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Culture

Les têtes brûlées de Wolfang Stiller, de l’humour noir pour secouer les méninges

Exposition

L'artiste berlinois Wolfang Stiller présente trente dessins, peintures et sculptures à la galerie Mark Hachem.

21/11/2017

À cinquante-six ans, ce Berlinois qui évoque les grands froids de sa ville natale a déjà beaucoup bourlingué. De la Chine au Japon en passant par New York et Istanbul, Wolfgang Stiller sait parfaitement ce que « burn-out » (épuisement au boulot) veut dire. Ses trente dessins, peintures et sculptures, à la galerie Mark Hachem, en parlent avec originalité, un brin d'humour et une éloquence singulière...

Les cheveux à ras de crâne, le visage buriné, l'artiste bénit le temps lumineux de Beyrouth. Et s'en émerveille. « À part mon hôtel dans les parages et les restaurants chics alentour, je vois surtout la mer, le dynamisme et la gentillesse des gens. Et puis, comparé aux moins vingt degrés de Berlin, ici, c'est une aubaine, au moins du point de vue climatique... »

Dans l'espace clair de la galerie, se dresse sans se bousculer un monde étrange, presque inquiétant. Des créatures aux allures étranges, mi-« Alien », mi-famille Adams (film de Barry Sonnenfeld), qui provoquent le sourire une fois devenues familières.

Accrochés aux cimaises, des mixed media en petits formats (26 cm x 20 cm) sur papier ou de la craie sur ardoise, où figurent en douce tous les aspects de la vie, avec quelques flèches gentiment acérées sur la servitude et la robotisation humaines avec leur lot de cruauté qu'on ne saurait maquiller. L'on voit aussi des méduses opalescentes sur fond noir, avec des tentacules dentelés qui s'effilochent...

Ce n'est pas par hasard si l'exposition s'intitule « Impermanence ». Stiller est bouddhiste – « ce n'est pas une religion, ce n'est pas une philosophie, dit-il, mais c'est trouver simplement qui on est » – et illustre dans son art et sa créativité cet aspect de l'existence. L'impermanence, c'est la qualité de ce qui est temporaire. Et du point de vue bouddhiste, la vie n'a ni sens ni objectif. Ce qui ne l'empêche pas d'être rebelle.
C'est cette liberté de ton, cette métaphore de la mort que veut transmettre un artiste qui ne taille pas dans le conventionnel ou le joli, tout en accordant toutefois à l'esthétique une place non négligeable.

 

Côté sculptures
Avec du bois, du polyuréthane et de la peinture naissent ces têtes noires carbonisées piquées comme ces pals que Dracula, Genkis Khan ou la Révolution française ont sinistrement mis en vedette. Ou tout simplement comme des allumettes craquées. Des têtes en bronze avec des yeux clos à l'expression difficilement déchiffrable. Mais si ces sculptures se déclinent en objets solitaires, elles sont aussi en cortège immobile, en groupe raide, dans un pilon, un catafalque ou une jardinière.

Le ton ludique fait du clin d'œil aux notes graves. On dénonce et on s'en moque un peu. Même le souvenir est évasif : une racine de ginseng en bronze sculpté jaillit de l'image d'un voyage en pays nordique peuplé pourtant de hêtres et de bouleaux...

Pour ces objets échappés à un imaginaire sans frontières et qui, en toute simplicité, sortent d'un sage ordinaire, dans leur (més)alliance et leur vie nouvelle, il faut garder le sourire. Et se rappeler constamment que rien n'est éternel. Une leçon de légèreté sans péril, un soupçon de réconfort pour parfois tant d'efforts pesants et inutiles...

Galerie Mark Hachem
Centre-ville, jusqu'au 30 novembre 2017.

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