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Parce que le Liban se veut une terre de réconciliation...

Forum

Le deuxième forum international de la LDI (Initiative de dialogue libanais) a prôné la paix, le dialogue et l'entente.

06/11/2017

Paix, dialogue, réconciliation. Tel fut le leitmotiv qui résonna tout au long de la deuxième édition du forum international de l'Initiative de dialogue libanais (LDI), dont les travaux se sont tenus récemment à l'Université Notre-Dame de Louaïzé. Le temps de quelques heures, l'auditorium Issam Farès s'est fait le théâtre d'un cortège bigarré, où hindi, arabe, anglais et français fusent de tous les côtés. Assis dans un coin, attendant leur tour de parole, quatre jeunes entrent dans un débat animé. L'une porte le hijab, sa camarade des talons aiguille. Le troisième, arborant fièrement un costard cravate, répond en riant à son homologue en kesa. Entre ces quatre horizons réunis, la tour de Babel semble s'être effondrée au profit du dialogue.
« Les bonnes choses viennent à ceux qui croient et attendent. » Sur ces mots, Nada Saad-Saber, directrice des affaires publiques et des événements à la NDU, introduit la journée. Elle raconte comment, en quatre ans d'existence, la LDI ne cesse de persévérer dans l'espoir d'un monde réconcilié grâce au dialogue.
La LDI est une association lancée en juin 2013 par William Zard Abou Jaoudé, en collaboration avec Édouard Alam et Guitta Hourani, qui a choisi la NDU pour diriger cette initiative. Officiellement reconnue en 2016, soutenue par des organisations académiques et commerciales, ainsi que par la société civile, elle appelle l'ONU à désigner le Liban comme pays de dialogue universel et y établir un centre international de dialogue en réponse aux conflits nationaux et internationaux, en contribuant à la réduction des conflits, la réconciliation, la justice sociale et la consolidation de la paix. Le but de l'organisation est de montrer que le Liban est en mesure d'assurer la solidarité internationale dont il a besoin pour retrouver sa vocation historique.

Une révolution pacifique
Cette reconnaissance du Liban comme terre de réconciliation n'est pas une initiative purement locale, comme le rappellera Souheil Matar, vice-président des affaires publiques et de la communication à la NDU. Il cite à cet effet le pape Jean-Paul II qui a déclaré, dans son exhortation apostolique, que « le Liban est plus qu'un pays, c'est un message de liberté et un modèle de pluralisme pour l'Orient et l'Occident ». Ces paroles avaient d'ailleurs inspiré l'ancien président Michel Sleiman, qui avait affirmé onze ans plus tard, lors de la réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies sur le dialogue entre les cultures et les religions à New York, que « la philosophie de l'entité libanaise est basée sur le dialogue, la réconciliation et la coexistence ».
Également présente au forum, la princesse Hayat Arslane, notamment connue pour son action en faveur des femmes, répète cette nécessité de voir le Liban comme terre de dialogue. Elle affirme : « Contre la guerre et la violence, nous allons utiliser un langage de paix et de dialogue. »
Le père Pierre Najm, président de la NDU, réaffirme la volonté de l'université d'aider « à construire un pont entre les gens et leurs différences ». À une époque où « le terrorisme court de Bagdad à Manhattan », il insiste sur la nécessité de faire de nos enfants « les architectes d'un monde de liberté et de respect ». Il poursuit : « Dans une société globale telle que celle que nous avons construite, il est urgent de leur apprendre que le dialogue est la réponse à tout ce qui se passe actuellement autour de nous, et surtout qu'accepter l'autre ne revient pas à perdre notre identité. »
De son côté, William Zard Abou Jaoudé a exprimé sa persévérance dans sa volonté de voir le Liban reconnu comme une terre de dialogue et de réconciliation. « Nous devons interroger l'histoire pour aller de l'avant », déclare-t-il avant de rappeler que le pays du Cèdre possède une richesse historique, reconnue de tous. « Le dialogue pour la paix est moins cher que le coût de la guerre », insiste-t-il.
Regarder vers l'avant sans oublier d'où l'on vient, bâtir la paix autour du monde grâce au dialogue, effacer la violence avec des mots : c'est là toute la mission que se fixe la LDI tout en prônant le Liban comme instaurateur de cette révolution pacifique.

L'Irlande du Nord s'invite à Beyrouth
Le forum s'est poursuivi par deux panels qui ont mis en lumière les meilleures pratiques en matière de dialogue, de consolidation de la paix, de réconciliation et de convivialité.
Le premier consistait en l'étude de cas de l'Irlande du Nord, une partie du monde en conflit depuis les années 1960. Brendan Mcallister, membre du département des affaires politiques pour les Nations Unies, raconte comment, depuis la division de l'île en 1920, le statut de l'Irlande du Nord ne cesse d'être source de violences. Celles-ci sont principalement causées par un phénomène de double minorité : alors que les protestants sont en minorité à l'échelle de l'île entière, les catholiques se trouvent dans une situation minoritaire en Irlande du Nord, où ils forment environ un tiers de la population. Cela a mené à des excès de violence parfois spectaculaires, notamment avec les émeutes communautaires à Belfast, qui avaient engendré l'intervention de l'armée britannique.
L'objectif de cette discussion était de promouvoir le dialogue en tant que méthode pacifique de règlement des différends. Pendant une heure, Alexander Attwood, ancien ministre du gouvernement de l'Irlande du Nord, et Christopher Maccabe, ancien directeur politique du bureau du gouvernement du Royaume-Uni en Irlande du Nord, ont affirmé leur volonté de décimer la violence en instaurant un véritable dialogue en Irlande du Nord. Ils se sont notamment dit prêts à « faire face à l'héritage du passé pour transformer la culture », ainsi qu'à faire du dialogue « une arme de qualité en faveur de la paix entre les deux parties ».

La jeunesse, acteur de paix pour le monde de demain
La journée s'est terminée par la présentation d'un panel de cinq jeunes. Origines, cultures et croyances confondues, c'est leur engagement précoce pour la paix et les droits de l'homme qui les a réunis au Liban ce jour-là. Du haut de leur jeune âge, ils ont, chacun à son tour, affirmé la force que la passion leur avait transmise et qui leur permettait, à eux aussi, d'œuvrer pour le monde de demain. Certains sur le ton de l'humour, d'autres avec émotion, toujours avec sagesse, ont pu raconter leur parcours tout en affirmant la croyance qu'ils avaient en leur engagement, comme dans les capacités de la jeunesse à faire avancer les choses.
« Il est temps que nos politiques fassent confiance à la jeunesse », déclare Leomer B. Pomerada, président de l'association de l'Alliance mondiale des jeunes (World Youth Alliance). Il ajoute : « On ne cesse de répéter que les jeunes ne sont pas prêts, pas assez expérimentés. Mais, partout dans le monde, des jeunes prennent des initiatives, ils veulent construire le monde de demain. »
Une défense de la jeunesse méritée face au panel des quatre jeunes internationaux qui se sont succédé. L'Irakienne Amina Hasan a présenté ses projets basés sur l'éducation, la diversité et la citoyenneté dans son pays. Elle a affirmé son ambition de continuer de défendre les droits des minorités par le dialogue. De son côté, Aniqah Zowmi a fait part de son expérience en tant que représentante du Canada au Forum commun de la jeunesse à l'Unesco. Elle a encouragé chacun, quel que soit son âge, à toujours « faire ce qui est en notre pouvoir pour aider l'autre ».
À sa suite, l'Indienne Sneha Roy a montré l'importance des médias et des réseaux sociaux pour œuvrer au dialogue. Elle est la fondatrice de « Religion à travers mes lentilles », un forum qui présente des photographies d'expériences religieuses et aide les autres à observer les diverses manières par lesquelles on comprend sa religion. Faire du monde « un meilleur endroit où vivre, le respect de l'autre, la compassion, l'empathie et la paix se développent », tel est l'objectif de cette jeune qui aspire à devenir « une facilitatrice de la paix interreligieuse ». La table ronde s'est enfin terminée avec l'intervention du bouddhiste Monk Owen, venu tout droit du Myanmar pour présenter l'école dont il est le fondateur. « L'éducation, dit-il, est ce qui permet de résoudre les conflits. »
C'est sur la parole de la jeunesse que s'est ainsi terminée la journée. Si la paix internationale a encore du chemin devant elle, le dialogue intergénérationnel, quant à lui, semble bien avoir été lancé.

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