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Diaspora

Mary-Jane Deeb, le visage tolérant de la Bibliothèque du Congrès

Femmes de l’émigration

Depuis 2004, elle dirige la Division Afrique et Moyen-Orient au sein de la plus grande bibliothèque du monde. Cette professeure exerce son travail en toute humilité, loin des préjugés.

06/02/2018

Sur son bureau, on voit des livres, des papiers et des notes entassés, qui racontent beaucoup d’histoires. Il y a aussi ce qu’on ne voit pas, mais que l’on devine : les nombreux combats que mène Mary-Jane Deeb, responsable de la Division Afrique et Moyen-Orient de la Bibliothèque du Congrès.
Professeure américaine d’origine libanaise, Mary-Jane Deeb lutte pour mieux faire connaître la richesse culturelle et les trésors patrimoniaux des pays regroupés sous sa division au sein de la Bibliothèque du Congrès, non moins de 78 pays s’étalant de l’Afrique australe, au Maghreb, au Moyen-Orient et à l’Asie centrale. Avec une dose de patience et beaucoup de passion, elle organise des rencontres avec des conférenciers du monde entier, reçoit des dignitaires étrangers, s’entretient avec le personnel de diverses agences gouvernementales américaines, organise des événements, voyage un peu partout au monde… Ce poste lui correspond à la perfection.

Citoyenne du monde
Née en Égypte, Mary-Jane Deeb appartient à ce groupe de Levantins surnommé les « chawam », ayant vécu une partie de sa jeunesse en Égypte et au Liban. Elle se sent d’ailleurs tout autant originaire de Beyrouth que d’Alexandrie. Parlant le français, l’italien, l’arabe et l’anglais, elle peut aborder son identité sans se soucier des étiquettes : « Ma maman est slovène, mon père est libanais et je suis née en Égypte. J’ai grandi au Levant, mais j’ai voyagé partout. Cela peut sembler un peu compliqué ! »
L’aspect « compliqué » s’arrête néanmoins ici. Mary-Jane Deeb a toujours su déterminer, depuis son enfance, ce qui la passionne. « J’ai toujours voulu sortir de ma bulle et voyager, dit-elle. Ne jamais me focaliser sur un point ou un espace précis. » Cela ne l’a pas empêché de développer un grand intérêt pour des sujets et des lieux particuliers, comme la Libye par exemple.
Son parcours universitaire démarre sur les bancs de l’Université américaine du Caire. Elle y obtient une maîtrise en sociologie. Quelques années plus tard, elle décroche son doctorat en relations internationales de l’École des hautes études internationales de l’Université Johns Hopkins, aux États-Unis. Entre ces diplômes, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Sur le plan affectif, elle partage depuis de nombreuses années une tendre complicité avec son mari, Marius Deeb. « Avec lui, l’entente est comme une évidence, raconte-t-elle. Il est l’historien et le politologue de la famille. Je suis la sociologue, l’anthropologue. Nous abordons les choses différemment, mais nous nous complétons et nos centres d’intérêt sont presque les mêmes. »

« Temps de quitter le Liban... »
En 1973, le couple se rend pour la première fois dans le Midwest américain. « Mon mari avait eu son doctorat à Oxford, en Angleterre, où nous nous sommes mariés, explique-t-elle. Nous avons déménagé aux États-Unis lorsqu’il a obtenu un Fulbright Grant pour enseigner le Moyen-Orient dans le Midwest. »
Dès leur arrivée en Amérique profonde, la jeune sociologue prend la décision de donner des cours pour comprendre davantage le nouveau système dans lequel elle se trouve plongée. « La rencontre avec les élèves m’a bouleversée, se souvient Mary-Jane Deeb. Ils étaient étonnés que je sois libanaise et non voilée. Ils ignoraient absolument tout du Moyen-Orient. »

Sauf que cette ignorance n’a pas constitué un obstacle pour la chercheuse, bien au contraire : elle s’en est trouvée plus motivée. Elle a décidé de poursuivre son chemin professionnel en passant d’une région du monde à une autre, en toute aisance. Après les États-Unis, elle s’est rendue avec son mari et son fils en Libye où, durant un an, elle a publié des rapports sur la société libyenne. La famille a ensuite passé une année à l’Université de Princeton, où le couple de chercheurs a écrit à quatre mains l’un des premiers livres jamais publié sur Mouammar Kadhafi, l’ancien dictateur libyen (assassiné en 2011).

Ensuite, ce fut le retour vers Beyrouth, où l’Unicef, l’Agence américaine pour le développement international (USaid) et d’autres organisations ont fait appel aux compétences de Mary-Jane Deeb. La famille demeure au Liban jusqu’en 1983, date à laquelle l’explosion qui a détruit l’ambassade des États-Unis à Beyrouth chamboule son avenir. « Le responsable avec lequel je travaillais tous les jours est décédé, dit-elle. J’ai senti alors qu’il était temps de quitter le pays. »
La famille Deeb revient alors aux États-Unis, où la sociologue mène une carrière couronnée de succès. Elle enseigne à l’Université de Washington, où elle devient directrice du programme Omani. Elle donne des cours à l’Université de Georgetown et à l’Université George Washington, et elle écrit pour le Middle East Journal. Et c’est en 1998 que Mary-Jane Deeb intègre la Bibliothèque du Congrès en tant que spécialiste de la région arabe : elle deviendra plus tard chef de la section Proche-Orient. Et grâce à son dévouement, des bourses ont été créées. La Bibliothèque du Congrès s’est par exemple impliquée dans la reconstruction de la Bibliothèque nationale d’Irak, et a soutenu le directeur de la Bibliothèque nationale en Iran.

La liste des succès de Mary-Jane Deeb est si longue qu’il est difficile de les résumer en quelques mots. « Tous les jours, j’apprends de nouvelles choses et je mène des échanges avec des collègues passionnants », souligne-t-elle, le sourire aux lèvres.
Ces efforts ne sont pas près de s’interrompre.

Pour découvrir la Division Afrique et Moyen-Orient de la Bibliothèque du Congrès : http://www.loc.gov/rr/amed/

À son actif, des essais et… des polars


Outre les livres de recherche publiés avec son mari Marius et ses centaines d’articles, Mary-Jane Deeb a déjà publié plusieurs romans. Avec une nette préférence, visiblement, pour les romans policiers, dont Cocktails et meurtres sur le Potomac, Meurtre sur la Riviera, Un Noël mystère en Provence et La mort d’un arlequin. Ses trois derniers romans se déroulent dans le sud de la France dont elle apprécie la gastronomie, la culture et les traditions. De son côté, Marius Deeb est aujourd’hui l’un des plus éminents spécialistes du Moyen-Orient dans le monde. Avec son épouse, la collaboration a toujours été fructueuse : parmi de multiples publications, citons leur ouvrage sur Kadhafi, La Libye depuis la révolution : aspects de développement politique ou social. Un ouvrage sur les chrétiens d’Orient, écrit aussi à quatre mains, sera prochainement publié.

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban.  E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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