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Moyen Orient et Monde

La Ligue islamique mondiale au service du « soft power » saoudien

Éclairage

L'organisation non gouvernementale est un « complément » de la diplomatie de Riyad, estime un chercheur.

Julie KEBBI | OLJ
02/12/2017

La Ligue islamique mondiale semble désormais emboîter le pas à l'Arabie saoudite sur la question de l'extrémisme islamique. « Le passé est le passé », a déclaré le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammad al-Issa, dans un entretien accordé à Reuters la semaine dernière. « C'est par notre travail que nous devons anéantir l'idéologie extrémiste. Nous devons annihiler l'ultrarigorisme et l'extrémisme religieux qui sont le point d'entrée du terrorisme. C'est la mission de la Ligue islamique mondiale », a-t-il insisté.

Les propos récemment tenus par le secrétaire général peuvent étonner, alors que l'organisation non gouvernementale, à la solde de l'Arabie saoudite, a souvent été pointée du doigt comme ayant contribué à la diffusion de l'idéologie salafiste dans le monde. Également interrogé sur le wahhabisme lors de son déplacement à Paris pour rencontrer des responsables religieux chrétiens et musulmans la semaine dernière, le cheikh al-Issa a répondu que « pour nous, il n'y a pas de wahhabisme. Il y a l'islam, point ».
Ces déclarations s'inscrivent dans un contexte particulier, puisqu'en octobre dernier, le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, avait déclaré vouloir « combattre les idées extrémistes ». « L'Arabie saoudite n'était pas ainsi avant 1979. Nous souhaitons seulement revenir à ce que nous étions : un islam modéré ouvert au monde, ouvert à toutes les religions », avait déclaré l'homme fort de Riyad.

Proche du prince héritier et ancien ministre saoudien de la Justice, connu pour ses positions réformistes sur le plan interne, Mohammad al-Issa est arrivé à la tête de la Ligue en 2016. D'abord présenté comme le nouveau visage du wahhabisme, il semble désormais suivre la nouvelle ligne de communication de Riyad, telle que définie par MBS.

La Ligue islamique mondiale a été créée en 1962 sous l'impulsion du roi Fayçal d'Arabie saoudite afin de promouvoir le panislamisme et renforcer la solidarité islamique. Le siège de l'organisation est basé à La Mecque et réunit vingt-deux pays membres. De nombreux responsables au sein de l'organisation sont saoudiens, notamment son secrétaire général. La Ligue est par ailleurs membre de nombreuses organisations mondiales telles que l'Unesco et l'Unicef. Elle est également membre observateur de l'Organisation de la conférence islamique et du Conseil économique et social de l'ONU avec un statut consultatif. La Ligue islamique mondiale s'étend aussi à travers 120 pays, par le biais de ses délégations et en injectant des milliards de dollars dans le financement d'écoles et de mosquées. Des fonds essentiellement saoudiens. Selon les estimations, le budget de Riyad pour sa diplomatie religieuse s'élèverait à 6 ou 7 milliards de dollars par an. La Ligue lui a ainsi permis d'user d'un relais international à l'échelle locale pour transmettre le discours ultraconservateur jusqu'alors prôné par Riyad.

 

(Pour mémoire : La Ligue islamique mondiale veut "annihiler" l'extrémisme)

 

« Renforcer l'outillage diplomatique » de Riyad
Dans cette optique, « il s'agit moins, pour cette Ligue, de défendre les modalités salafistes que d'être au service des intérêts stratégiques de l'Arabie saoudite », explique Samir Amghar, enseignant à la faculté de philosophie et des sciences sociales à l'Université libre de Bruxelles, contacté par L'Orient-Le Jour. Véritable « organisation paragouvernementale », selon le spécialiste, la Ligue islamique mondiale est une structure que l'on peut considérer comme « un complément qui renforce l'outillage diplomatique saoudien ». Mais elle permet aussi « de combler les lacunes diplomatiques là où les représentations saoudiennes sont moins nombreuses, comme en Afrique de l'Ouest par exemple », poursuit-il. Alors que Riyad tente de développer une diplomatie plus nuancée, la Ligue est « un outil pour normaliser ses relations avec les grandes puissances », note encore M. Amghar.Mohammad al-Issa a multiplié les déplacements ces derniers temps, rencontrant le pape François fin septembre, le directeur du Parlement européen Luis Martinez ce mois-ci, des intellectuels et des politiciens à l'Académie diplomatique mondiale à Paris ou encore le président guinéen Alpha Condé.

 

(Lire aussi : Riyad se veut en tête de la lutte contre le terrorisme)

 

Mais surtout, l'organisation s'est jointe à la Ligue arabe, via un communiqué publié sur son compte Twitter le 20 novembre dernier, au lendemain de sa réunion extraordinaire au Caire, sur requête de Riyad, pour condamner les actions iraniennes au Moyen-Orient et demandant aux Nations unies de « rapidement infliger une série de fortes sanctions au régime de Téhéran ». « L'axe du mal iranien a dévoilé son vrai visage en propageant son terrorisme dans la région par de nombreux crimes et en fournissant des missiles balistiques aux agents de son sectarisme : les milices houthies et le Hezbollah », peut-on lire dans le document.
L'Arabie saoudite est engagée dans la guerre au Yémen depuis 2015 aux côtés de l'actuel président Abed Rabbo Mansour Hadi face aux rebelles houthis et aux forces loyales à l'ancien président Ali Abdallah Saleh. Des missiles balistiques lancés depuis le Yémen par les houthis en direction du royaume wahhabite ont été interceptés à plusieurs reprises par l'Arabie saoudite. La lutte contre le Hezbollah, allié de Téhéran au Liban, constitue quant à elle l'un des éléments principaux de la stratégie de Riyad afin de contrer l'expansion iranienne dans la région.

 

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