Laurent Wehrli, maire de la commune de Montreux en Suisse.
Personnalité politique suisse, maire, journaliste, gestionnaire, vous semblez cumuler les rôles. Lequel endossez-vous dans le cadre de votre conférence auprès de l’ambassade suisse au Liban ?
Vu le thème retenu, ce sera avec honneur que je porterai la casquette de syndic (maire) de la commune de Montreux. Mais évidemment, on ne peut séparer complètement les responsabilités que j’assume. Ainsi, la portée internationale de Montreux et plus spécifiquement du Montreux Jazz Festival est aussi en phase avec mon engagement comme conseiller national (député) au Parlement suisse.
Pourquoi pensez-vous qu’il est important de parler du succès de Montreux ?
Tout d’abord, je réponds volontiers à une demande de l’ambassade de Suisse au Liban. Ensuite, tout en demeurant modeste sur nos activités, notamment au regard de tant d’autres à l’échelle planétaire, notre exemple peut peut-être éclairer d’autres localités sur la possibilité de se développer par des actions de qualité qui renforcent la vie locale – le bien-être en commun –, tout en assurant un développement économique confirmé ainsi qu’une promotion et une reconnaissance aux échelles tant nationale qu’internationale.
Vous parlez des impacts qu’engendrent des activités artistiques pour une ville, pourriez-vous en nommer quelques-uns ?
Il y a évidemment des impacts économiques. Ainsi, chaque édition du Montreux Jazz Festival attire plus de 200 000 personnes, et a un retour financier dans notre commune et notre région de plus de 50 millions de francs suisses (plus de 53 millions de dollars). Il s’agit premièrement de montants versés dans le secteur économique du tourisme (hôtels, restaurants, locations d’espaces, taxis, transports, etc.) mais aussi en faveur d’entreprises plus éloignées, plus petites, comme des menuisiers chargés de construire certains décors, des fleuristes, des coiffeurs ou tous les artisans qui trouvent à cette occasion de multiples possibilités de vendre leurs créations.
Mais évidemment, si l’impact économique direct est important, celui de la promotion l’est aussi. Ainsi, Montreux et sa région bénéficient d’une communication positive dans le monde entier grâce à ces événements, Montreux Jazz Festival en tête, bien sûr, et à leur réputation de qualité. Les déclinaisons comme les Montreux Jazz Cafés y participent aussi, relayant ainsi tout au long de l’année non seulement le souvenir, mais aussi sans aucun doute l’envie, de venir dans notre région. D’un point de vue plus budgétaire, nul doute que nous ne pourrions pas subventionner une telle publicité à une telle envergure, et donc le contribuable montreusien ainsi que l’économie touristique de notre région bénéficient très directement de la promotion des événements. Cette ou plutôt ces communications interagissent en un processus vertueux « gagnant-gagnant. »
Enfin, et j’aurais sans doute dû commencer par cet impact, de tels événements culturels contribuent très directement à une offre culturelle largement supérieure à ce qu’une commune de 26 000 habitants pourrait offrir à ses habitants. Ces derniers peuvent ainsi en bénéficier très directement, notamment par toute l’offre gratuite ou à prix réduit.
Pourquoi les arts vous tiennent-ils à cœur dans votre engagement politique ?
Clairement parce qu’une vie sans arts est bien trop terne ! Les arts participent directement à l’équilibre, au bien-vivre et in fine au bonheur d’une société. En cela, ils sont importants et méritent un soutien de la part des autorités. Ce qui n’est pas synonyme – dans mon esprit –
d’une conduite artistique par le politique !
Pensez-vous que les projets implantés à Montreux ont du potentiel sur le sol beyrouthin ?
Pourquoi pas ! Nous sommes toujours ouverts à de nouveaux partenariats et au développement de nouvelles collaborations. D’autant plus que nous sommes déjà actifs dans les réseaux de la francophonie. De nombreux artistes libanais se sont par ailleurs ainsi déjà produits à Montreux, pour le plus grand bonheur de tous.
Quels sont les parallèles à faire entre Beyrouth et Montreux ?
Difficile de tirer des parallèles directes entre ces deux villes. Leur grandeur, leur rôle – capitale d’un pays vs ville centre régional –, leur histoire, bien des éléments donneraient à penser qu’il n’y a pas de parallèle ! J’en vois cependant très clairement deux : une situation cosmopolite – ainsi 48 % des habitants de Montreux sont étrangers et proviennent de 152 nationalités – et le besoin de développer de nouvelles actions en faveur de l’intégration de tous et le renforcement du bien-vivre en commun.
Ce n’est pas votre première visite au Liban puisque Montreux a un partenariat avec Faraya. Entretenez-vous des liens importants avec le Liban ?
En Suisse, nous aimons le Liban ! Nous sommes attachés à ce pays surnommé la Suisse du Proche Orient, aux caractéristiques et défis similaires de la diversité – multicultures, multilangues, multiorigines – réunies en un État, participant étroitement à son « ADN » et à sa réalité. Et j’aime les Libanais, leur magnifique accueil et leur non moins magnifique volonté d’agir – parfois malgré tout !
*Dans le cadre des « Swiss Art Talk » organisées par l’ambassade de Suisse, en collaboration avec l’association Philippe Jabre et le musée Sursock.
Musée Sursock
Jeudi 22 février 2018, 19h00 à 20h30
Musée Sursock, auditorium, niveau -2.


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