Liban

La voie romaine de la cité de Tyr n’est pas une rue... mais une salle basilicale !

Patrimoine

Le ministère du Tourisme a intérêt à mettre à jour ses brochures et intégrer les nouvelles données historiques sur la cité de Tyr.

10/11/2017

Sur le site d'al-Madina, où s'étendent les ruines de la cité antique de Sour, la mission franco-libanaise creuse le sol depuis 2008. Les résultats accumulés complètent (ou presque) l'image de la zone des thermes antiques et font surgir les ruines d'une mosquée fatimide et d'un martyrium.

Les récentes découvertes dans la zone des bains ont mené à une compréhension nouvelle de son architecture. Ainsi la voie romaine à colonnade double, considérée comme une rue à portiques par l'émir Maurice Chéhab, est en réalité « une salle couverte à trois nefs, datant de l'époque byzantine », affirme le spécialiste du Moyen-Orient antique Pierre-Louis Gatier, qui pilote la mission. « Elle était revêtue de mosaïque et de dalles de marbre. Or on ne fait pas rouler des chars sur un tel dallage. D'autre part, aucune trace de trottoirs, ou de dispositifs d'évacuation des eaux de pluie n'ont été trouvés. La grande rue est en fait une salle couverte de 190 mètres de long. Dans son état actuel, elle date de la fin du IVe siècle et appartient au vaste complexe des bains protobyzantins. Elle faisait la jonction entre la partie sud des bains proprement dits et les palestres où l'on pratiquait la lutte, la gymnastique et d'autres exercices, et la partie nord des bains, où notre mission a mis au jour une piscine en plein air, des latrines et une série d'aménagements », souligne l'expert. Il ajoute que la salle avait les fonctions d'un frigidarium et d'un centre de sociabilité. C'était aussi un hall d'exposition de sculptures romaines.

 

(Pour mémoire : Un sanctuaire hellénistique découvert à Tyr, une première)

 

Selon M. Gatier, à cette époque byzantine, les Tyriens, se méfiant des chrétiens qui pourraient vouloir casser les bustes des empereurs et les statues des divinités qui décoraient la cité, les avaient rassemblés dans la salle pour les conserver en témoignage du glorieux passé de la ville. Ces mêmes statues ont été transportées au musée national par Maurice Chéhab.

Les excavations menées au pied de la piscine ont fait surgir les fondations et quelques murs en élévation d'un monument public, identifié comme un temple datant de l'ère phénicienne. De même, les archéologues ont retrouvé les soubassements du rempart phénicien, signalé autrefois par Maurice Chéhab.

Au nord des bains toujours, les opérations de fouilles ont permis d'exhumer trois quartiers d'habitations romaines et byzantines, offrant deux plans de maisons différents. Dans l'un des secteurs, elles sont construites assez serrées les unes contre les autres, et donnent directement accès sur de petites rues. Alors que dans les autres secteurs, apparemment plus luxueux, elles sont dotées d'une cour d'entrée qui les sépare de la rue.

 

(Pour mémoire : Surprenantes fragrances romaines au BIEL...)

 

Lieux « perturbés »
Les experts ont également dégagé un sanctuaire byzantin de type martyrium, c'est-à-dire à plan centré octogonal. M. Gatier fait observer que le bâtiment, bordé par quatre rues, a été « extrêmement abîmé » par les installations artisanales des Arabes et des Francs qui ont occupé tout le quartier. « Ils ont réutilisé les citernes des bains et en ont creusé d'autres un peu partout, perturbant de ce fait les lieux. » L'archéologue signale que c'est là, il y a quelques années, que ses collègues anglo-américains ont trouvé des ateliers de verriers datant du Moyen Âge.

La dernière découverte n'est pas des moindres : sous la cathédrale construite par les Francs, sont apparues « les traces du plan général d'une mosquée fatimide. « Le bâtiment des ablutions est toutefois très bien préservé, ainsi que les éléments décoratifs d'un portail, du même style que ceux des mosquées fatimides du Caire. »

Une chose est sûre, Tyr n'a pas fini de révéler ses secrets. Les fouilles interrompues pour l'hiver reprendront l'été prochain. En attendant, le ministère du Tourisme a intérêt à mettre à jour ses brochures et intégrer les nouvelles données historiques sur la cité de Tyr.

 

 

Pour mémoire

Les Ateliers de Tyr au cœur d’une orangeraie de 7 300 m2

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Hamed Adel

Merci chère May pour cet article qui donne un souffle autrement respirable en ces temps incertains . adel .

Stes David

C'est impressionant, Tyr. Dans le livre de Ali Khalil Badawi, qu'on vend aux sites touristiques de Tyr, on dit que les habitants de Tyr ont construit une basilique, et qu'on connait de l'oeuvre d'un certain Eusèbe de Césarée , Histoire Ecclésiastique, une description de la cérémonie d'ouverture de cette basilique.

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