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Syrie : une substance mortelle ajoutée au chlore dans la dernière attaque chimique, selon un expert

AFP
09/04/2018

Une substance a été ajoutée au chlore dans l'attaque chimique survenue samedi dans la zone rebelle de la Ghouta (Syrie) près de Damas, potentiellement du gaz sarin, afin de tuer plus de personnes, affirme le docteur français Raphaël Pitti sur la base d'images reçues par ses contacts sur place.

"Vers 16h30 il y a eu une première attaque chimique, essentiellement du chlore, avec des victimes telles qu'on peut les attendre dans ce genre d'attaques, beaucoup de victimes (par suffocation) mais peu de décès", explique ce responsable d'une ONG française, l'Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM). Selon lui, 400 à 500 personnes présentent alors des symptômes relativement légers, "problèmes de suffocation, troubles visuels avec irritation...". Seule une personne a été tuée par le chlore et cinq autres sous l'effet du bombardement, dit-il. 

Lors d'une deuxième attaque, vers 21h00 locales, "on monte rapidement à 600, 700, 800 victimes arrivant à l'hôpital, présentant toujours la même symptologie respiratoire" mais on découvre aussi "dans des caves, des appartements des gens comme foudroyés par la mort", 42 au total, relève cet anesthésiste-réanimateur et ancien médecin militaire.
"Le chlore ne foudroie pas, même à haute concentration (...) Là, les morts sont couchés les uns sur les autres, donc quelque chose d'autre a été utilisé", du sarin ou un "autre produit caustique par inhalation", avance Raphaël Pitti.
Selon lui, les auteurs de l'attaque ont voulu "camoufler l'utilisation du sarin" derrière le chlore ou "accroître la létalité du chlore" avec l'ajout d'une autre substance. Dans les deux cas, le bilan s'avère beaucoup plus lourd que lors de la première attaque. 

Le Dr Pitti s'est fait envoyer des photos des victimes sur lesquelles une feuille de papier mentionnant la date et le lieu de la prise a été apposée afin de prouver l'authenticité de la séquence. Il a aussi demandé des photos et vidéos des yeux des victimes pour examiner de plus près les symptômes qu'elles présentent.

Dans tous les cas, il sera impossible selon lui de prouver l'emploi du gaz sarin autrement que par des prélèvements biologiques, ce qui s'annonce compliqué dans un secteur assiégé par le régime.

"Le sarin entraîne un rétrécissement des pupilles (myosis, ndlr) mais ce n'est pas un produit qui brûle la peau. Sur les images, le caustique utilisé, chlore ou autre produit à haute concentration, a entraîné une brûlure des cornées. De ce fait, on ne peut pas faire le diagnostic de myosis qui signe éventuellement l'utilisation du sarin", souligne-t-il.

"L'attaque chimique ne fait de doute pour personne, y compris pour les gouvernants. Le problème, cela reste de savoir qui est le coupable", déplore-t-il également.

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