Beaucoup de choses choquantes se passent dans ce pays, et la majorité des Libanais se tait et fait mine de s’y habituer… Je ne suis pas tellement différente de mes concitoyens, mais de temps à autre, je ne peux m’empêcher de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Heureusement que nous ne sommes pas encore arrivés à un État sécuritaire du style de certains pays arabes dont notre « chère voisine » en est l’exemple le plus frappant, mais cette marge de liberté dont nous tirions fierté et que nous glorifiions dans le passé tend dangereusement à se rétrécir comme une peau de chagrin.
Une lueur d’espoir m’interpelle néanmoins : le ministre de l’Intérieur, malgré l’interdiction initiale du Comité de censure de projeter le film The Post, a ordonné de passer outre cette interdiction et de permettre aux Libanais de visionner ce film. On ne peut que s’en féliciter non pas pour le seul fait d’avoir contré cet organe de censure dépassé, désuet et anachronique, mais surtout parce qu’il laisse ainsi aux Libanais « majeurs et vaccinés » la liberté de décider eux-mêmes de visionner ou non les œuvres d’art (et ceci ne se limite point au cinéma…) ou autres créations culturelles ou intellectuelles de quelque sorte que ce soit. En effet, nous avons dépassé l’âge de l’enfance et n’avons donc pas besoin d’un tuteur officiel qui décide à notre place si nous pouvons ou non aller voir un film de cinéma ! Que certains veuillent influencer ou gérer la frange de la population qui leur est dévouée corps et âme, nous n’en avons cure ! À chacun de décider de sa conduite, et tant pis pour eux ! Mais qu’ils nous laissent au moins la liberté de vivre notre vie de la façon (moderne) que nous entendons, c.à.d. comme des hommes et femmes du XXIe siècle. Après tout, nous sommes déjà en 2018 et pas dans les années de la « jéhliyyeh » bien que certains veuillent nous y ramener.
À titre d’exemple, l’autre jour, à la demande d’une reporter de télévision qui voulait connaître l’avis d’une dame voilée sur le rôle politique que devrait avoir la femme libanaise dans le cadre des prochaines élections législatives, cette personne n’a pas trouvé mieux que de claironner qu’une femme ne doit pas se mêler de politique et que son seul rôle est de rester à la maison auprès de son mari et ses enfants ! Et vlan, mesdames, plus la peine de faire des études, il ne vous reste qu’à vous enfermer à la maison « coucouche-panier » comme dirait notre cher Gaby Nasr.
Pour en revenir à l’aspect culturel, nous ne pouvons que déplorer les mésaventures subies par Ziad Doueiri au Liban alors que son film L’insulte faisait partie des nominés dans la catégorie des meilleurs films étrangers aux oscars de 2018, ce qui représente une source de fierté nationale pour le Liban.
Quant au cas Marcel Ghanem (ainsi que d’autres journalistes libanais), et le sort de la liberté de la presse qui devrait être sacré dans un pays qui se veut le seul de ce genre dans cette région du monde, on ne devrait pas s’en effrayer tant qu’il restera des avocats, des intellectuels et des journalistes qui défendent la liberté de permettre à tout un chacun de donner son avis, même – et surtout – s’il est en contradiction avec celui des autres. Sinon à quoi servirait un débat s’il ne concernait que des gens avec les mêmes idées ? Ce ne serait plus un débat et perdrait donc toute son utilité…
Enfin, sur un autre plan, il va sans dire que les ministres de ce gouvernement n’ont pas brillé par leurs performances depuis plus d’un an, que ce soit au niveau de l’électricité (promise 24h sur 24), de l’environnement (avec ces amoncellements de déchets qui s’entassent anarchiquement ou qui déferlent monstrueusement sur nos côtes à la moindre tempête), de la corruption (aucun cas n’a encore été soulevé à ma connaissance, à croire que nous vivons dans un État idéal où la corruption n’existe pas !), et j’en passe…
À défaut de cet univers idéal et utopique, laissez-nous au moins cette liberté intellectuelle dont la moitié au moins de la population a vraiment soif !
Nos lecteurs ont la parole - Par Éliane Koniski
Au moins cette liberté !
OLJ / le 05 avril 2018 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Au Qatar les femmes sont maintenant autorisées à faire leur service militaire, en Arabie Séoudite MBS les libère petit à petit des lois archaïques étouffantes... Alors que chez nous certains chefs religieux veulent maintenir la femme bien loin son seulement de la politique, mais aussi du progès, de l'émancipation et de la réflexion...c'est à dire dans le brouillard...pour mieux les dominer...et surtout éviter qu'elles commencent à revendiquer leurs droits ! Irène Saïd
13 h 48, le 06 avril 2018