Nos Lecteurs ont la Parole

Oh Johnny, si tu savais...

par Bélinda IBRAHIM
OLJ
08/12/2017

L'idole des jeunes n'est plus. La nouvelle m'a fait l'effet d'un séisme. Pourtant, Johnny Hallyday était malade. La presse en parlait, mais j'avais fait l'impasse sur la gravité de sa maladie. Parce que j'avais « rangé » tout Johnny dans la case la plus éloignée de ma mémoire. Naphtaliné. Momifié.
À force de subir des déceptions et autres trahisons, les unes plus douloureuses que les autres, j'avais décidé de ne plus regarder derrière moi, et d'appliquer une méthode infaillible : celle de « l'économie de la souffrance ». J'étais devenue avare en émotions, par simple souci de protection. Retranchée derrière les portes de mon pénitencier privé, je n'attachais d'importance qu'à ce qui arrivait aux miens, à mes « sang pour sang ». Et la (mauvaise) nouvelle est tombée, soufflant avec elle mon gilet pare-balles. Toute la musique que j'aime a réapparu en notes de blues. Larmes à l'appui. Les larmes de Bélinda. Mes quinze ans. La guerre civile. Mon premier amour et Johnny en option avec lui. Johnny que nous écoutions en boucle, guitare à la main, les obus pleuvaient, nous chantions, nous nous aimions, nous nous disputions, passionnément, à la folie. C'était la vie de tous les excès. Nous retenions la nuit qui se confondait avec le jour. Souvenirs souvenirs. Allumer le feu. Le nôtre, celui de la passion qui nous animait, et celui du feu de camp qui nous réchauffait. Cette flamme qui a fini par déserter nos vies lorsqu'il a fallu grandir et s'assagir. Prier Marie pour qu'elle adoucisse notre chagrin. Et puis se dire que nous, nous n'avions pas oublié de vivre, qu'à force de casser des guitares, pour nous la vie allait – toujours – (re)commencer. Je te promets, me disait-il, regarde-nous, un jour viendra où nous vivrons pour le meilleur. Je répondais : j'ai un (gros) problème, je sais bien que je t'aime, mais derrière l'amour (fou), il y a toute une chaîne de pourquoi. Nous voulions vivre pour le meilleur, mais l'aventure, c'est l'aventure. Les fins ne ressemblent jamais aux débuts. Tu peux partir si tu le veux, j'oublierai (jusqu'à) ton nom. La loi du silence s'est avérée incontournable. Après avoir tenté de nous réparer, nous nous sommes séparés. Chacun a pris sa part de Johnny. Requiem pour un amour fou. J'allais sur mes 20 ans, il était mon aîné de 4 ans. Nos chemins ont divergé à jamais. Mon hymne à l'amour, ce sera toujours le sien. Lui et Johnny, pour moi, ne faisaient qu'un.
Oh Johnny, si tu savais... S'il était un charpentier et si je m'appelais Marie, nous t'aurions pleuré aujourd'hui, tous (les deux) ensemble...

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