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Moyen Orient et Monde

À Alger, Macron refuse d’« être otage du passé »

France
OLJ
07/12/2017

Le président français Emmanuel Macron a effectué hier sa première visite en tant que président en Algérie, où il dit se rendre « en ami » refusant d'être « otage du passé » douloureux entre Paris et son ancienne colonie. M. Macron a fait un geste pour régler l'un des contentieux historiques entre les deux pays en annonçant qu'il était « prêt » à ce que la France restitue des crânes d'insurgés algériens tués au XIXe siècle par l'armée française et conservés au Musée de l'Homme à Paris. « Je souhaite qu'on ravive la relation entre nos deux pays avec le travail mémoriel, que la restitution des crânes soit décidée », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au site TSA (Tout sur l'Algérie). « On a une histoire particulière, il ne faut pas qu'il y ait de tabou », avait auparavant expliqué le président français à un jeune Algérien croisé dans la rue du centre d'Alger qu'il a remontée à pied à la mi-journée.
« Je veux une France aux côtés de l'Algérie, une France qui aide à construire l'avenir de ce grand pays et qui aide la jeunesse à réussir. C'est une page d'avenir que je viens ouvrir avec cette nouvelle génération », a-t-il ajouté, sur fond de youyous descendant des balcons des vieux immeubles haussmanniens du centre d'Alger et dans une cohue bon enfant. « C'est bien qu'un président nous parle. On n'a jamais connu ça avec les nôtres », constatait Yassine, trentenaire, parmi les badauds agglutinés derrière des barrières. « Vous avez de la chance, il est jeune votre président », commentait une Algérienne à l'adresse des journalistes français. M. Macron a ensuite rencontré durant une heure son homologue Abdelaziz Bouteflika, 80 ans. Affaibli par les séquelles d'un AVC survenu en 2013, qui a affecté sa mobilité et son élocution, ce dernier, au pouvoir depuis 1999, reçoit peu de dignitaires étrangers. La presse n'a pas eu accès à la rencontre. Une photo publiée par l'agence d'État algérienne APS montre les deux dirigeants assis, séparés par une petite table.

« Longue attente, court séjour »
« Nous avons discuté de sujets internationaux, de la décision que s'apprête à prendre le président américain Donald Trump (de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël), de trouver une solution à la crise en Libye, de la lutte contre le terrorisme dans la bande sahelo-saharienne », a dit M. Macron dans une brève déclaration à l'issue de la rencontre.
Dans une interview publiée hier par les quotidiens francophone El Watan et arabophone El-Khabar, M. Macron avait indiqué se rendre à Alger « dans l'état d'esprit d'un ami de l'Algérie, d'un partenaire constructif ». Lors de son précédent séjour à Alger durant la campagne électorale française, M. Macron, premier président de la Ve République né après la guerre d'Algérie (1954-1962), avait qualifié la colonisation de « crime contre l'humanité », suscitant des espoirs de « repentance » à Alger.
À un journaliste algérien qui lui demandait hier si la « position du président Macron » était la même que celle du « candidat Macron » sur « la question de la mémoire », il a répondu « je ne suis pas quelqu'un d'incohérent. C'est le même homme qui vous parle ». Mais il n'a pas répété ses propos de candidat.Le président français s'est également dit partisan d'un « axe fort » franco-algérien « autour de la Méditerranée qui se prolonge vers l'Afrique » et a relevé les nombreux « champs de coopération prometteurs » dans le domaine économique. « L'Algérie doit s'ouvrir davantage. Il y a encore beaucoup de freins à l'investissement », a-t-il noté, alors que la France reste le premier employeur étranger en Algérie, mais perd des parts de marché face à la Chine et d'autres.
Alors qu'Alger avait mal pris qu'Emmanuel Macron choisisse, dès début juin, le Maroc – voisin et rival – pour son premier déplacement au Maghreb, cette visite « d'amitié et de travail » était très attendue. Elle ne durera finalement qu'une douzaine d'heures. « Longue attente, court séjour », résumait hier le quotidien francophone Liberté.

Source : AFP

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