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Moyen Orient et Monde

Corruption : Netanyahu sur la corde raide

Israël

Le Premier ministre est touché par plusieurs scandales de corruption et le retournement de l’un de ses proches, passé témoin, pourrait le couler définitivement.

22/02/2018

Est-ce le début de la fin pour Benjamin Netanyahu ? Le Premier ministre israélien est empêtré dans des déboires judiciaires qui semblent l’accabler chaque jour davantage. Plusieurs affaires de corruption le touchent et certains de ses collaborateurs ont été arrêtés ces derniers jours. La journée la plus difficile aura certainement été celle de mardi : une nouvelle enquête a été ouverte par la police quant à une possible tentative de subornation d’une magistrate et des rumeurs circulent sur un retournement de l’un de ses proches, Shlomo Filber, dit « Momo », qui aurait accepté de témoigner contre le Premier ministre en échange de sa protection. La seule possibilité que de telles éventualités soient véridiques, même sans confirmation officielle, a suffi à donner lieu à toutes sortes de spéculations sur l’avenir politique de Benjamin Netanyahu.

Plusieurs affaires le touchent depuis déjà des années. Dès 1996, au tout début de son premier mandat de Premier ministre, il fait nommer l’une de ses connaissances au poste de procureur général pour obtenir le soutien d’un ministre en plein procès pour corruption. Après un tollé général, le procureur démissionne mais c’est trop tard : M. Netanyahu est accusé de fraude et d’abus de confiance, mais l’affaire finit par être abandonnée faute de preuves. Depuis, les scandales se succèdent. Tel le « dossier 1000 », dans lequel le Premier ministre et sa famille sont accusés d’avoir obtenu des cadeaux de luxe (cigares, champagnes, bijoux…). D’autres sont plus récents, comme l’affaire Bezeq, dite « dossier 4000 », dans le cadre de laquelle sept collaborateurs de Netanyahu ont été arrêtés. Parmi eux, l’avocat Shlomo Filber, Nir Hefetz, ancien conseiller des Netanyahu, et Stella Handler, PDG de Bezeq (le plus grand groupe de télécommunications israélien). Benjamin Netanyahu est soupçonné d’avoir fait bénéficier Bezeq d’avantages gouvernementaux conséquents en échange d’une couverture médiatique favorable de sa politique.

Nir Hefetz est également soupçonné d’avoir tenté de corrompre la magistrate Hila Gerstel en lui offrant le poste de procureure générale en échange de la clôture d’une enquête visant Sara Netanyahu, la femme du Premier ministre, accusée par le procureur général actuel Avichai Mandelblit d’avoir commandé des repas fins à hauteur de plus de 100 000 dollars aux frais du contribuable.


(Lire aussi : L'étau des affaires de corruption se resserre sur Netanyahu)


« L’ère Netanyahu est terminée »
Les accusations qui touchent Benjamin Netanyahu sont particulièrement graves. Certains médias, comme le Haaretz et le Yediot Aharonot, affirment qu’il est fini. Ses détracteurs politiques aussi. Le président du Parti travailliste (opposition), Avi Gabbay, a appelé les partenaires de la coalition de M. Netanyahu à démissionner du gouvernement. « L’ère Netanyahu est terminée », a-t-il même écrit la semaine dernière sur Twitter. « Si Shlomo Filber a effectivement signé un (tel) accord, c’est la fin d’une époque », écrit dans le quotidien Maariv Ben Caspit, auteur d’un récent livre sur M. Netanyahu. « Filber est le plus proche et le plus intime des agents en charge des opérations occultes que Netanyahu a eues depuis des générations (...). Toujours dans l’ombre, toujours loyal, performant, secret et animé de convictions : Bibi (le surnom de M. Netanyahu) savait pouvoir compter sur “Momo”. Jusqu’à hier », ajoute Ben Caspit, selon l’AFP.

Le Premier ministre israélien multiplie de son côté les bravades. Il va jusqu’à publier des extraits de versets bibliques sur sa page Facebook – chapitre 1, verset 12 – pour dénoncer les charges dont il est victime. Ces accusations sont une « chasse aux sorcières », de la « persécution » et les médias sont « biaisés », a-t-il réagi ces derniers jours, usant d’une rhétorique qui n’est pas sans rappeler celle du président américain Donald Trump, avec lequel il partage une hantise des médias. Malgré le tumulte ambiant, Benjamin Netanyahu a poursuivi hier ses activités normalement, dénonçant sans surprise la menace iranienne en Syrie devant des dirigeants juifs américains à Jérusalem, hier soir.


(Lire aussi : Des milliers d'Israéliens réclament la démission de Netanyahu)


Tout laisse à penser qu’il ne va pas partir sans bruit. Entendu par la police depuis hier matin, Shlomo Filber devrait faire des révélations fracassantes sur le Premier ministre. Mais les proches de Netanyahu restent soudés et continuent de lui apporter leur soutien. Shlomo Filber, ministre des Communications de 2015 à 2017, n’est pas le premier collaborateur du Premier ministre à accepter de témoigner contre lui. Ce fut le cas d’Ari Harow, son ancien secrétaire général, l’été dernier. Et comme par le passé, Benjamin Netanyahu semble s’attendre à déjouer encore une fois les prédictions des analystes sur son avenir politique. « Il ne faut jamais sous-estimer Benjamin Netanyahu. Il a prouvé qu’il était un politique perspicace, un négociateur astucieux et un survivant. Les politiques électorales et de coalitions israéliennes sont aussi complexes que celles du Liban, sinon plus. Prédire un résultat est très difficile », affirme à L’Orient-Le Jour Hady Amr, du Brookings Institute.

Les implications des scandales éclaboussant le Premier ministre sont considérables, surtout pour la droite dont fait partie le Likoud, son parti, et l’opposition israélienne multiplie les appels à sa démission. Ce qui ne peut arriver, selon la loi israélienne, que s’il est formellement inculpé par un tribunal. Si ce scénario devait se réaliser, des élections anticipées auraient lieu avant la fin de l’année, et non en 2019 comme prévu. En cas d’inculpation, un procès durerait plusieurs mois, sinon plus, et pourrait se terminer par un acquittement. Un danger bien réel pour l’actuel procureur général – nommé à son poste par Benjamin Netanyahu lui-même – et qui est connu pour sa prudence extrême. Les détracteurs du Premier ministre affirment pour leur part qu’il déclencherait une guerre régionale pour détourner l’attention de ses difficultés. Les accrochages avec l’Iran, début février, qui ont conduit à la destruction d’un F-16 israélien, en seraient la preuve, selon certains.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL VA DANSER SUR LA CORDE LA SAMBA ISRAELIENNE !

Eleni Caridopoulou

Il peut facilement déclencher une guerre sur le dos du Liban. Que le Hezbollah fasse attention et ne pas tomber dans la ruse de ce barbare

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LES NOTRES DE LA CAUSA NOSTRA ?

AIGLEPERçANT

Ni corruption ni ballout, il sera dégagé parce qu'il a foiré dans sa politique du crime et de l'usurpation.

En face de lui des résistants ont réussi à faire comprendre aux israéliens leurs limites.

Mais pourquoi les avions israéliens ne survolent plus le ciel libano syrien depuis l'abattage du f16 par un obsolète Sam 7 ?

On lisait pourtant par les ânes qui braient que la moitié des DCA du héros étaient détruites. Non ?

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