Liban

« La modération » de Saad Hariri et « l’extrémisme » de ses rivaux

Décryptage
20/10/2017

Les débats parlementaires autour de la loi sur le budget ont montré, en dépit des discours critiques et parfois cinglants, la solidité de l'entente globale qui continue de commander la vie politique au Liban. Contre vents et marées, le Parlement a donc voté le budget présenté par le gouvernement pour la première fois depuis douze ans et les discours prononcés n'ont pas dépassé « les lignes rouges politiques ». Autrement dit, ils n'ont pas remis en question les alliances actuelles qui ont permis la formation du gouvernement.

L'adoption de la loi sur le budget constitue en tout cas un important développement dans le processus de relance des institutions. En dépit des réserves sur l'absence de réforme réelle du financement public, cette loi destinée à structurer et à réglementer les fonds publics est aussi un moyen indirect de lutter contre la corruption en mettant un terme aux dépenses désordonnées des ministères et des institutions publiques. Certes, le chemin est encore long, mais un pas a été accompli dans la bonne direction. D'ailleurs, les propos du Premier ministre Saad Hariri mercredi soir devant les députés s'inscrivaient dans ce sens. Avec courage et franchise, M. Hariri s'est adressé à ceux qui font état d'« un désenchantement sunnite » en leur disant qu'ils confondent « désenchantement et surenchères électorales ». Saad Hariri a ainsi montré qu'il mettait en tête de ses priorités la cohésion du gouvernement et les intérêts de tous les Libanais, refusant de se laisser entraîner dans une surenchère sunnite qui pourrait augmenter sa popularité au sein de sa communauté, mais risquerait de faire sauter la cohésion gouvernementale.

Sur les raisons des positions du Premier ministre, les versions sont divergentes. Selon certains, Saad Hariri aurait fait son choix de donner la priorité au fonctionnement des institutions aux dépens d'un discours confessionnel et communautaire pourtant en vogue ces derniers temps, avec l'accord des autorités saoudiennes qui lui auraient conseillé de faire tout son possible pour que le gouvernement qu'il préside reste en fonction.

 

(Lire aussi : La Chambre adopte le premier budget depuis 12 ans)

 

Pour d'autres, au contraire, les autorités saoudiennes seraient mécontentes de ce qui est considéré comme « l'attitude conciliante » de Saad Hariri à l'égard du chef de l'État et de son camp politique ainsi qu'avec le Hezbollah, même indirectement. Selon les partisans de cette thèse, les tweets du ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane, incitant à « la formation d'une coalition internationale contre le parti du diable (le Hezbollah) », seraient un indice significatif de la distance prise par les dirigeants saoudiens à l'égard du Premier ministre libanais. Toujours selon les partisans de cette thèse, au cours de la dernière réunion qui a eu lieu à son domicile à Clemenceau en présence du président de la Chambre, le chef druze Walid Joumblatt aurait tenté de convaincre M. Hariri d'être moins conciliant avec le président de la République et son camp. M. Joumblatt aurait ainsi conseillé au Premier ministre de ne pas s'aligner sur la politique du chef de l'État, car il risquerait de perdre sa popularité au sein de la rue sunnite. Celle-ci aurait en effet le sentiment que ses droits sont bafoués, d'autant que l'impression générale est que le rapport de force interne est en faveur du Hezbollah. Ce qui rendrait service à ses rivaux qui font feu de tout bois pour tenter de le mettre en difficulté dans les élections législatives qui devraient se tenir en mai prochain.

De fait, des études effectuées par divers centres de statistiques locaux montrent que la popularité de Saad Hariri serait en net recul. Ce qui provoque d'ailleurs des discussions internes au cours des réunions du bloc du Futur et au sein du parti lui-même sur la politique à suivre. Pourtant, en dépit de ces débats, le Premier ministre aurait refusé de modifier son attitude, misant sur les réalisations du gouvernement pour convaincre les hésitants et les mécontents de la justesse de sa position.
Toutefois, des sources proches du courant du Futur assurent que les affirmations sur la baisse de popularité de Saad Hariri au sein de la rue sunnite ne sont pas vérifiées.
Au Liban-Nord par exemple, le député Khaled Daher, qui planifie de former une liste commune avec l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi, peine à trouver des terrains d'entente avec ce dernier et surtout à trouver des candidats crédibles.

De plus, Tripoli est tiraillée par divers courants, entre M. Rifi lui-même, l'ancien Premier ministre très actif Nagib Mikati et les anciens ministres Mohammad Safadi et Fayçal Karamé, en plus du Futur.
La nouvelle loi électorale, basée sur le mode de scrutin proportionnel et le vote préférentiel, a redistribué les cartes dans cette ville, où les alliances ne sont plus dans l'intérêt des différents protagonistes. Il n'est donc pas dit que la bataille électorale au Nord est perdue d'avance pour le chef du courant du Futur. Même chose dans la Békaa-Ouest et dans la deuxième circonscription de Beyrouth, considérées en principe comme des fiefs du courant du Futur.

Toutes les estimations montrent que celui-ci devrait perdre des sièges dans le cadre des prochaines législatives, à l'instar de toutes les grandes formations, à cause justement du système proportionnel, mais cela ne veut pas forcément dire qu'il ne restera pas la principale force politique sunnite. Son slogan, « la modération face à l'extrémisme », peut porter, surtout s'il s'accompagne de réalisations concrètes. Mais la bataille s'annonce féroce...

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE DIATRIBE ANTI SAOUDITE DONT EXCELLE LA DESINFO DES BARATINS RENOMMES DE MADAME... EN RESTANT POLI... !

Bery tus

Félicitation vous avez changer d’avis sur hariri .. bravo .. mais on sait pq n’est ce pas? Laissez moi vous dire ça ne marchera entre les 2 wait and see

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