Outre être alpiniste et navigatrice, l’aventurière philippine Carina Dayondon, âgée de 39 ans, est officier des gardes-côtes au quotidien. Noel Celis/AFP
Après avoir conquis l'Everest, l'aventurière philippine Carina Dayondon s'apprête à voguer vers la Chine à bord d'une réplique en bois d'un bateau ancien. Le but, rappeler aux Philippins leurs prouesses maritimes oubliées.
L'alpiniste de 39 ans prévoit de quitter Manille pour Quanzhou, dans le sud-est de la Chine, début 2018. Avec ce voyage d'un millier de kilomètres, elle entend naviguer dans le sillage des marchands et migrants qui se rendaient dans l'empire du Milieu avant la colonisation de l'archipel par la couronne espagnole au XVIe siècle. « Les gens me disent que je suis folle (...) », explique-t-elle. « Je suis contente, nous sommes inspirés avec l'équipe par le fait que nos ancêtres étaient si bons. Nous devons dire aux gens qu'ils doivent être fiers d'être philippins », ajoute l'aventurière.
Carina Dayondon n'est pas grande, mais cela ne l'empêche pas d'être musclée. Cet officier des gardes-côtes fut l'une des trois premières Philippines à réussir l'ascension du toit du monde en 2007, inscrivant son nom dans l'histoire de l'archipel. Arturo Valdez (69 ans), qui fut le chef de leur expédition, va également diriger le périple chinois. À ses yeux également, cette aventure est l'occasion d'inspirer les Philippins. « Comme l'Everest, je veux que cela soit le symbole de ce que notre peuple peut accomplir, de ce qui est possible dans le soit-disant impossible », dit-il.
Les embarcations sont des reproductions de balangays, des bateaux philippins datant du IVe siècle. « Les premiers échanges entre la Chine et le Sud-Est asiatique ont été rendus possibles par l'art de la construction navale », souligne Ligaya Lacsina, chercheuse au département maritime du musée national philippin. « Durant l'ère coloniale, les Européens ne tarissaient pas d'éloges à l'égard des compétences du Sud-Est asiatique en la matière. Mais nous n'y avons que très peu prêté attention », dit-elle. Des constructeurs tribaux du sud des Philippines, où sont nés les balangays, ont construit les répliques en se servant de connaissances transmises de génération en génération. Les embarcations, de 18 m de long et 3 m de large, ont été fabriquées à l'aide de planches de bois dur. Elles comportent deux voiles et deux gouvernails tandis qu'une partie du bateau est protégée par un toit.
Durant son périple d'une durée d'un mois environ, dont six jours de navigation à proprement parler, l'équipage entend éviter le plus possible les technologies modernes. « Nous n'avons aucune capacité de navigation nocturne. C'est ce dont j'ai peur. La plus grande difficulté à rééditer les voyages anciens, c'est la modernité, car il existe de nouveaux protocoles portuaires, dit M. Valdez. Ce type de bateau est considéré comme un danger maritime. » D'après Mme Dayondon, la vie au quotidien n'est pas simple sur ces bateaux : « On dort n'importe où car on n'a pas de couchages. On n'a pas de toilettes. Pour faire leurs besoins, les membres de l'équipage se servent d'une corde et d'un harnais, suspendus au-dessus de l'eau. » Les deux balangays seront accompagnés d'un troisième bateau, à moteur celui-là, afin d'être autorisés à mouiller dans les ports chinois.
L'équipage veut rééditer un parcours effectué, il y a environ 600 ans, par un sultan de l'île méridionale de Sulu. Il s'était rendu en Chine pour rendre hommage à la dynastie Ming, mais était mort de maladie sur le chemin du retour. Il s'agira de sa deuxième aventure maritime après un voyage de 17 mois dans le Sud-Est asiatique entamé en 2009. Mais l'un de leurs plus importants défis se déroule sur la terre ferme : la récolte des financements nécessaires à l'expédition.
Ayee MACARAIG/AFP


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