Spécial Orientation professionnelle / Édition 3

L’ALBA : un univers en constante évolution pour les artistes en herbe

Un enseignement interdisciplinaire et spécialisé à la fois. Photo DR

27/03/2018

Rattachée à l’Université de Balamand, l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), située à Beyrouth, se veut la destination et le point d’ancrage des artistes en herbe. Toutes les disciplines artistiques y sont effectivement enseignées : non moins de 26 formations prodiguent ainsi un enseignement interdisciplinaire et spécialisé tout à la fois. Dans sa branche située dans le campus de l’Université de Balamand, au Liban-Nord, on enseigne l’architecture, l’architecture d’intérieur, les arts graphiques et la publicité. La langue d’enseignement de l’ALBA est le français, à l’exception de la section télévision, dont les enseignements sont dispensés en anglais.

« Learning street »
Aujourd’hui en chantier, le campus principal de Dékouané, à Beyrouth, accueillera les étudiants à partir de la rentrée prochaine dans ses nouveaux locaux. Au total, le campus s’étendra sur plus de 10 000 m² d’espaces polyvalents, dont 3000m² répartis en 29 ateliers spécialisés. En plus de la bibliothèque et de la cafétéria, les étudiants disposeront de nombreux espaces verts, d’une salle de sport équipée, d’une salle de musique, d’un musée permanent, de trois auditoriums, d’un amphithéâtre de 300 places ainsi que d’espaces réservés aux activités des différents clubs et comités d’étudiants. Ils profiteront également d’un studio cinéma, d’un studio télévision, d’un auditorium de mixage cinéma, de douze salles individuelles de montage, de huit salles informatiques, de plusieurs laboratoires photo et d’une salle polyvalente.
Toutefois, bien au-delà de cette extension, ce qui caractérise le nouveau campus, c’est son concept d’ouverture à la ville exprimée par l’architecture des bâtiments et des espaces. Tout le campus sera structuré autour d’une grande allée, la « Learning street », qui joindra le quartier du côté de Dékouané à l’avenue Émile Eddé.
Cette ouverture a une double fonction. Tout d’abord, son amphithéâtre, ses auditoriums et son musée, situés rue Dékouané, inviteront le monde extérieur aux activités et projets estudiantins, aux expositions des œuvres des anciens ou aux signatures d’ouvrages. En parallèle, cette ouverture incitera les étudiants à s’investir dans la vie urbaine en pratiquant leurs acquis académiques. « C’est une immersion directe dans la réalité du pays», précise Joseph Rustom, assistant du doyen et directeur des études à l’ALBA. Cet aspect s’intègre à la philosophie de l’ALBA. Afin que « les cursus soient à jour avec le monde des métiers, un des éléments fondateurs de cette pédagogie est de travailler sur des problématiques locales et réelles, ajoute-t-il, ce qui permet d’être en contact direct avec le monde du travail ». En effet, l’ALBA entretient des rapports avec les municipalités, les institutions publiques et les ONG, entre autres, leur proposant des études conçues par les étudiants dans le cadre académique.

Partenariats internationaux
Dans le même souci de mettre à jour le cursus d’une façon continue et d’établir des ponts avec le monde professionnel, l’ALBA engage des enseignants qui sont à plus de 80 % des professionnels de haut niveau.
En outre, depuis une vingtaine d’années, l’ALBA développe une stratégie de partenariat avec des institutions hors du Liban. L’académie affiche ainsi 35 partenaires internationaux en Europe et en Amérique, notamment au Canada, en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie et en Suisse. Ses partenaires français comptent sept écoles d’architecture et treize écoles d’art et de design, dont l’ENSBA (École nationale supérieure des beaux-arts de Paris), l’ENSAD (École nationale supérieure des arts décoratifs), ainsi que les Gobelins – École de l’image. L’École de cinéma est partenaire de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière. Parmi les partenaires belges, l’École nationale supérieure des arts visuels – La Cambre est partenaire de l’École de mode et de l’École des arts visuels de l’ALBA.
Pour les étudiants, cela constitue une opportunité de se confronter à d’autres ADN et d’autres dynamiques artistiques, et d’enrichir ainsi leur parcours. D’ailleurs, grâce à ces accords, des échanges d’étudiants et de professeurs ont lieu chaque année, à travers des cours ou des séminaires. Les étudiants ont aussi la possibilité de bénéficier de bourses de séjour et d’études dans plusieurs de ces institutions. L’ALBA accueille également des étudiants étrangers.
Dans le cadre de cette politique pédagogique d’échanges, des workshops collectifs s’organisent au Liban comme à l’étranger, sans compter des visites de conférenciers issus de ces écoles, ainsi que des colloques de recherche dont certains ont fait l’objet de publications scientifiques. Des projets artistiques communs qui font ensuite l’objet d’expositions publiques ou de publications sont également au programme.
Par ailleurs, les étudiants de l’ALBA sont amenés à participer à toute sorte de manifestations internationales, concours, festivals ou ateliers de recherche.

Des aides jusqu’à 50 % de la scolarité
L’admission à l’ALBA se fait sur concours – tests écrits et entretien avec un jury – pour l’entrée en licence, et sur dossier pour les masters.
Dès son admission, pour obtenir une aide sociale, l’étudiant présente une demande d’aide financière auprès du service social. Si son dossier est accepté, l’étudiant bénéficie, dès la première année, d’une aide financière accordée sur une base annuelle, variant selon les écoles.
Ainsi, les étudiants inscrits à l’École des arts visuels peuvent obtenir une aide de 30 à 50 % du montant global de la scolarité annuelle. L’aide est de 20 % pour l’École d’architecture. Et concernant l’École des arts décoratifs, les étudiants peuvent recevoir une aide de 20 à 30 % s’ils sont inscrits à la section design ou à la section art graphique et publicité, et une aide de 20 % pour la section architecture d’intérieur.
À l’École de cinéma et de réalisation audiovisuelle peuvent être accordées une aide de 20 à 40 % dans la section cinéma et une aide de 20 à 50 % dans la section télévision.
Les étudiants inscrits en architecture du paysage, à l’institut d’urbanisme, peuvent obtenir une aide de 30 à 50 %.
Enfin, pour les étudiants en École de mode, une aide de 30 à 50 % du montant global de la scolarité annuelle peut être accordée.
Par ailleurs, l’ALBA propose à certains postulants, dont le dossier est refusé par le service social, un prêt auprès de la Byblos Bank. Sous réserve de remplir les conditions requises par la banque, et si le prêt est accordé, l’ALBA s’engage à prendre en charge le paiement des intérêts de ce prêt. Cela est applicable tant que l’étudiant qui bénéficie du prêt poursuit ses études dans l’institution.

André Bekhazi, doyen de l’ALBA : La stagnation dans les domaines artistiques est mortelle

Comment serait-il possible de définir la mission et la vocation de l’ALBA ? Son doyen André Bekhazi souligne sur ce plan que « la mission de l’académie a toujours été de toucher à tous les aspects professionnels de l’art ». « Sa vocation, dès le départ, précise-t-il, est celle de son fondateur Alexis Boutros, qui vers 1943 croyait qu’une jeune république sans la culture, sans l’art, n’a pas de quoi se présenter en tant que telle. Toutes les communautés se retrouvent dans l’art. Depuis, l’ALBA a tenu ce rôle. Nous voulons avoir une présence culturelle et artistique à travers les professions que nous sommes en train de préparer. »
Et d’ajouter : « La vocation de l’ALBA, c’est de préparer des professionnels dans tous les domaines de l’art, qui sont imbibés par l’esprit de création et qui sont capables de doter notre pays d’un niveau d’excellence. Nous formons ces professionnels aussi sur le plan artistique et culturel. Nous ne voulons pas que nos architectes ou designers soient uniquement des techniciens, mais aussi qu’ils soient créatifs. Notre vocation n’est pas seulement de suivre le marché du travail, mais également de le créer. Je suis ouvert aux propositions des enseignants parce que nous ne voulons pas stagner. La stagnation dans les domaines artistique et culturel est mortelle. »
Dans ce contexte, quels sont les projets d’avenir sur le plan académique ? « Nous sommes en train de lancer le double master, explique André Bekhazi. On ouvre l’occasion à nos étudiants d’effectuer un autre master parallèlement au leur. Nous souhaitons qu’ils se distinguent grâce à leur polyvalence. Toutes les professions sont en train de changer, surtout celles qui revêtent un caractère artistique. Nous sommes aussi en train de lancer de nouveaux masters, tels que la scénographie en section architecture d’intérieur. Nous étudions actuellement le master de l’école de mode. Enfin, comme nous suivons le système LMD, en s’associant avec de grandes écoles partenaires pour que nos étudiants puissent effectuer le doctorat en cotutelle. »
L’ALBA a-t-elle des projets de partenariat, au niveau local ou avec l’étranger ? « Nous sommes impliqués dans les problématiques nationales, souligne M. Bekhazi. Par conséquent, nous effectuons des partenariats avec les municipalités, telles que celles de Dékouané, Souk el-Gharb ou Tyr. Ce n’est pas uniquement l’institut d’urbanisme qui s’engage dans les projets, mais également l’école d’architecture, la section design ou la section architecture d’intérieur. Il s’agit d’une participation de notre part. Résoudre les problèmes nationaux fait partie de notre mission. Je veux impliquer également nos jeunes qui doivent connaître leur patrimoine et travailler dessus. »
 « Nous envisageons d’effectuer des partenariats avec des écoles anglophones, notamment aux États-Unis, et nous avons ouvert des dossiers pour préparer un partenariat avec Harvard University et MIT », souligne le doyen de l’ALBA en conclusion.

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