Nos Lecteurs ont la Parole

Le Liban antifragile

par Jean RIACHI
OLJ
12/01/2018

Dans son ouvrage Antifragile, le désormais mondialement célèbre Nassim Taleb définit l'antifragilité comme une réponse « convexe » à un stress ou un choc qui conduit à une amélioration de la résistance à des chocs futurs. Il ne s'agit ni de robustesse (un objet robuste se casse en morceaux si le choc est trop violent) ni de résilience, qui est une capacité à résister à un choc, mais sans amélioration. Un système résilient demeure le même, un système antifragile s'améliore et augmente son immunité aux chocs futurs.
La crise qui a suivi la démission télévisée du Premier ministre Hariri a démontré que le système libanais est désormais « antifragile » alors qu'on le croyait simplement résilient. Au fur et à mesure des crises, la réponse des Libanais aux chocs s'améliore, tel un programme d'intelligence artificielle qui augmenterait ses performances en accumulant de plus en plus d'informations. Ce n'est pas un hasard si Robert Fisk dans son article du 9 novembre 2017 dans The Independant considère que les tentatives de déstabilisation du Liban ont échoué parce que, si les Libanais ont moins d'argent que les Saoudiens, ils sont beaucoup plus intelligents qu'eux. J'ai été bluffé par la sagesse et l'intelligence de la plupart des acteurs locaux – mais aussi internationaux – de cette minitragédie : le président Aoun, Hassan Nasrallah, la famille et l'entourage du Premier ministre, jusqu'aux habituels bouffons politiques du petit écran. J'ai aussi été bluffé par l'intelligence des Libanais, toutes communautés et classes sociales confondues, qui ont réagi avec mesure et subtilité. Comme si une intelligence collective dictait à chacun de nous son rôle et commandait le savant dosage entre indignation et dénonciation, d'une part, et prudence et attentisme, de l'autre. Enfin, comment ne pas saluer le professionnalisme et l'intelligence de la journaliste Paula Yacoubian. Accepter la mission la mettait en position potentielle d'« idiot utile ».
Or sa prestation, anthologique, nous a permis de comprendre la parole vraie et la pensée réelle de Saad Hariri, qui a lui aussi été d'une grande subtilité. Cette conversation triangulaire entre la journaliste, le Premier ministre et le peuple libanais avait un caractère surréel, avec ses mensonges – bien pardonnés –, sa langue de bois et ses messages subliminaux. Mais entre gens intelligents, tout le monde s'est compris.

 

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