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Moyen Orient et Monde

Bagdad se déploie dans toutes les zones disputées aux dépens des Kurdes

Irak

Les deux grandes formations kurdes sont entrées en guerre ouverte après le succès des troupes irakiennes face aux peshmergas.

OLJ
19/10/2017

L'armée irakienne a repris en 48 heures quasiment toutes les zones dont les combattants kurdes s'étaient emparés progressivement depuis 2003, notamment dans la province pétrolière de Kirkouk.
Plus de trois semaines après le « oui » massif à leur référendum d'indépendance controversé, ce retrait aux allures de défaite a encore exacerbé les tensions entre les deux grands partis traditionnels de la région autonome kurde. Une réunion du Parlement local devant discuter des élections présidentielle et législatives du 1er novembre a été reportée sine die.
« Il ne s'agit pas d'une opération militaire, mais d'un redéploiement des forces dans toutes les régions afin d'y appliquer la loi (...) », a affirmé hier à l'AFP le général Yehya Rassoul, porte-parole du Commandement conjoint des opérations (JOC). Les forces armées irakiennes ont affirmé avoir atteint leurs objectifs dans la région de Kirkouk, à l'issue d'une opération de 48 heures lancée dans des zones en dehors du Kurdistan autonome, prises par les peshmergas (combattants kurdes) en 2014, lors du chaos né de l'offensive éclair des jihadistes du groupe État islamique (EI).

« Rétablissement de la sécurité »
« Le rétablissement de la sécurité dans des secteurs de Kirkouk a été achevé. » En outre, des « forces ont été redéployées et ont repris le contrôle de Khanaqine et de Jalaoula, dans la province de Diyala, ainsi que Makhmour, Baachiqa, le barrage de Mossoul, Sinjar et d'autres zones de la plaine de Ninive », a indiqué le JOC. À Kirkouk, il ne reste plus de peshmergas visibles en ville, uniquement des forces du gouvernement central, a rapporté un journaliste de l'AFP. Les Kurdes ont « quasiment perdu » tous les territoires « qu'ils avaient progressivement grignotés depuis 2003 », souligne le géographe français Cyril Roussel. « Il ne leur reste plus que quelque 5 à 6 000 km2 dans la province de Ninive et 520 km2 à Altun Kupri, sur la route Kirkouk-Erbil. C'est quasiment un retour aux limites des trois provinces qui forment la région autonome », a ajouté cet expert du Kurdistan irakien. « C'est un nouveau Anfal pour le Kurdistan », a déclaré dans un communiqué le vice-président de la région kurde, Kosrat Rassoul, faisant allusion à une violente campagne lancée en 1987-1988 par Saddam Hussein contre les Kurdes, dont près de 180 000 avaient été tués et plus de 3 000 villages détruits.
Depuis l'invasion américaine de 2003, les peshmergas s'étaient emparés progressivement de 23 000 des 37 000 km2 revendiqués par le Kurdistan autonome hors de ses limites administratives. Cette large bande de plus de 1 000 km partant de la frontière syrienne jusqu'à celle avec l'Iran passe par les provinces de Kirkouk, de Ninive, de Diyala, de Salaheddine et la province kurde d'Erbil.
« L'autorité du pouvoir central doit être rétablie partout en Irak », a de son côté argué mardi soir le Premier ministre, Haider al-Abadi. Chef de la police de Kirkouk, le général Khattab Omar a souligné que les forces irakiennes allaient patrouiller « dans les quartiers kurdes » afin de rassurer la population. Le coup le plus dur pour les Kurdes a été la perte des champs pétrolifères de Kirkouk, qui ruine leur espoir d'un État indépendant détaché de l'Irak. Jusqu'ici, près des trois quarts de la production pétrolière de Kirkouk étaient exportés par le Kurdistan, contre l'avis de Bagdad.

Divisions kurdes
Preuve que le pouvoir central veut pousser rapidement son avantage, le ministre irakien du Pétrole, Jabbar el-Louaibi, a demandé hier à la compagnie British Petroleum (BP) « de prendre au plus vite les mesures nécessaires pour développer les infrastructures pétrolières de Kirkouk ».
Selon la compagnie publique irakienne, la North Oil Company (NOC), des techniciens sont par ailleurs déjà revenus sur deux champs du nord-ouest de Kirkouk afin de relancer la production. « Avec la perte des champs (pétrolifères), le portefeuille kurde est divisé par deux », a souligné le géographe Cyril Roussel, d'après qui « c'est la fin de l'autonomie économique » et « du rêve d'indépendance » du Kurdistan. « L'Union patriotique du Kurdistan (UPK) a sabordé le bateau pour couler le capitaine » Massoud Barzani, président de la région autonome et dirigeant du grand parti rival, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), a-t-il ajouté.
Les deux grandes formations kurdes sont entrées en guerre ouverte après le succès des troupes irakiennes face aux peshmergas.
Une réunion du Parlement kurde prévue hier a été reportée, et les élections prévues le 1er novembre dans le Kurdistan ont été reportées selon la Haute Commission indépendante qui a demandé au Parlement de fixer une nouvelle date. Mais les divisions sont bien plus profondes. L'actuel président du Parlement kurde Youssef Mohammad, qui appartient au parti d'opposition Goran, a appelé « à la démission de Massoud Barzani et de l'élite politique » de la région autonome du Kurdistan. « Le meilleur service que peut rendre Massoud Barzani à son peuple, c'est d'endosser la responsabilité de cette situation et de présenter sa démission », a-t-il dit dans une déclaration. « Pendant que nous étions occupés à protéger le peuple kurde, Massoud Barzani s'activait à voler le pétrole et renforcer son influence », a accusé Lahour Cheikh Zengi, chef du contre-terrorisme kurde dans la région de Souleimaniyeh, fief de l'UPK. De son côté, M. Barzani a accusé l'UPK d'avoir « ouvert la voie à cette attaque qui a entraîné le retrait des peshmergas ».
Source : AFP

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