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Moyen Orient et Monde

L’éducation, clé de toute ouverture de l’Arabie saoudite aux autres religions

Dialogue interreligieux

La visite du cardinal Jean-Louis Tauran s’est achevée par un accord sur l’établissement d’un groupe de travail entre le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et la Ligue islamique mondiale.

25/04/2018
« Désir de rapprochement », « Étape dans l’ouverture du royaume saoudien aux autres religions », « Frémissements d’une ouverture affichée » sont autant d’expressions utilisées dans la presse pour résumer le sens de la visite que vient d’effectuer le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, en Arabie saoudite (14-20 avril), où il a été reçu par le roi Salmane. Mais de toutes ces phrases, la plus emblématique reste celle que le cardinal Tauran a lui-même prononcée en Arabie : « Ce qui nous menace tous n’est pas le choc des civilisations, mais plutôt le choc de l’ignorance et du radicalisme », une phrase qui s’applique à toutes les tensions de nature religieuse qui traversent le monde.

En tout état de cause, cette visite est la première d’un haut représentant de l’Église catholique en Arabie saoudite, berceau du wahhabisme, un des courants les plus radicaux de l’islam, au cours de laquelle il s’est exprimé sur des questions telles que la liberté de religion et l’égalité des droits entre les croyants de toutes confessions. Même si elle n’a pas explicitement porté sur l’autorisation de construire des églises ou au moins d’autoriser la célébration du culte chrétien en Arabie saoudite, la visite a eu, pour le moins, le mérite de « briser un tabou » sur cette question, selon l’expression d’un observateur, ce qui permettra à terme d’en parler ouvertement à une étape ultérieure. 

Forte symbolique
Cette visite d’une semaine a été largement couverte par les médias saoudiens, et le cardinal Tauran n’a pas manqué, à son retour à Rome, d’en saluer « le caractère extraordinaire ». Outre sa forte charge symbolique, elle s’est achevée concrètement par la conclusion d’un accord prévoyant l’établissement d’un groupe de travail entre le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et la Ligue islamique mondiale.

Ce groupe sera présidé conjointement par le chef du Conseil et le président de la Ligue islamique. Il tiendra une réunion thématique tous les deux ans, alternativement à Rome et dans une ville choisie par la Ligue. Ces réunions seront préparées par un groupe de coordination composé de deux délégués de chaque partie. Ce second comité se réunira, quant à lui, annuellement.
L’accord a été signé par le cardinal Tauran et cheikh Mohammad Abdel Karim al-Issa, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, qui avait été reçu à Rome par le pape François le 21 septembre 2017. 
« L’ignorance est avant tout une menace pour la coexistence », a insisté le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en signant l’accord qui, il l’espère, « permettra de faire avancer une cause essentielle : celle de l’éducation ». 
Le cardinal a salué les efforts de la Ligue islamique à lancer des initiatives pour construire des ponts entre les religions. Dans son désir d’ouverture au dialogue interreligieux, l’Arabie saoudite a ouvert voici une dizaine d’années le Centre Roi Abdallah pour le dialogue interreligieux et interculturel à Vienne (KAIICD), dont le Vatican est membre observateur.

Rétablir la vérité dans les programmes scolaires
« Il va falloir choisir le thème de la première réunion, je pense à un thème comme l’éducation », a-t-il confirmé à l’agence Vatican News, à son retour à Rome. « (Il faut) rétablir la vérité dans les programmes scolaires, s’assurer que l’on parle bien des chrétiens », a ajouté Mgr Tauran. « Je pense que toutes les religions se confrontent à deux dangers, le terrorisme et l’ignorance. L’avenir, c’est l’éducation. J’ai beaucoup insisté là-dessus dans mes rencontres. Il n’y a pas d’autre moyen », a enchaîné le cardinal français. 
« Les non-musulmans restent quand même des citoyens de seconde zone, et c’est là qu’il faut beaucoup travailler », relève aussi le haut prélat français.

Sur les chances de voir ces efforts couronnés de succès, le cardinal Tauran inscrit l’évolution de l’Arabie saoudite en matière d’ouverture aux autres religions sur le long terme. « Ce qu’il faut, a-t-il dit, c’est que tout ce que nous faisons soit concret. Des paroles, des textes, nous en avons des centaines. Mais je pense que la jeune génération, qui a poursuivi des études hors du royaume, est non seulement prête, mais qu’elle est aussi équipée pour ce genre de relations nouvelles (…). Ce qui a été possible dans les siècles passés, pourquoi ne le serait-il pas aujourd’hui ? » 

Hospitalité spirituelle
Par ailleurs, signe des temps, le cardinal a célébré une messe à Riyad le 15 avril pour les travailleurs et la communauté chrétiens, qui se cachent en général pour célébrer leur culte. Dans son homélie, il s’est dit convaincu que « les chrétiens et les musulmans peuvent vivre en paix entre eux ». Et de relever « les vertus comme l’honnêteté, la capacité d’écoute et le sens de l’hospitalité » que musulmans et chrétiens ont en partage. Ainsi, le cardinal a rappelé que les lieux saints chrétiens, que ce soit « en Terre sainte, à Rome ou dans n’importe quel lieu du monde, sont toujours ouverts pour nos frères et sœurs musulmans, pour les croyants des autres religions et aussi pour toute personne de bonne volonté qui ne professe pas de religion ». Et d’ajouter que dans de nombreux pays, les mosquées sont ouvertes aux visiteurs, et « ceci est le type d’hospitalité spirituelle qui aide à promouvoir la connaissance mutuelle et l’amitié, en surmontant les préjugés ».

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