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Culture

Quand Air France prend de jeunes artistes libanais sous ses ailes

Initiative

Michèle el-Haddad, Victor Chami, Clara Chidiac et Nohad Alameddine sont les quatre lauréats du concours de peinture murale, lancé par la compagnie aérienne auprès des étudiants en illustration de l’ALBA.

Danny MALLAT | OLJ
09/02/2018

C’est une belle initiative que celle de Frédéric Babu, directeur régional d’Air France-KLM – belle et d’utilité publique, puisqu’elle permet, entre autres, à de jeunes artistes de s’exprimer.

L’idée est simple : lancer un concours pour animer les murs des nouveaux locaux de la délégation régionale du Proche-Orient d’Air France, situés dans l’immeuble Starco au centre-ville. Les élèves en illustration de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), toutes années confondues, ont reçu un cahier des charges bien précis pour libérer leurs ailes et laisser leur imagination et leur créativité occuper le ciel d’Air France. Et quoi de plus naturel pour une compagnie aérienne que de demander à ce que le personnage principal à mettre en scène soit un avion – condition logique que les participants ont dû naturellement respecter. Plus encore : le message de cette compagnie ayant toujours été « qu’une fois que l’on a volé avec elle, on n’hésitera pas à recommencer », il fallait aussi suggérer une ambiance intimiste et élégante, laisser se diffuser un sentiment de sérénité, de quiétude et de confort maximal – sans oublier, bien sûr, la part de rêve.

Sélectionnés d’abord par l’ALBA, onze participants ont présenté leur projet, et un seul gagnant devait être primé. Frédéric Babu, agréablement surpris par le résultat, apporte son soutien et celui de l’agence pour récompenser plus largement cette dynamique, véritablement d’intérêt public, aussi bien pour les artistes que pour la compagnie. Il décide, avec l’aide de trois directeurs de l’agence, ainsi que de Marie Joe Ayoub, chargée du projet, d’octroyer quatre prix au lieu d’un seul. Les artistes seront départagés par un jury composé de membres de l’administration d’Air France. Les employés, eux, ont suspendu réservations, annulations et autre travail bureaucratique, le temps d’une pose artistique, et ont voté à leur tour pour départager les lieux où seront dessinées les deux fresques lauréates du premier prix. Celle de Michèle el-Haddad occupera la salle de conférences et celle de Victor Chami, représentant l’image d’Air France, est désignée pour décorer la salle où l’on reçoit les clients.

Pour mener le projet à bon (aéro)port, Marie Joe Ayoub, artiste et peintre muraliste engagée, détentrice d’un mastère en illustration et publicité, est assignée par l’ALBA. Elle accompagne les artistes dans leurs recherches graphiques et l’étude du concept, les guide pour faire le bon choix face à plusieurs compositions, les soutient, et va même jusqu’à plonger ses mains dans les pots de couleurs pour s’assurer de la livraison du projet dans les temps. Cette artiste n’en est pas à son premier engagement : ayant collaboré avec plusieurs ONG (Toufoula, l’Unesco, Ouzville et d’autres), elle rêve d’un monde meilleur où l’art serait le seul parti politique auquel les Libanais devraient adhérer.

Truffaut aurait souri
Premier prix ex aequo du concours, Michèle el-Haddad, étudiante en deuxième année d’illustration, ne pensait pas pouvoir se mesurer à ses aînés en mastère. Sa composition aurait fait sourire François Truffaut, pour qui « les jambes des femmes sont comme des compas qui arpentent le monde ». Elle puise son inspiration dans les vidéoclips et les films que la compagnie diffuse, mettant en exergue la mode française et l’élégance des femmes. Et voilà que le grand mur de la salle se verra envahi par des paires de jambes traversant l’espace, des gambettes tantôt vêtues de jupes nimbées de nuages, tantôt de robes aux motifs bigarrés, suggérant les pays du monde entier. La lauréate garde de cette expérience le sentiment d’une grande satisfaction. Elle voit sa confiance en elle boostée par cette récompense accordée par « une compagnie aussi prestigieuse qu’Air France ».

Victor Chami, élève en illustration (mastère 1) et détenteur du premier prix ex aequo, avoue avoir insisté sur le respect de la couleur de la compagnie (le rouge, le bleu et le blanc). Il inonde sa toile de cumulus blancs pour évoquer la légèreté et l’onirisme. La salle qu’il lui fallait décorer étant petite, il évite de charger sa composition et dégage son dessin en intercalant les vides du ciel traversés par des nuages sur lesquels viennent se poser tantôt le Taj Mahal, tantôt la statue de la Liberté, survolant la tour Eiffel plantée dans une France fière de son histoire. Il utilise ses couleurs en aplats sans dégradés, sa facture est nette et stylisée, son cèdre est d’un bleu épicéa. Victor Chami n’avait jamais réalisé de peinture murale. « Cette première expérience m’a donné de l’assurance et me sera utile pour mon prochain projet à l’ALBA », se félicite-t-il.

Clara Chidiac et Nour Souhaid, toutes deux en deuxième année mastère, ont opté pour l’exotisme et l’originalité. Leur fresque déploie une nature luxuriante qui laisse s’échapper des perroquets aux couleurs chatoyantes. Elles avouent s’être inspirées des brochures d’Air France, qui, souvent, pour encourager les voyages aux autres bouts du monde, parsèment leurs images de couleurs. Au départ, elles proposent deux concepts, deux illustrations, qu’elles finiront par jumeler pour obtenir une tour Eiffel qui s’érige dans un espace édénique. Clara Chidiac ajoute sa touche avec son regard sur les femmes et leurs joues colorées. Pour elles deux, c’était un grand honneur et un plaisir immense de travailler pour Air France.
Nohad Alameddine, deuxième année mastère, s’inspire du chaos de Beyrouth et se concentre sur le choix de deux couleurs, le bleu et le fuchsia. L’avion survole un cumulus de tours et d’immeubles enchevêtrés, qui ne sont pas sans rappeler le désordre urbanistique et cet énorme chantier en perpétuel changement que représente le Liban. Il obtient le quatrième prix, et sa toile placée dans le couloir aura le privilège d’accrocher le regard, chaque jour, de tous les employés.
Pour s’être engagé dans cette démarche qui crée de la valeur pour l’entreprise tout en contribuant à l’encouragement de l’art, Frédéric Babu n’en reste pas moins fier d’avoir collaboré avec « de jeunes futurs grands artistes » et de leur avoir offert « leur premier terrain de jeu ».


Les prix

Les deux lauréats des premiers prix remportent chacun un voyage pour deux personnes incluant deux nuits d’hôtel et accès gratuit aux musées.
Les deuxième et troisième prix reçoivent chacun un billet d’avion aller-retour Beyrouth-Paris-Beyrouth.



Frédéric Babu.

Frédéric Babu : Donner un supplément d’âme aux lieux...


Comment est née l’idée de ce projet ?
En juillet 2017, nous avons emménagé dans des nouveaux bureaux à Starco en open space, et nous souhaitions créer une atmosphère chaleureuse et gaie. Depuis le début de son existence, Air France travaille régulièrement avec des écoles d’art, des artistes et des designers pour décorer ses agences et aménager ses avions. C’est Andrée Putmann, la grande architecte et designer française, qui avait par exemple dessiné la cabine du Concorde, et récemment John One a peint un immense graffiti sur un avion.
Nous nous sommes naturellement tournés vers notre partenaire, l’ALBA, pour leur faire part de notre idée de créer ce concours ouvert aux étudiants, et ils se sont montrés enthousiastes.

Comment, et sur base de quels critères, avez-vous fait d’abord une première sélection, et ensuite le choix des lauréats ?
Après avoir briefé à une vingtaine d’étudiants motivés, l’ALBA a fait une présélection de 10 projets. Au départ, l’idée était de dessiner sur le principal mur de la plus grande salle de réunions, mais, en découvrant la qualité et l’originalité des travaux, nous avons décidé de récompenser plus de gagnants, qui ont été finalement au nombre de quatre, pour décorer quatre murs dans nos locaux. Les critères étaient le respect des conditions prérequises (évoquer le voyage, l’évasion, l’élégance, le ciel), et bien sûr des critères purement artistiques, tels que l’harmonie des couleurs et des formes, la gaieté et l’originalité.

Êtes-vous satisfait du niveau artistique des élèves ? Avez-vous atteint vos objectifs ?
Nous sommes extrêmement satisfaits, et nous avons immédiatement constaté l’adhésion des équipes quand elles ont découvert les murs peints. Ces créations dessinées sur les quatre murs égaient positivement les espaces et donnent un supplément d’âme au lieu.

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