Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Fadlallah Dagher

Une occasion à saisir

À une semaine des élections, les citoyens sont confrontés au dilemne de ce qu’on leur qualifie de “vote utile”: les tenants de cette thèse sont en général les partisans de l’establishment politique, à quelque bord qu’ils appartiennent (si tant est que cela ait encore un sens) pour qui voter “utile” revient à ne pas “gaspiller” de voix sur les listes “faibles”, soit, en clair, celles de la société civile.
L’argument mérite analyse. Faut-il en effet se déplacer le jour du scrutin ? Et dans l’éventail des candidats, comment faire son choix alors que le débat politique est inexistant en raison d’alliances électorales pour le moins improbables entre candidats aux lignes stratégiques divergentes, sinon carrément opposées ? Nous assistons en effet à un carnaval où certains annoncent d’emblée, sans honte, que leurs alliances électorales ne les engagent nullement au-delà du jour des élections. Cette attitude en dit long sur le mépris de nos “élites politiques” vis-à-vis de l’électeur, appelé à cautionner l’incohérence de choix opportunistes.
Faut-il rappeler que la classe politique est dominée par les seigneurs de la guerre et d’autres figures affairistes qui ont fait main basse sur la représentation du peuple depuis quarante ans (15 ans de guerre, et plus de 25 ans de partage du pouvoir sous la 2e République) en se posant en champions communautaires au détriment de la construction de l’État, et en faisant fi des services dus aux citoyens ? Ils se sont octroyé l’amnistie pour leurs crimes de guerre (200 000 morts, 17 000 disparus…), et n’hésiteront pas à faire de même pour les dettes que leur incompétence et leur corruption ont générées (près de 100 milliards de dollars). Ils se prétendent garants de la paix civile et tiennent les citoyens en otages.
Face au bazar électoral proposé, de nouvelles figures réformistes émergent sous l’étendard de la société civile, avec “Koullouna Watani” ou “Madania”. Ces femmes et ces hommes “normaux” ont décidé d’agir pour défendre la dignité des citoyens, en proposant de mettre leurs compétences et leur expérience au service de la réhabilitation de l’État en brisant le monopole des figures politiques et des partis au pouvoir qui ont montré leur connivence et l’ampleur de leur incompétence. Que faut-il pour que ces candidats gagnent les élections?
La réponse peut venir de quelques chiffres : le corps électoral est estimé à trois millions six cent mille personnes, mais aux élections législatives, la participation est autour de 50 %, soit près de 1,8 million de votants. Les partis et figures de l’establishment se partagent 70 % environ des votes (leurs agents, employés de l’État ou des administrations diverses, les bénéficiaires de leurs aides sociales et prébendes, et bien entendu leurs partisans “idéologiques”), soient près de 1,2 million de voix. Face à ce réservoir électoral fondé sur les intérêts ou la nécessité, la victoire des réformistes est possible.
Le renouveau substantiel de la classe politique dépend du vote de trois groupes bien distincts :
• En premier, le contingent des jeunes votants qui ont entre 21 et 30 ans et qui éliront leurs députés pour la première fois ; leur nombre est estimé à 600 000, et ils semblent plutôt sensibles aux arguments des réformateurs.
• Ensuite, les votants indépendants auxquels s’ajoutent celles et ceux qui sont déçus des politiciens et de leurs slogans creux.
• Plus encore, le groupe le plus important au Liban, le “parti des non-votants” : plus d’un million et demi de désabusés et de paresseux, tous ceux qui pour un prétexte quelconque renoncent au droit et au devoir essentiels de voter. Cet électorat insaisissable représente un poids décisif pour peu qu’il se mobilise, ne serait-ce qu’en partie.
À ceux-là, jeunes, indépendants, déçus ou non-votants, à ceux qui souhaitent qu’un sursaut citoyen mette un terme au gâchis s’adresse donc la question du vote utile. Ces élections sont l’occasion à saisir : ne pas exercer son droit de vote, c’est, par passivité, se rendre complice de l’incompétence et de la corruption. Plébisciter encore ceux qui ont fait main basse sur l’État et sur ses ressources ou ont laissé faire est un vote inutile qui laissera perdurer l’impunité des maîtres-chanteurs, des incompétents et autres magouilleurs.
Citoyennes, citoyens, prenons conscience de nos responsabilités, refusons le chantage du repli communautaire et le prétexte des enjeux géopolitiques, sanctionnons ceux qui ont failli, imposons que l’État se remette au service du peuple libanais par le seul vote utile, pour les réformistes.

À une semaine des élections, les citoyens sont confrontés au dilemne de ce qu’on leur qualifie de “vote utile”: les tenants de cette thèse sont en général les partisans de l’establishment politique, à quelque bord qu’ils appartiennent (si tant est que cela ait encore un sens) pour qui voter “utile” revient à ne pas “gaspiller” de voix sur les listes “faibles”, soit, en clair, celles de la société civile.L’argument mérite analyse. Faut-il en effet se déplacer le jour du scrutin ? Et dans l’éventail des candidats, comment faire son choix alors que le débat politique est inexistant en raison d’alliances électorales pour le moins improbables entre candidats aux lignes stratégiques divergentes, sinon carrément opposées ? Nous assistons en effet à un carnaval où certains annoncent d’emblée,...
commentaires (2)

MONSIEUR DAGHER VOTRE ARTICLE EST ECRIT AVEC BONNE FOI ET PATRIOTISME... MAIS... ET LE GRAND MAIS... C,EST QUE LA MASSE DES VOTEURS EST FORMEE DE MOUTONS FANATISES, SUIVISTES ET BELEURS JUSQU,AUX OS ! ESPERONS QUAND MEME !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

11 h 38, le 01 mai 2018

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • MONSIEUR DAGHER VOTRE ARTICLE EST ECRIT AVEC BONNE FOI ET PATRIOTISME... MAIS... ET LE GRAND MAIS... C,EST QUE LA MASSE DES VOTEURS EST FORMEE DE MOUTONS FANATISES, SUIVISTES ET BELEURS JUSQU,AUX OS ! ESPERONS QUAND MEME !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 38, le 01 mai 2018

  • Cher Fadlallah, On ne peut qu'approuver chaque mot de ton texte. Le vote de chaque citoyen est primordial.Le nettoyage de la crasse politique qui sévit depuis des décennies pourrait commencer avec l'adhésion au nouveau parlement de nouveaux éléments honnêtes,intègres et qualifiés.La réduction du fardeau de la dette ne pourrait se faire qu'en licenciant les dizaines de milliers de fonctionnaires de l'Etat encaissant leurs salaires depuis des décennies sans aucune activité productive. Egalement la réduction du mandat et du nombre de députés serait certainement avantageuse. Le nombre de 65 députés est amplement suffisant! Le paiement de leurs indemnités à vie est intolérable. Raja Saikali

    Saikali Raja

    08 h 19, le 01 mai 2018

Retour en haut