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Culture - Exposition

Ces femmes qui se racontent, et se rejoignent, en peinture...

À la galerie Tanit, 19 artistes modernes et contemporaines libanaises déploient l’audace et la créativité de leurs féminités plurielles.

Une vue de l’exposition « Féminités plurielles ». Photos Mahmoud Merjan, courtesy Galerie Tanit

Elles ont longtemps été cantonnées aux seuls rôles de muses et de modèles, d’icônes et d’héroïnes des œuvres des artistes masculins. Exception faite de quelques rares pionnières (à l’instar d’Artemisia Gentileschi ou d’Élisabeth Vigée Le Brun…), ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle en Europe que les femmes ont véritablement investi le champ artistique pictural et sculptural.


Quête de sens et sensibilité

Au Liban, c’est à partir des années 50 que les artistes femmes ont commencé à émerger. Osant souvent formuler avec plus d’audace et de liberté que les hommes, un avant-gardisme autant stylistique que thématique, elles ont joué un rôle non négligeable dans le développement de l’art moderne arabe. Elles s’y sont engagées, avec talent, avec passion, avec sincérité… Explorant, au moyen de ce mode d’expression, autant leurs vies quotidiennes, oniriques et intimes que les frémissements et les bouleversements sociétaux de leurs temps.

Parmi ces pionnières, qui se sont lancées dans la peinture et la sculpture comme dans une grande aventure exploratoire et libératrice, Etel Adnan, Salwa Rawda Shoucair, Huguette Caland et Helen el-Khal font figure de défricheuses. Leurs parcours et leurs réalisations ont pavé la voie à une nouvelle génération d’artistes féminines qui, au moyen d’une pluralité de médiums et de nouvelles pratiques, poursuivent aujourd’hui cette même quête de sens et de sensibilité dans l’art.

C’est cette filiation, cette lignée, que révèle, d’une certaine manière, Féminités plurielles. Cette exposition collective qui se tient jusqu’au 5 avril à la galerie Tanit (Naïla Kettaneh Kunigk) de Beyrouth déroule une sélection d’œuvres de 19 artistes libanaises, modernes et contemporaines, aux univers aussi puissants que singuliers et qui, cependant, présentent souvent une certaine corrélation.


Exploration de l’intime

Ainsi le travail (sur la forme et les tonalités) du verre de la jeune Flavie Audi fait écho, à plusieurs décennies d’intervalle, à la transparence et à l’entre-deux des couleurs dans les toiles d’Helen el-Khal, mais encore à la vivacité du geste dans les « leporellos » d’Etel Adnan. Les manipulations de reliques de chantiers de construction de la plasticienne Chafa Ghaffar renvoient au rugueux travail des textures et de la matière de la sculptrice Simone Fattal, et offrent un intéressant contraste avec la construction élégamment architecturée des sculptures de Salwa Rawda Shoucair. Le jeu autobiographique et érotique d’Huguette Caland se décèle dans l’installation photographique du duo Randa Mirza et Lara Tabet. La délicatesse des dessins de paysages de Samia Osseiran se confronte avec l’onirisme hybride et fantastique des compositions mixtes de Shirine Abou Shaqra, mais s’accorde avec la nostalgie éthérée que diffuse la série de photographies « 290 Rue du Liban » de Caroline Tabet et Joanna Andraos… Cette même « poésie flottante » se retrouve dans les toiles de Tamar el-Samerraie, véritables explorations picturales d’une féminité entre sensualité et retenue.


De l’art du quotidien…

Une exploration de l’intime qui traverse aussi bien la série d’autoportraits dédoublés de la photographe Tania Traboulsi que les clichés d’adolescentes dans leurs chambres signés Rania Matar. Et que l’on perçoit encore, de manière plus subtile, dans l’hypnotique vidéo de Cynthia Zaven, où archives de famille et composition sonore emmènent le spectateur dans un univers de réminiscences et de science-fiction. « Une pièce visuelle sur une enfance témoin d’un temps de chaos et de bouleversements », signale le texte d’accompagnement de l’exposition.

Ce temps auquel l’artiste plasticienne Nada Sehanoui revient obsessionnellement dans une œuvre sérielle réalisée sur un ensemble d’unes de L’Orient-Le Jour, de décembre 1999, dénonçant la récurrence des conflits interlibanais, ou encore dans cette tour cramée de piles de journaux, dont la noirceur n’est pas sans évoquer celle de la politique locale !

Enfin, il convient de signaler que cette exposition, qui défend la place des femmes dans l’art libanais (évidement au moyen d’une sélection éminemment personnelle), est un bel exemple de collaboration entre galeristes : Nadine Begdache et Saleh Barakat y ont participé en prêtant des œuvres de leurs artistes maison.

GALERIE TANIT

Mar Mikhaël, près EDL. Jusqu’au 5 avril, du lundi au vendredi, de 11h à 19h. Tél. 01 562812.


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