Culture

Impressionnante cacophonie à l’intérieur de soixante cerveaux...

Exposition

Tony et Elham Salamé offrent une troisième exposition tirée de leur formidable collection d'art contemporain : « The Trick Brain » est une réussite.

27/10/2017

L'exposition de 2016, Good Dreams Bad Dreams : American Mythologies, était plus grande que nature, compréhensible, présentant des artistes superstars, connus et accessibles. Ouverte aux 7 à 77 ans, elle était une formidable introduction à l'art contemporain. Les œuvres étaient très graphiques, sensuelles et parlantes. Pour l'édition 2017, les propriétaires d'Aïshti, Tony et Elham Salamé, et leur équipe ont décidé de présenter une exposition radicalement différente, plus courageuse et, quelque part, plus ambitieuse. Les œuvres y sont toujours très nombreuses et impressionnantes, mais elles témoignent d'un versant plus intellectuel, plus introspectif, de l'immense collection des Salamé – un versant surréaliste, mais contemporain, comme semble l'indiquer le titre, The Trick Brain.

Ce titre vient d'une œuvre d'Ed Atkins datant de 2012, une vidéo montrant la maison d'André Breton, le pape du surréalisme, accompagnée d'une bande sonore des plus étranges. Cette œuvre, comme les plus de 240 qui composent l'exposition, a pour thème le cerveau et l'identité – des thèmes qui invitent le spectateur à voyager dans les quatre étages de la fondation et à y découvrir les soixante artistes qui les occupent. En dehors de ce parti pris extrême, le surréalisme pouvant être un thème clivant, l'exposition présente le double intérêt de la jeunesse et de l'espoir en l'avenir, et prouve, si besoin était, que la fondation Salamé sait aussi prendre des risques et soutenir la nouvelle vague et des courants moins commerciaux. On y trouve certes des valeurs sûres, comme Wolfgang Tillmans, Cindy Sherman ou John Armleder et Maria Lassnig, mais aussi des artistes up and coming, avec des personnalités et des potentiels forts, comme Adrian Villar Rojas, Danh Vo, Haegue Yang, ou Anicka Yi. « Tony et Elham voulaient montrer leurs œuvres qui mettent en avant les similarités et les contrastes d'un groupe d'artistes multigénérationnels dont le travail reflète leur fascination pour les collages et la cacophonie, le tout à l'ère digitale », précise Massimiliano Gioni, curateur italien de la collection Salamé.

 

(Pour mémoire : Beyrouth, l’art et l’architecture)

 

Aptitude à la natation
Les dimensions du joyau architectural livré par David Adjaye permettent aux propriétaires d'y accrocher et d'y accueillir des œuvres aux mensurations gargantuesques. C'est évidemment encore le cas cette année, et la série Freischwimmer de Wolfgang Tillmans ressort du lot. Composée d'immenses photos à la fois douces et puissantes, poétiques et mystérieuses, elles offrent un repos visuel et mental au milieu d'œuvres plus « conceptuelles et riches », comme l'avait prévenu Gioni. Le titre, qu'on pourrait traduire par « aptitude à la natation », décrit des photos de dispersion d'encre dans l'eau. La technique utilisée est sans appareil photo ou film négatif, elle est réalisée directement dans la chambre noire, et si les photos sont tellement agrandies, c'est pour montrer que contrairement à la théorie qui stipule qu'en agrandissant les photos, on révèle plus de choses, de détails, dans ces photos, au contraire, on ne révèle rien en plus. Les immenses photos sont strictement les mêmes que les petites. La réalité est ce que nous voyons, ce que nous regardons, rien ne se cache derrière. Notre perception de l'image commence à nager dans ce cadre, nous nous laissons bercer, nous nous laissons emporter par le visuel. Ce let-go artistique opère comme une pause entre toutes les autres œuvres, qui sont beaucoup plus riches, qui impliquent davantage le spectateur et qui sont visuellement beaucoup plus travaillées. Cela permet justement de se relancer dans la visite.

 

(Pour mémoire : Tony Salamé, le luxe, les jeunes et Beyrouth)

 

Les quatre étages de l'exposition sont tous d'égale valeur et les œuvres sont bien réparties, permettant à la visite de garder un rythme constant et équilibré. Les étages 2 et 4 sont beaucoup plus petits, mais, et c'est une des particularités de l'architecture, « ils permettent d'offrir une vue unique sur leurs étages inférieurs, particularité presque unique au monde de la Fondation Salamé », indique Massimiliano Gioni. Effectivement, la vue plongeante peut donner une autre vie, ou du moins une autre vision, aux œuvres entreposées. La richesse de l'exposition offre des regards sur différents courants, dans lesquels se combinent technologie et abstraction avec Laura Owens et Michael Williams, ou encore le paradoxe de l'ère numérique montrée par des techniques analogiques avec Katja Novitskova et Avery Singer. Au dernier étage se trouve également une salle en hommage à Sophie Salamé, la sœur de Tony Salamé, cofondatrice de Aïshti, partie trop vite en 2014. Y trône une œuvre de Paola Pivi, discrète et mystérieuse, faite de perles blanches et noires, comme une ode à la mode, à l'élégance et au luxe, trois des piliers de l'empire Salamé. Encore une fois, et les journalistes étrangers présents à l'inauguration le confirmaient, Beyrouth a le privilège d'accueillir une exposition de niveau mondial, fruit d'une passion et d'un savoir-faire réels.

 

Aïshti Foundation
Antelias, front de mer
L'exposition est ouverte du mercredi au samedi de 11h à 19h, et le dimanche de 12h à 19h.

 

Pour mémoire

Regarder le rêve américain avec des yeux qui brillent

Rêves (et cauchemars) américains à la Fondation Aïshti

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