Moyen Orient et Monde

Même si la paix est loin d’être gagnée, Moscou récolte les premiers fruits de son intervention

Syrie

Des dizaines de groupes rebelles ont annoncé leur refus de participer aux prochaines négociations à Sotchi fin janvier.

27/12/2017

La tenue du Congrès du dialogue national syrien prévu les 29 et 30 janvier prochain risque d'être à nouveau compromise par le refus des rebelles d'y participer. Le 22 décembre, la Russie et l'Iran, alliés de poids de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles, avaient annoncé ce nouveau rendez-vous prévu à Sotchi pour tenter de réunir le régime syrien et les rebelles et avancer vers un règlement politique, après l'échec des derniers pourparlers de Genève et d'un huitième round infructueux à Astana la semaine dernière. Mais l'annonce faite hier par plusieurs dizaines de groupes de l'opposition syrienne risque une fois encore de tuer le processus de négociations dans l'œuf.

« Nous rejetons totalement la tentative de la Russie de contourner le processus de Genève », ont indiqué dans un communiqué 40 groupes rebelles, en référence aux pourparlers de paix tenus à plusieurs reprises à Genève sous l'égide de l'ONU et qui n'ont jamais abouti. Parmi les nombreuses factions signataires figurent l'influent mouvement islamiste Ahrar al-Cham et des groupes autrefois armés par Washington, comme les Brigades al-Motassem. « Depuis le départ, nous disons que tous ceux qui veulent jouer un rôle d'intermédiaire et de garant en Syrie devraient être neutres, justes et honnêtes dans leur soutien à la transition politique », a affirmé à l'AFP Moustapha Sejari, un responsable au sein des Brigades al-Motassem. « Ce n'est pas le cas de la Russie, qui participe à tuer le peuple syrien », a-t-il ajouté.

Le projet ambitieux des Russes de réunir une trentaine de forces politiques syriennes de tous bords autour d'une même table s'avère extrêmement compliqué et ne s'est toujours pas concrétisé. Auparavant, c'était la question de la présence des Kurdes syriens à la table des négociations qui avait posé problème pour Ankara, qui considère le PYD (Parti de l'Union démocratique) comme une organisation terroriste. Malgré les différentes conditions et points d'achoppement des uns et des autres, le président russe Vladimir Poutine est convaincu que ce projet est la « clé » du processus de négociations lancé en 2014 à Genève. Face à ce projet concurrent, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, avait prévenu la semaine dernière que « toute initiative politique (devrait) contribuer au processus politique sous l'égide de l'ONU à Genève et le soutenir ».

 

(Lire aussi : Reconstruction en Syrie : une importante délégation russe à Damas)

 

 

Même table
Forte des victoires militaires sur le terrain qui ont permis à Damas de reprendre l'avantage, entraînant ainsi un tournant dans le conflit, Moscou espère définitivement s'imposer comme l'arbitre de la phase de réconciliation politique. Le but est d'aboutir à la rédaction d'une nouvelle Constitution, puis à des élections en Syrie « sous le contrôle des Nations unies ». Or la balance penche largement en faveur du régime, qui contrôle désormais 55 % du territoire après avoir infligé une série de revers aux rebelles, présents dans quelques poches à travers le pays morcelé. L'opposition qui a, à plusieurs reprises, menacé de boycotter les différentes initiatives lancées par Moscou n'accorde aucune confiance à celui qui se veut être à la fois acteur et arbitre, préférant s'en remettre au processus de l'ONU.

Malgré les difficultés à réunir tout le monde à la même table, Moscou ne perd pas de vue son objectif premier : récolter les fruits de son intervention lancée en septembre 2015. Profitant à l'époque de l'état de faiblesse de son allié, la Russie avait réussi à imposer ses conditions à Damas. La guerre étant terminée, elle cherche aujourd'hui à assurer sa présence dans la région, et ce pour une durée indéterminée. Le 11 décembre, depuis la base russe de Hmeimim située au sud de Lattaquié, Vladimir Poutine a ordonné le retrait d'une partie significative de son contingent militaire se trouvant en Syrie, quelques jours seulement après avoir annoncé la « libération totale » des territoires conquis par l'État islamique. Pour l'heure, il est difficile d'estimer si ce retrait partiel est effectif ou de l'ordre du symbolique.

Quoi qu'il en soit, un retrait de troupes ne signifie pas pour autant la fin de la présence russe sur le sol syrien, bien au contraire. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, cité par l'agence de presse RIA, a annoncé hier que son pays a entrepris d'établir une présence militaire permanente sur ses bases syriennes de Tartous et Hmeimim. La base navale de Tartous, à 85 km environ au sud de la ville de Lattaquié, est la seule emprise militaire russe sur la mer Méditerranée. Ses dimensions modestes l'empêchent de recevoir de gros bâtiments de guerre. Mais un accord signé avec la Syrie, et ratifié hier par la Chambre haute du Parlement russe, va permettre son agrandissement. Il prévoit par ailleurs un bail de 49 ans, renouvelable, a précisé l'agence RIA. Quant à la base aérienne de Hmeimim, l'accord ratifié par le Conseil de la fédération ne fixe pas de limitation de durée pour son usage par l'aviation russe. De quoi permettre à Moscou de poser durablement ses valises dans la région, en attendant de pouvoir faire avancer le processus de paix.

 

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