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Culture

« Water Wheel » : tout ce qui ronronnait depuis longtemps dans la tête de Bachar Mar-Khalifé

Musique

Son nouvel album sort le 18 mai : un savoureux mélange de mélodies délicieusement répétitives et métissées, dont l’artiste livre quelques clés.

16/04/2018

En pleine période de programmation pour sa prochaine tournée, le musicien franco-libanais Bachar Mar-Khalifé est détendu et attentif. Son allure décontractée s’accompagne d’un regard sincère et vrai ; celui qui a « choisi son camp entre la musique et le commerce » parle d’une voix grave et chaude, avec une force de conviction et une précision rares.
C’est dans la bibliothèque familiale que le trentenaire a découvert un musicien nubien à l’origine de son quatrième album : « Water Wheel est un hommage au chanteur et oudiste Hamza el-Din ((1929-2006), figure majeure de musique nubienne, avec des reprises de son répertoire, que j’ai retravaillées et recomposées. Quand j’étais ado, j’écoutais ses chansons uniquement accompagnées au oud, et cela me faisait l’effet d’une symphonie : j’entendais de la percussion et de la basse. Cette version rock m’emmenait très loin. Quand on m’a proposé de faire une création, j’ai pu mettre en œuvre ce que j’entendais dans ma tête depuis des années. »
À travers cet hommage, l’auteur de Ya Balad réinvestit et approfondit son esthétique musicale, même s’il se dit incapable de la décrire : « C’est toujours une position compliquée de qualifier cette musique. Je n’en ai pas l’obligation et ça ne me tracasse pas. » Malgré sa hantise des étiquettes, il se prête au jeu : « Tout ça est le mélange de ce que j’ai pu vivre musicalement par ailleurs : ma formation classique au Conservatoire, mes rencontres dans le milieu du jazz, en musique traditionnelle, mon amour pour le rock, le hip-hop et la musique contemporaine. Je préfère considérer ma musique comme inqualifiable plutôt que l’enfermer dans une case, elle ne cherchera qu’à la fuir, et moi aussi ! »
Ce qui compte, ce sont les émotions : « Par mon parcours et ma sensibilité, je n’ai jamais bloqué sur une sensibilité esthétique, tout ça n’est que musique. Je ne vois pas la frontière entre musique électro et musique de chambre. C’est une expression de quelque chose avec les moyens du bord : un violon, un ordi, des percussions… Ce sont des outils, et l’esthétique ne doit pas nous piéger. »

« C’est surtout ma mère... »
Quand on lui demande dans quelle mesure l’héritage artistique de son père, Marcel Khalifé, icône de la chanson arabe au Moyen-Orient, est présent dans son œuvre, le créateur d’Oil Slick n’est pas surpris par la question : « Bien sûr, j’ai vécu des concerts grandioses avec mon père, et j’apprécie son rapport au public, on a même partagé des projets musicaux. Mas je refuse l’exclusivité d’une filiation paternelle par rejet de ce système, de ces sociétés patriarcales qui font que tout passe par le père. C’est surtout ma mère (Yolla Khalifé, choriste) qui m’a donné envie de chanter, elle a une relation à la musique décomplexée, une relation de joie, de communion. »
L’artiste enchaîne avec pudeur sur la difficulté à se positionner en tant qu’individu, « chez nous » : « Être est une lutte quotidienne, c’est dommage de résumer une existence à une filiation. C’est valable en musique, mais aussi en politique et dans tous les domaines. Vous allez chez le coiffeur et on vous demande directement : Eben min ?  (Vous êtes le fils de qui ?), ça annule pour les êtres la possibilité d’exister, d’avoir une nouvelle chance. Or chaque jour est une nouvelle chance d’exister et de vivre de nouvelles choses éphémères. »

Revenir à Beyrouth
L’artiste a déjà produit quelques-unes de ses compositions au Caire il y a dix jours pour le Festival D-CAF (Downtown Contemporary Arts Festival) puis à la Seine Musicale qui accueillait le Festival Chorus : « Ce sont les premiers concerts de notre tout nouveau répertoire sur scène, c’est notre baptême du feu. On est en phase de construction, on finalise l’ingénierie du son, la lumière, les enchaînements… »
Le public jeune et international rassemblé pour le Festival Chorus, sur l’île Seguin, était aux premières loges pour danser sur une musique hybride et rythmée, parfois furieusement électrique. Sur scène, trois musiciens accompagnaient le compositeur : « Ce sont des amis. Le bassiste Alexsander Anguelov, d’origine bulgare, est un compagnon de toujours, on se connaît depuis le Conservatoire. Il était déjà sur mon premier album. Dogan Poyraz, turc et chilien, est à la batterie, on s’est rencontrés lors de ma précédente tournée. Priam Desmond, irlandais et algérien, joue du saz (instrument traditionnel turc proche du luth) électrique, avec des pédales de distorsion semblables à celles de la guitare électrique. On a déjà fait plus de 150 concerts ensemble. » Au centre, celui qui fait revivre la transe puissante du chanteur nubien jonglait avec les styles et se baladait parmi ses héritages multiples : des solos de piano classique dialoguaient avec des lignes musicales de jazz, de rock et de musique orientale.
Bachar Mar-Khalifé habitait tout l’espace scénique, il se déplaçait avec fluidité entre le piano, le synthétiseur et les percussions, sur lesquels il posait parfois sa voix puissante et chantait en arabe et en nubien. Le lien avec le public était d’emblée fusionnel, sans filtre et galvanisant.
La date de concert pour la sortie de l’album est fixée au 30 mai à la Maroquinerie de Paris, l’artiste ajoute : « J’aime beaucoup cette salle, elle a une âme. Ensuite, on enchaîne sur Lisbonne, la Suisse, les Nuits de Fourvière (Lyon), les Francofolies (La Rochelle)… Nous viendrons au Liban comme nous l’avons fait pour Ya Balad, que nous avons produit au Music Hall, mais la date n’est pas encore confirmée. Où que l’on joue, on veut faire passer les notions de plaisir et de liberté que nous défendons. »

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