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Moyen Orient et Monde

Le pari de Macron au Moyen-Orient

Commentaire
11/11/2017

En tant que candidat déjà, Emmanuel Macron avait annoncé la donne : il voulait que la France soit une puissance médiatrice, capable de parler avec tout le monde au Moyen-Orient. Le président français semble plus convaincu que jamais de l'importance de cette ligne directrice et des intérêts que son pays pourrait en tirer.

En déplacement à Abou Dhabi, pour l'inauguration du Louvre, Emmanuel Macron s'est invité jeudi dans la crise saoudo-iranienne lors d'une visite express en Arabie saoudite. Le dirigeant français a pu rencontrer l'homme fort du royaume, le prince héritier Mohammad ben Salmane, et clarifier les positions françaises concernant la crise entre l'Arabie saoudite et l'Iran, et ses effets notamment au Liban et au Yémen. Le pari d'Emmanuel Macron est de modérer les positions des deux camps en ménageant la chèvre et le chou. En défendant le maintien de l'accord nucléaire, tout en réclamant un encadrement des « missiles balistiques et des tentations hégémoniques de l'Iran dans la région ». En « saluant la stratégie de développement du prince héritier », tout en s'inquiétant des conséquences possibles « d'une politique jusqu'au-boutiste ». En se rendant chez l'allié saoudien avant d'effectuer, normalement l'année prochaine, une visite en Iran.
Tel un funambule, le locataire de l'Élysée doit sans cesse trouver l'équilibre parfait pour continuer de peser sans pour autant mettre en péril les intérêts français. L'exercice est plus que périlleux.

Emmanuel Macron a déjà démontré au cours de ses entrevues avec Vladimir Poutine et Donald Trump qu'il était capable de charmer son interlocuteur tout en lui opposant un discours de fermeté. Avec MBS, il part avec un certain avantage. Ils sont de la même génération, ont la même détermination à vouloir transformer profondément leur société et ont tous les deux réussi à déjouer les pronostics en écartant leurs rivaux plus expérimentés. Mais le président l'a fait par la voie démocratique, tandis que le dauphin a du réaliser un véritable coup de force. Et c'est là que le bât blesse : avec ses arguments rationnels, le président français peut-il convaincre ses interlocuteurs tombé dans l'hubris de faire des concessions et de trouver un terrain d'entente? Autrement dit, Emmanuel Macron peut-il calmer la hantise saoudienne vis-à-vis de l'Iran tout en apaisant les angoisses iraniennes, liées à leur sentiment d'insécurité ?

 

(Lire aussi : "Nous souhaitons que Hariri dispose de toute sa liberté de mouvement", souligne Paris)

 

 

Emmanuel Macron veut profiter du retrait relatif des Américains pour prendre les initiatives. Il est le premier à avoir proposé, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, de compléter l'accord nucléaire en encadrant la question des missiles balistiques et du rôle de l'Iran dans la région. Mais ces deux sujets sont des lignes rouges pour Téhéran, qu'il est d'autant moins prêt à mettre sur la table des négociations qu'il estime qu'il a « gagné la partie » en Syrie et en Irak. Convaincre les Iraniens de leur intérêt à réévaluer leurs ambitions, après des années d'investissements financiers mais surtout humains sur la scène régionale, est une tâche plutôt délicate. Tout aussi délicate que de modérer les velléités de confrontation d'un prince qui vient de mettre en prison une partie significative des hommes les plus puissants de son pays.

Emmanuel Macron a beaucoup à gagner dans l'affaire. Si la France permet la moindre avancée diplomatique, elle regagnera de son prestige, un peu perdu ces dernières années dans la région, et renforcera sa position dans les futures négociations concernant la Syrie. Mais elle a aussi beaucoup à perdre. La France a tissé des relations précieuses avec les pétromonarchies du Golfe. Elle a aussi repris contact avec les Iraniens, où certaines entreprises françaises, comme Total, ont déjà réinvesti le marché iranien. Dans ce contexte tendu, vouloir parler à tous les acteurs, c'est prendre le risque de se fâcher avec l'un d'entre eux. Et de compromettre ainsi des années d'efforts diplomatiques.

Face aux excès de ses interlocuteurs, Barack Obama était convaincu que la seule façon de trouver un terrain d'entente entre les deux mastodontes du Golfe était d'arrêter de jouer les arbitres et de les laisser installer un équilibre entre les deux puissances. C'est cet équilibre, extrêmement fragile, qu'Emmanuel Macron se propose aujourd'hui d'arbitrer.

 

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gaby sioufi

comment y croire , la doctrine macron , qui veut que la france devienne une puissance mediatrice ?
d'abord le titre vision est ridicule
ensuite l'impartialite condition sine qua non n'est certainement pas relle vu que la france, tt comme n'importe quel autre pays ne veulent QUE leur interets propres qui priment tt autre :
par les temps qui courent : les contrats juteux en $ avec l'iran, les pays du golf.
alors le pari de macron, on s'en passe.

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