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Moyen Orient et Monde - Tunisie

Quand le parti islamiste Ennahda se fait représenter par un candidat juif...

Les municipales tunisiennes du 6 mai sont cruciales pour le parti islamiste, qui poursuit son entreprise de dédiabolisation.

Le président du mouvement islamiste tunisien Ennahda, Rached Ghannouchi, lors du congrès du parti le 22 mai 2016 à Hammamet. Photo d’archives/AFP

Pour le représenter à Monastir, une ville côtière au sud de Tunis, le parti islamiste Ennahda a choisi Sami Slama, un citoyen tunisien de confession israélite. Une décision qui a défrayé la chronique, tous bords confondus. D’abord nommé en tête de liste, le candidat a été relégué à la septième place. Cet acte en apparence surprenant témoigne du pragmatisme du parti dont l’amitié avec les juifs tunisiens a toujours été un atout stratégique.

Cette relation se concrétise après la révolution de 2011. Dans un contexte mondial de méfiance vis-à-vis de l’islam politique, Ennahda survit et veut garder sa place au gouvernement, mais aussi sa légitimité régionale et internationale. Malgré ses soutiens dans la région, notamment le parti turc AKP, dont il s’inspire beaucoup, le mouvement islamiste recentre sa stratégie sur la scène intérieure.

Après le renforcement de la cohésion interne, la lente sécularisation, ou la recherche de consensus avec Nidaa Tounes – le premier parti gouvernemental –, Ennahda s’est rapproché des minorités, notamment de la population juive. L’échéance des municipales permet de réactiver cette amitié. La réussite de ce scrutin préliminaire aux législatives de 2019 permettrait au parti de consolider sa présence locale afin de garder sa place au gouvernement.

Idéologie inclusive
La minorité représente un faible levier puisqu’elle compte seulement 1 500 personnes. Même si cela peut faire la différence dans les scrutins locaux comme les municipales, c’est surtout l’aspect symbolique qui prime ici. Les juifs tunisiens représentent un important faire-valoir de bonne volonté, notamment auprès de la communauté internationale. Un moyen pour le parti de prouver son adhésion aux valeurs de diversité, de tolérance et de démocratie.

Pour justifier la nomination de Sami Slama, le porte-parole du parti, Imed Khemeri, a déclaré au site russe Sputnik que cela s’inscrit dans une volonté de « s’ouvrir à tous les Tunisiens et toutes les Tunisiennes, à toutes les composantes et compétences nationales ». « C’est une manière de montrer que l’islam politique en Tunisie est une idéologie inclusive », explique une source informée qui a voulu garder l’anonymat. Loin de se cantonner aux juifs, le parti s’est aussi rapproché des Berbères amazighs et montre une certaine exemplarité à présenter des candidates femmes.

Des membres du parti Nidaa Tounes, les médias et des chercheurs dénoncent une instrumentalisation à des fins politiques. Ennahda ne fait pourtant que reprendre de vieilles ficelles. Afin de prouver sa bonne foi démocratique à l’Occident, l’ancien président déchu Zine el-Abidine Ben Ali s’était notamment fait l’ami et le protecteur de la minorité juive. De même en Turquie, où l’AKP a accédé au pouvoir en se montrant tolérant envers les minorités juive, arménienne, orthodoxe et même kurde. « Ce public a été séduit par ce discours large et désislamisé du parti et a voté pour lui », poursuit la source informée.


(Lire aussi : Habib Selmi : L’hymen ou l’hypocrisie du monde arabe)


Ambivalence
Contacté par L’Orient-Le Jour, Avishaï Hattab, représentant de la communauté juive tunisienne résidente à l’étranger, estime nécessaire de rappeler que malgré cette image de parti ouvert, Ennahda n’a pas fait preuve d’une amitié sans faille envers les juifs. D’un côté, le parti communique son soutien à la minorité en cas d’attaque ou de slogan antisémite, affiche son amitié avec le grand rabbin de Tunisie, Haïm Bittan, et affirme à coups de communiqués ou de déclarations que les juifs sont des citoyens comme les autres. En décembre 2011, Ennahda rassure la minorité en publiant un communiqué affirmant que « les membres de la communauté juive de Tunisie sont des citoyens à part entière disposant de la plénitude de leurs droits et de leurs devoirs ».

Mais d’un autre côté, le mouvement refuse à deux reprises la nomination d’un homme de confession juive au poste de ministre du Tourisme et continue de réunir des figures radicales. Le choix de Simon Slama ressemble à un pari où le parti n’a pas grand-chose à perdre. La présence juive est faible à Monastir, qui est le lieu de naissance de Habib Bourguiba, prédécesseur de Ben Ali à la présidence. « Tous les Monastiriens sont fiers d’appartenir à la ville de celui qui a sauvé la Tunisie. Donc Ennahda n’a aucune chance là-bas », explique Avishaï Hattab.

Après des années de marginalisation sous le régime de Ben Ali et depuis son accession au pouvoir en 2011, le parti tunisien a compris qu’il est plus bénéfique pour se maintenir au pouvoir de miser sur une stratégie de long terme. Ennahda veut éviter de reproduire les mêmes erreurs que les Frères musulmans en Égypte, mouvement qui l’a largement inspiré avant qu’il s’en éloigne à partir de 2013.

La participation à la transition démocratique en cours en Tunisie demande au parti de promouvoir un système politique viable et enclin au compromis. Pragmatique, Ennahda a beau posséder un socle islamiste, il n’hésite pas à faire des compromis si cela lui permet d’accéder et de se maintenir au pouvoir. « Les islamistes ont parfaitement compris que la politique est 20 % d’action et 80 % de communication », décrypte la source informée.

Cette démarche d’ouverture prend une forme concrète après le renversement de la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali, en amont des premières élections présidentielles. Ennahda renonce à la présidence contre une présence législative. Ensuite, durant les élections de 2014 et malgré un revers sérieux en 2013 suite à une mobilisation populaire, le parti consent à s’allier avec Nidaa Tounes, pour continuer à diriger le pays. S’il n’est plus le premier parti au pouvoir, il se maintient au cœur de la coalition gouvernementale tunisienne avec 69 sièges au Parlement.

Si ces deux compromis l’ont maintenu au sein du gouvernement, son image de parti conservateur en partie responsable de la montée en puissance des groupes jihadistes demeure. Pour pallier cela et prouver sa légitimité, Ennahda veut officialiser sa rupture avec l’islamisme. En 2016, lors de son 10e congrès, Ennahda vote la séparation des « activités religieuses des programmes politiques du parti ». Cette officialisation n’a pas entièrement mis fin au conservatisme. Le parti continue à jouer les équilibristes entre sécularisation et conservatisme, en voulant élargir son électorat tout en maintenant sa base la plus radicale.



Pour mémoire

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Pour le représenter à Monastir, une ville côtière au sud de Tunis, le parti islamiste Ennahda a choisi Sami Slama, un citoyen tunisien de confession israélite. Une décision qui a défrayé la chronique, tous bords confondus. D’abord nommé en tête de liste, le candidat a été relégué à la septième place. Cet acte en apparence surprenant témoigne du pragmatisme du parti dont...

commentaires (4)

Apparament les tunisiens ont une ADN proche des Libanais... Quand est ce qu'on verra un catholique à la tête de hizballah, un sunnite diriger la rabta marounieh, un conseiller orthodoxe à Sheikh Al el druze etc... Jamais bien sûr mais l'espoir est de voir e mariage civil et un état laïque!!

Wlek Sanferlou

02 h 33, le 06 mars 2018

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Commentaires (4)

  • Apparament les tunisiens ont une ADN proche des Libanais... Quand est ce qu'on verra un catholique à la tête de hizballah, un sunnite diriger la rabta marounieh, un conseiller orthodoxe à Sheikh Al el druze etc... Jamais bien sûr mais l'espoir est de voir e mariage civil et un état laïque!!

    Wlek Sanferlou

    02 h 33, le 06 mars 2018

  • Mais où est le problème ? ???????? Un citoyen tunisien juif qui veut bosser pour son pays la Tunisie où est le problème ? ?????? En Iran les juifs siègent au parlement et votent des lois , des synagogues existent à côté des églises. Où est le problème ? ???? Faire un parallèle avec le Liban, pays ayant été occupé par israel , détruit par israel et libéré par une occupation barbare de 20 ans , ça n'a rien à voir, pourquoi faudrait il que CHANTENT les merles ???? OÙ EST LE PROBLÈME ? ????????? INCROYABLE CE GENRE D'AMALGAME.

    FRIK-A-FRAK

    16 h 03, le 05 mars 2018

  • PENDANT que nous libanais on se croise les bras ou tourne les pouces !! En fait non pendant que nous libanais pour le bien de l’iran Et son bras de fer contre l’occident

    Bery tus

    12 h 45, le 05 mars 2018

  • WOW ! en voila un exemple de civisme et d'evolution culturelle ! a me rendre EXTREMEMENT JALOUX moi Libanais .

    Gaby SIOUFI

    09 h 41, le 05 mars 2018

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