Les évêques maronites, réunis hier à Bkerké (photo Ani).
L'Assemblée des évêques maronites a mis en garde hier contre une sorte de dépeçage économique et financier du Liban en « parts » allant tantôt à des communautés, tantôt à des partis. C'est ainsi qu'elle a dit redouter une régression du Liban vers « les mini-États » en raison d'une « corruption rampante » et d'une « mentalité de partage des parts » qui prend désormais « une coloration non plus seulement confessionnelle, mais partisane ».
Cette mise en garde est l'un des points soulevés par l'Assemblée des évêques, au terme de sa réunion mensuelle du premier mercredi du mois, à Bkerké, sous la présidence du patriarche Béchara Raï.
Le communiqué commence par se féliciter de la tournée pastorale que vient d'effectuer le patriarche aux États-Unis, et dont les deux moments forts ont été sa présence à la 4e édition de la conférence annuelle de l'organisation « In Defense of Christians », à Washington, ainsi que la consécration d'un offertoire dédié à saint Charbel à l'intérieur de la cathédrale Saint-Patrick à New York.
« Importance de la présence chrétienne et de sa contribution à la civilisation du Moyen-Orient, nécessité d'une solution diplomatique aux conflits qui déchirent la région, retour chez eux de tous les déplacés, réfugiés et personnes enlevées » étaient les grands thèmes de la conférence « In Defense of Christians ».
Quant à la présence d'un offertoire à saint Charbel, les évêques y ont vu « un signe d'espérance pour la chrétienté au Machrek » et un témoignage « du succès de la présence libanaise et du respect dont elle jouit dans les pays d'émigration, en particulier dans une grande puissance comme les États-Unis ».
Par ailleurs, le communiqué évoque le risque encouru par les Syriens nés au Liban d'être privés objectivement, du fait de leur éloignement, de leurs droits civiques. Outre que leur présence est devenue « une charge trop lourde pour le Liban », l'assemblée estime que « la prolongation de la présence au Liban des déplacés syriens risque de (...) priver toute une génération de son identité nationale et de son droit de participer à l'avenir de la Syrie ».
Réalisation incomplète
En ce qui concerne le fonctionnement des institutions, l'assemblée, tout en se félicitant du vote du budget 2017, relève que cette réalisation demeure « incomplète » tant qu'elle ne s'accompagne pas de la clôture des comptes, prévue par la Constitution, « seule cette dernière pouvant normaliser les comptes publics et déboucher sur un contrôle du gaspillage et des abus perpétrés à l'égard des finances publiques ». L'assemblée redoute aussi que les impôts destinés à financer la nouvelle grille des salaires dans le secteur public soit « un expédient qui empêche une véritable réforme fiscale et le passage de l'économie de rente à l'économie productive, conformément au récent document de Baabda ; ce qu'il faut, en fin de compte, étant une réforme fiscale qui débouche sur un surcroît de justice sociale ».
Sur un autre plan, l'assemblée a manifesté son « inquiétude » pour « les perspectives encore brumeuses » qui entourent l'échéance électorale de mai 2018 et les « tiraillements et débats » auxquels elle donne lieu. « Est-il pensable, s'interrogent les évêques, que la nouvelle loi soit compromise ou remise en question par ceux-là mêmes qui ont tant œuvré à sa promulgation ? »


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