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Moyen Orient et Monde

En Catalogne, l’élection de tous les poisons...

Éclairage

Les deux camps sortiraient affaiblis et 82 % des Catalans se disent certains d'aller voter, du jamais-vu dans l'histoire de la province.

21/12/2017

Moins de deux mois après le référendum sur l'indépendance de la Catalogne, qui a provoqué de vives tensions entre Madrid et Barcelone, l'élection régionale dans la province espagnole est scrutée de très près dans toute l'Europe. Les Catalans sont appelés aux urnes aujourd'hui pour élire leurs représentants au Parlement régional et l'avenir du mouvement indépendantiste constitue l'enjeu principal du scrutin. Le dernier sondage, effectué vendredi dernier, fait état d'une mobilisation massive : 82 % des Catalans se disent certains d'aller voter. Du jamais-vu dans l'histoire de la province.

Les meetings électoraux se sont déroulés de façon surréaliste par visioconférence, les principaux candidats étant soit en prison, soit en exil. Poursuivi par Madrid pour avoir déclaré unilatéralement l'indépendance de sa région, l'ancien président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, a trouvé refuge en Belgique. Son bras droit, Orial Junqueras, est quant à lui derrières les barreaux pour « rébellion ». Selon le quotidien espagnol El Pais, les intentions de vote sont extrêmement serrées. Les unionistes remporteraient les élections avec 45 % des voix, talonnés de près par les indépendantistes qui récolteraient 44 % des bulletins. Les séparatistes gagneraient en revanche en nombre de siège, du fait d'un système électoral où les circonscriptions rurales, dans lesquelles ils sont majoritaires, ont plus de sièges. À l'image de ces derniers mois, c'est une Catalogne totalement divisée qui ressort de ce tableau.

Pour le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, le revers électoral s'annonce sévère. Sa formation, le Parti populaire, devrait connaître une cuisante défaite. C'est un pari perdu pour le gouvernement espagnol qui espérait donner une voix à la « majorité silencieuse » et obtenir une victoire éclatante des forces unionistes. « L'échec de Rajoy qui se profile risque fort de l'affaiblir sur le plan national », analyse Gracia Dorel-Ferré, auteure de L'Atlas historique de la Catalogne, interrogée par L'Orient-Le Jour. Et le constat est le même pour les socialistes à qui l'on reproche d'avoir voté la suspension de l'autonomie de la Catalogne.
Du côté des indépendantistes, la défaite ne s'annonce pas moins amère. Les forces sécessionnistes devraient perdre leur majorité absolue au Parlement. Le triomphalisme de Carlos Puigdemont au lendemain du référendum, en octobre dernier, semble révolu. 90 % des votants se déclaraient alors favorables à la création d'une République catalane avec 40 % de participation. Mais cette fois-ci, des électeurs généralement dépolitisés devraient se mobiliser en masse pour soutenir Madrid. La seule formation politique qui devrait tirer son épingle du jeu est Ciudadanos. Le parti de centre-droit devrait arriver en tête des suffrages avec 25 % des voix. À la tête du mouvement, Inés Arrimadas est pressentie pour devenir la présidente du prochain gouvernement catalan, en cas de coalition unioniste.

 

(Lire aussi : Pour le préfet de Catalogne, l'indépendantisme est à son "point final")

 

Ingouvernabilité
À l'issue du scrutin, Podemos (gauche radical) jouera très probablement le rôle d'arbitre pour la formation d'un gouvernement. Le parti est officiellement non aligné : il est opposé à une indépendance unilatérale de la région, mais favorable à un référendum d'autodétermination en concertation avec Madrid. « Tout dépendra de l'attitude de cette troisième force. Podemos s'alliera-t-il avec les unionistes ou avec les indépendantistes ? » s'interroge Anthony Sfez, doctorant à l'Université Panthéon Assas, contacté par L'Orient-Le Jour.

Si aucun compromis n'est atteint, de nouvelles élections auront lieu dans deux mois, prolongeant encore l'instabilité de la province. « L'alliance indépendantiste de 2015-2017 s'est fragmentée et les partis unionistes n'ont pas plus qu'en 2015 de perspectives d'alliance. Les désaccords internes à chacun des deux camps peuvent conduire à une ingouvernabilité porteuse de nouvelles élections à Barcelone et peut-être même à Madrid », analyse Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'IRIS, contacté par L'Orient-Le Jour. Incertaines, les élections ne rassurent pas les milieux économiques. Les entreprises considèrent que l'instabilité catalane révèle les problèmes systémiques de l'Espagne. « Les institutions espagnoles, bâclées lors de la transition démocratique, sont à revoir complètement. La Catalogne tousse, mais c'est l'Espagne qui a froid », estime Mme Dorel-Ferré.

Terrorisées par l'incertitude qui règne dans la 5e puissance de l'Union européenne, pas moins de 2 000 compagnies ont déplacé leur siège social hors de Catalogne depuis le début de la crise. Un vent de panique qui pourrait se propager si l'indépendantisme catalan sert de modèle aux mouvements sécessionnistes du monde entier. Du Québec en passant par l'Écosse et la Corse, d'autres groupes indépendantistes pourraient s'inspirer de l'exemple catalan. Sur ce point, Anthony Sfez se veut toutefois plus nuancé : « Le mouvement catalan a une impressionnante capacité de mobilisation qu'aucun autre mouvement indépendantiste en Europe, et peut-être même dans le monde, ne possède. »

 

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