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Moyen Orient et Monde

Pourquoi les USA veulent renforcer leurs capacités de dissuasion

Éclairage

Washington a choisi de se réarmer pour contrecarrer l’érosion de sa puissance face à la modernisation stratégique récente de Pékin et Moscou. 

19/02/2018

Une étude réalisée par l’International Institute for Strategic Studies (IISS) sortie le 14 février atteste que la Russie et la Chine ont opéré un renforcement de leurs infrastructures stratégiques et qu’elles occupent une place de plus en plus importante sur la scène militaire internationale. Même si les États-Unis constituent toujours la première force militaire du monde, « il est devenu de plus en plus évident que la période de primauté stratégique américaine incontestée est terminée », constate l’étude de l’IISS. Depuis la Seconde Guerre mondiale et davantage pendant la guerre froide, les États-Unis ont étendu leur capacité militaire pour pouvoir agir aux quatre coins de la planète grâce à une présence sur plus de soixante territoires. Mais l’augmentation des budgets militaires et nucléaires russo-chinois ainsi que leur déploiement au-delà de leurs territoires d’origine inquiète de plus en plus Washington.

À la deuxième place du classement mondial des dépenses militaires avec un chiffre officiel de 150 milliards de dollars, la Chine a la volonté de moderniser son arsenal stratégique et nucléaire et de déployer son armée vers d’autres territoires. Elle a ainsi ouvert sa première base militaire à l’étranger en 2017, à Djibouti, et commence à gagner du terrain dans la zone du Pacifique occidental, zone où les États-Unis sont traditionnellement prédominants. La Russie, avec plus de 60 milliards de dollars, se situe certes à la quatrième place du classement mais reste l’une des armées les mieux entraînées de la planète. « La Russie a l’intention de générer davantage de forces militaires utilisables à des niveaux de préparation plus élevés et de moderniser ses forces stratégiques, terrestres et aériennes, ainsi que ses capacités de guerre électronique et de frappe de précision, y compris celles des plates-formes maritimes », explique l’étude de l’IISS.

Même si le budget militaire réuni de Moscou et de Pékin dépasse à peine le tiers des dépenses américaines en matière de défense (plus de 600 milliards), Washington considère que ces deux puissances peuvent représenter de sérieuses menaces, d’autant plus que l’agence de presse chinoise Xinhua a rapporté qu’elles ont partagé la volonté d’approfondir leur coopération militaire en décembre 2017. Avant la sortie du rapport, le constat de l’érosion de la puissance américaine dans le monde avait été établi par l’administration Trump au début du mois de février.

Menaces croissantes

« Nous devons moderniser et reconstruire notre arsenal nucléaire, en espérant ne jamais avoir à nous en servir en le rendant tellement performant qu’il dissuadera toute volonté d’agression », avait déclaré le président américain devant le Congrès lors de son discours sur l’état de l’Union le 30 janvier dernier. « Peut-être y aura-t-il un moment magique où tous les pays abandonneront leurs armes nucléaires. Malheureusement nous n’y sommes pas encore », avait-il déploré.

Le président américain avait ordonné au département américain de la Défense, peu de temps après son investiture à la Maison-Blanche, d’élaborer une nouvelle stratégie pour dissiper cette inquiétude. C’est la « nouvelle posture nucléaire » américaine, qui passe par l’acquisition d’armes à basse puissance. Il s’agit d’« assurer une dissuasion nucléaire sûre, sécurisée et efficace qui protège la patrie, assurent les alliés et, surtout, dissuade les adversaires », indique le rapport du Pentagone, publié le 2 février. Autrement dit, il s’agit d’opérer « la modernisation des forces nucléaires pour préserver un moyen de dissuasion crédible », précise-t-il. « Aux États-Unis, on a le sentiment qu’avec les menaces croissantes de Moscou et de Pékin, le besoin d’armes nucléaires pour dissuader les conflits de grande puissance dans un avenir prévisible est indispensable », indique à L’Orient-Le Jour Toby Dalton, directeur adjoint au programme de politique nucléaire du centre Carnegie de Washington.

Mais l’idée de la modernisation des infrastructures atomiques américaines n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été pensée par Barack Obama en 2010. « Ce dernier qui, dans son discours à Prague un an plus tôt, en avril 2009, avait fait part de son rêve d’un » monde sans armes nucléaires «, avait dû faire des compromis afin d’obtenir le soutien du Congrès pour ratifier le traité de contrôle des armes START avec la Russie. Barack Obama a accepté de dépenser plus d’argent pour remplacer les systèmes obsolètes et améliorer les infrastructures nucléaires vieillissantes, dont une grande partie remonte aux années 1950 », affirme Toby Dalton. Cette acquisition de nouvelles armes nucléaires par Washington était par ailleurs une promesse de campagne de Donald Trump.

« Spirale de sécurité »

Dans la période préélectorale et depuis son accession au fauteuil de président, le locataire de la Maison-Blanche n’a cessé de répéter la nécessité d’une augmentation du budget de la Défense. En février 2017, il a annoncé vouloir réaliser une hausse « historique » des fonds destinés au Pentagone pour l’année 2018. Actuellement, les fonds destinés à la Défense représentent 3,3 % du PIB américain. Ces dépenses colossales permettent aux États-Unis d’être présents activement sur terre, sur mer, dans les airs, mais aussi dans le cyberunivers. Selon l’étude menée par l’IISS, la cybersécurité a été élevée au rang de première menace pour les États-Unis devant le terrorisme, une première depuis le 11 septembre 2001.

Par le biais d’un communiqué du ministère chinois de la Défense, Pékin a enjoint Donald Trump à changer de comportement et d’attitude vis-à-vis du programme militaire chinois. « Nous espérons voir les États-Unis renoncer à leur mentalité de guerre froide, prendre au sérieux leurs responsabilités sur la question du désarmement et corriger leur perception des intentions stratégiques de la Chine », a indiqué le ministère dans un communiqué publié le 4 février dernier. « La paix et le développement sont des dynamiques mondiales irréversibles. Les États-Unis, pays qui possède le plus important arsenal nucléaire mondial, devraient prendre l’initiative de suivre cette tendance au lieu d’aller à son encontre », ajoute-t-il.

« Le risque est maintenant que nous voyions une spirale de sécurité entre les trois pays qui mènent à une nouvelle course aux armements », conclut Toby Dalton.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA DISSUATION EXISTE... MAIS SANS UN PRESIDENT SERIEUX QUI PUISSE S,IMPOSER LE MONDE IRAIT VERS LE CHAOS !

Wlek Sanferlou

Avec la notion de guerre pré emptive les USA pourrait bien trouver n'importe quel excuse pour démarrer une guerre mondiale pour garder sa position. Sachant qu'une guerre nucléaire même minimum sera la fin de l'humanité et même de la vie sur terre...

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