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Culture

« Le monde est beau de haut en bas et du début à la fin », disait Saint Bonaventure

Commémoration

Saint Bonaventure, le théologien spirituel, fête son 800e anniversaire.

Danny MALLAT | OLJ
20/10/2017

À l'occasion du 800e anniversaire de la naissance de saint Bonaventure, le département de philosophie de l'Université Saint-Joseph a organisé une table ronde sur la figure du docteur séraphique, animée par Laure Solignac, en présence de Nicole Hatem, chef du département de philosophie, et de Jad Hatem, professeur de philosophie, de littérature et de science des religions.

Normalienne, Laure Solignac est docteure en philosophie médiévale et chargée d'enseignement à l'Institut catholique de Paris et au séminaire interdiocésain d'Orléans. D'abord passionnée de philosophie, elle s'est tournée vers le Christ grâce au théologien franciscain du XIIIe siècle Bonaventure. C'est après avoir parcouru Les six jours de la création que la révélation a opéré : « Il a fallu que je me forme à la théologie chrétienne pour que Bonaventure devienne mon maître, celui qui a bousculé mes jugements. » Elle axera ainsi sa thèse sur le concept de ressemblance chez saint Bonaventure, pour qui la Trinité était le modèle fondamental des relations humaines. C'est donc en parfaite connaisseuse de son sujet qu'elle aborde Bonaventure sous différents angles : théologie symbolique (une théologie extrêmement structurante), la voie de la ressemblance et l'incarnation de la théologie mystique.

 

Mais qui était Bonaventure ?
Né en Toscane au début du XIIIe siècle, Bonaventure contracte une maladie grave à l'âge de quatre ans. Sa mère implore saint François d'Assise, qui vient d'être canonisé, d'intercéder en sa faveur pour le sauver. Le miracle a lieu et Bonaventure, baptisé Jean à la naissance, va rejoindre l'ordre St-François par reconnaissance et lui consacrer sa vie. À l'Université de Paris où il est envoyé, il se lie d'amitié avec saint Augustin. De simples étudiants, ils deviennent savants professeurs et parmi les docteurs les plus illustres, scrutant les mystères de la révélation. « Leur proximité de pensée est évidente, ce qui n'empêche pas des accents différents, souligne Laure Solignac. Thomas est le théologien tout court, Bonaventure a le prestige du théologien spirituel. »

Quand saint Thomas d'Aquin lui demandait où il puisait sa force et son savoir, Bonaventure lui montrait le crucifix en disant : « C'est dans ces plaies sacrées que je puise mes lumières. » « Pour lui, ajoute Solignac, la sagesse recherche la contemplation comme la plus haute forme de la connaissance. La foi est dans l'esprit d'une façon telle qu'elle provoque l'affection. Savoir que le Christ est mort "pour nous" ne demeure pas une connaissance, mais devient nécessairement affection, amour. » C'est précisément dans la nuit obscure de la Croix qu'apparaît toute la grandeur de l'amour divin : là où la raison ne voit plus, c'est l'amour qui voit. À 35 ans, Bonaventure est élu général des franciscains, et, à 51 ans, le pape Grégoire X le nomme cardinal évêque d'Albani et le charge de préparer un second concile de Lyon, dont l'un des objectifs était la réconciliation des chrétiens de langue grecque et de langue latine, séparés depuis deux siècles. C'est dans cette ville que frère Bonaventure meurt en plein concile. Le pape Sixte-Quint le consacrera docteur de l'Église en 1587.

 

Le monde est beau
Dans son système de pensée, Bonaventure envisage les relations entre le monde et l'homme de manière pacifique et réconciliée. L'esprit de saint François rejaillit partout dans son œuvre, une anthropologie profondément insérée dans la cosmologie. Bonaventure a, du monde, une vision propre à lui : « Le monde est beau de haut en bas et du début à la fin. » Il ne traite pas la question du mal comme étant un mal absolu, il est un accident du monde, le fait d'une volonté qui se détourne de Dieu. Il considère l'être humain comme étant un pont entre le ciel et la terre, profondément inséré dans le monde du fait de son corps, il est le plus beau de tous les animaux et sa verticalité le tend vers le ciel. « Dans une dialectique extrêmement réussie, indique la docteure en philosophie, Bonaventure affirme que pour être unis, il faut être différents. Différence, ressemblance et communion vont ensemble, et pour que la différence soit féconde, il faut être unis. » Bonaventure consacre son cœur et le meilleur de son génie à l'étude de la théologie contemplative et mystique. On retrouve dans la pensée de ce prince de la théologie le souci constant de subordonner toutes les sciences, toutes les activités à la vie intérieure, à l'amour de Dieu. Il considère tous les problèmes à l'aune de la glorification de la Trinité : la Trinité est la porte d'entrée de la vie divine.

 

Je suis la porte
« Disciple de Denys l'Aréopagite, celui-ci demeure pour lui le maître, celui qui est à la théologie mystique ce que saint Augustin est à la doctrine, indique Laure Solignac. On retrouve dans son œuvre une même terminologie et une même structure de pensée, celle particulière à la purification, à l'illumination et à la perfection. Mais à la différence de Denys, Bonaventure prend soin d'attribuer, malgré tout, le magistère de la théologie mystique au Christ et en particulier dans l'itinéraire de l'esprit vers Dieu. Ce changement d'attribution l'éloigne de la pensée de Denys. »

Bonaventure reprend les trois types de théologies – symbolique, propre et mystique – en changeant leurs contenus. Il considère que le Christ enseigne ces trois théologies. Il est à la fois l'objet, le but et le maître d'œuvre de la théologie mystique. Il en devient la matière première, le cheminement parfaitement défini, le terrain d'entraînement. Le mystique n'est plus seulement le caché, l'occulte mais une rencontre avec le Christ, il devient nuptial. Ce triple acte hiérarchique, purification, illumination et perfection, n'est présent dans ses textes que pour mieux leur imprimer un dynamisme ascendant vers Dieu. Le Christ n'est pas le moyen pour mettre Dieu à notre disposition mais fait l'objet d'une connaissance inversée où l'être plutôt que de maîtriser l'objet doit, au contraire, le dépasser. Ceci relève d'une expérience et non d'une connaissance. L'homme, même illuminé par la nature et par la science acquise, doit assumer la vérité de la forme humaine du Christ, nul ne peut entrer en soi si ce n'est par la médiation du Christ. Il faut passer par le paradis de la chair du Christ, par son humanité, et y séjourner. Pour saint Bonaventure, il est et demeure la porte.

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