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Culture

« Le Liban, c’est mes racines ; mon village, c’est mon cimetière d’éléphant »

Interview express

Né en 1961 au Liban, Doumit Abisaleh a suivi de brillantes études à l'Université Saint-Joseph puis à Harvard, avant de rejoindre les rangs de la diaspora en élisant domicile à Genève, en 1989. Dans « Bare Roots »*, coréalisé avec le poète Daniel Low-Beer, il raconte ses racines, photographies et poèmes à l'appui.

22/11/2017

Pouvez-vous nous expliquer votre projet ?
Bare Roots est un livre de photographies et de poèmes sur Beyrouth et le Liban, avec un clin d'œil à Genève. C'est une flânerie poétique. En admirant les merveilleux paysages du pays, le lecteur va être amené à rêver grâce aux poèmes. Selon François Barras, ambassadeur de Suisse au Liban, c'est un livre dans lequel « photos et textes participent à la même démarche : rendre un hommage poétique à l'essence de Beyrouth, porteuse de la condition humaine, vieille âme cent fois détruite et reconstruite ». L'histoire du livre est intéressante.

Daniel Low-Beer et moi-même nous nous connaissons depuis quinze ans. Sans l'avoir programmé, nous avons passé du temps ensemble au Liban en octobre 2016 et avons flâné dans les rues de Beyrouth. J'étais armé de mon appareil photo et Daniel prenait des notes de mes récits. Il les a remodelées par la suite en ses poèmes magiques. Oui, le Liban et surtout Beyrouth, à l'instar des cèdres de notre cher pays, ont une forte présence, des millénaires de réincarnation, des moments uniques. En flânant dans nos rues, vous sentez des racines profondes et enchevêtrées. C'est pourquoi nous avons appelé le livre Bare Roots. Nous espérons que ce livre aidera à arpenter les rues de Beyrouth et du Liban, et à ressentir ses racines.

 

Habitant Genève depuis plusieurs décennies, pouvez-vous nous raconter votre rapport au Liban aujourd'hui ?
Le Liban, c'est mes racines ; mon village, c'est mon cimetière d'éléphant. Ma vie d'expatrié et mes combats n'ont été possibles que grâce à cela. J'entretiens un rapport d'amour et de déception avec le pays, sans jamais baisser les bras, car nous sommes ses ambassadeurs et nous nous devons de montrer l'exemple en contribuant à son redressement. Nous n'existerions pas sans lui.

 

Quels sont vos espoirs et vos craintes pour l'avenir du pays ?
Le Liban est un beau pays avec beaucoup de potentiel, mais où le respect de l'individu et surtout le civisme font défaut. Un pays gangrené par une corruption systémique. Ayant eu la chance, pendant ces cinq dernières années, de travailler de près avec le pays, j'ai pu découvrir son potentiel, si tant est qu'il soit stable, dans l'arène internationale. Il est dommage que la société civile ne soit pas mieux représentée au sein des institutions.

 

* Signature de l'ouvrage, lecture de poèmes et exposition de photos à la crypte de l'église Saint-Joseph, vendredi 24 novembre à 17h. L'exposition se poursuit le samedi 25 novembre.

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