palestinienne via « une conférence internationale » à la mi-2018. Ce faisant, M. Abbas a rejeté une médiation unique des États-Unis dans le processus de paix au...

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