Carillion a mené d’âpres discussions durant le week-end avec des représentants du gouvernement et ses créanciers, espérant réduire sa dette et renforcer son capital, mais sans succès. Photo Reuters
Le groupe de construction et de services Carillion a brutalement fait faillite hier, laissant en plan des milliers d'employés et obligeant le gouvernement britannique à financer les nombreux services publics que la société assurait au Royaume-Uni. Faute d'accord sur son renflouement, Carillion explique avoir été contraint « de se placer en liquidation avec effet immédiat », suscitant de fortes craintes sur l'avenir de ses 43 000 employés dans le monde (Canada, Moyen-Orient et Afrique du Nord), dont 19 500 au Royaume-Uni. Le groupe britannique précise que le gouvernement va apporter les fonds nécessaires pour maintenir les services publics assurés par Carillion et qui représentaient une bonne partie de son activité, via des services fournis notamment aux écoles (cantines), aux hôpitaux et à l'armée. Le montant des contrats en cours auprès du secteur public ou en partenariat public-privé s'élève à environ 1,7 milliard de livres sterling (soit 2,35 milliards de dollars). Le gouvernement a néanmoins demandé à tous les employés de Carillion de continuer à venir travailler, leur assurant qu'ils seront payés. La presse évoquait ces derniers jours une possible cessation de paiement, mais le groupe a surpris en se déclarant directement en liquidation, laquelle va être orchestrée par un responsable désigné par le tribunal des faillites ainsi que par le cabinet PwC. Carillion a mené d'âpres discussions durant le week-end avec des représentants du gouvernement et ses créanciers, espérant réduire sa dette et renforcer son capital, mais sans succès. Le sauvetage du groupe s'est joué à peu de choses, selon l'agence de presse britannique PA, qui révèle que Carillion avait demandé seulement 20 millions de livres (soit 27,6 millions de dollars) au gouvernement afin d'être en mesure d'obtenir ensuite davantage de fonds auprès des banques, qui avaient conditionné tout renflouement à une intervention directe des autorités publiques. Ces mêmes banques créancières devraient perdre autour de 2 milliards de livres (soit 2,8 milliards de dollars) avec cette liquidation, en comptant leur exposition aux différentes filiales du groupe, selon la presse britannique.
Pas de renflouement public
« Il n'est pas possible d'attendre des contribuables de sauver une société du secteur privé », a expliqué David Lidington, secrétaire d'État auprès de la Première ministre. Certains analystes soulignent toutefois le risque pris par le gouvernement conservateur, échaudé par toute aide publique au secteur privé depuis la crise financière de 2008. « Le financement temporaire par le gouvernement des contrats de service public de Carillion ainsi que l'augmentation probable des coûts liée à la renégociation des contrats font que très probablement il va payer bien plus que s'il avait fourni les garanties demandées », estime Rebecca O'Keefe, analyste chez Interactive Investor. Les syndicats ont demandé immédiatement des assurances sur l'avenir des emplois. Pour GMB, très présent dans le secteur public, cette faillite « montre l'échec complet d'un système qui a mis nos services publics entre les mains de groupes louches et concentrés sur le profit ». Le groupe, dont le siège est à Wolverhampton (centre de l'Angleterre), était engagé dans d'importants projets de travaux publics au Royaume-Uni et croulait sous une dette de 1,5 milliard de livres (soit 2 milliards de dollars), dont celle liée à son fonds de retraite. La situation financière du groupe s'est lourdement dégradée ces derniers mois, en raison de reports de chantiers, de difficultés dans l'exécution de contrats et de retards de paiement, entraînant un plongeon de son action. Pour couronner le tout, il faisait l'objet d'une enquête du gendarme boursier britannique concernant les annonces financières faites entre décembre 2016 et juillet 2017.
Source : AFP

