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La Dernière

Rabih Kayrouz sous le signe du poisson

La Mode

Dans une industrie de la mode surchauffée par une offre intensive et des défilés incessants, Rabih Kayrouz a décidé de rebattre les cartes du calendrier, réduisant ses présentations à deux saisons et une capsule savoir-faire. Sa dernière collection dédiée aux métiers d'art, « Manuel 2 », célèbre la mer et la poésie de l'été.

18/10/2017

Dans « Manuel », sa première collection présentée l'hiver dernier en hommage à l'habileté des brodeuses, à la minutie des petites mains, Rabih Kayrouz avait posé en filigrane le thème du volant et du falbala minimaliste, nageoire ondulante qui confère au mouvement une sensualité aquatique. À travers « Manuel 2 », présentée dans l'intimité de son showroom, cet ancien petit théâtre de Babylone qui accueillait naguère les premières de Beckett, la nouvelle collection du plus parisien des couturiers libanais parle toujours de mer et de vagues, mais avec une sophistication décalée, tout en fluidité, textures lumineuses et broderies naïves. Cette collection, dit-il, est « le deuxième acte d'une série initiée l'hiver dernier, avec pour vocation, deux fois par an, de se concentrer sur la matière et la manière ». Le mot « acte » souligné dans ce manifeste n'est pas anodin. Il dit bien à la fois la théâtralité du costume et le passage de la main.

 

La reine enjouée d'une nuit
Ce serait la reine de la nuit, mais elle sortirait à peine de l'enfance. La reine enjouée d'une nuit sur une plage, paysage qui enchante le couturier dont les yeux sont encore éblouis par un balcon sur la mer, celui de son ancienne maison à Batroun, son Majorelle à lui, qui a donné naissance à ses plus belles inspirations. Mais le souvenir des lieux est souvent plus puissant que leur présence, dit-on, et connaître Kayrouz, c'est forcément superposer des parfums, des saveurs et des atmosphères, des maisons, des jardins et des horizons à la trajectoire des ciseaux, au choix de la palette, à l'architecture des robes. Dans cette collection à l'intention visiblement estivale mais destinée à parcourir, comme un caprice, toutes les saisons, il est question de moire, de diaprures, de reflets et de scintillements, de profondeur et de légèreté.

 

(Lire aussi : Danse et densité chez Rabih Kayrouz)

 

Nonchalance et couleurs du temps
La reine de la nuit donc, mais qui passerait ses journées sur le sable mouillé dont les trésors de pacotille orneraient son spencer en crêpe écru de cabochons de couleurs vives. Sur le haut à bretelles de la même matière batifoleraient de petits poissons en strass. Un pantalon façon pyjama coulissé soulignerait bien la nonchalance de cette matinée rêveuse. Si des nuages venaient à troubler ce moment radieux, un vrai trench de marin, en ciré jaune, intimiderait la tempête annoncée. Elle enfilerait dessous une robe à bretelles en charmeuse bleu nuit ou une abaya en popeline de coton brodée de poissons au fil. Ou peut-être cette sublime robe à bretelles parachute en charmeuse rose shocking... La palette, on le voit bien, accompagne la lumière et le déclin du jour. Blanc, jaune vif, rose, bleu nuit, noir satiné, une touche de bleu ciel. Les pantalons sont presque tous coulissés pour le plaisir de faire ressortir ces fronces qui dépassent et forment spontanément un volant. Les coupes favorisent un tombé plissé naturel qui accompagne le mouvement en lui conférant une grâce sans recherche.

 

(Pour mémoire : Les folles saisons de Rabih Kayrouz)

 

Pailletée de merveilles...
Pour la reine de la nuit, la nuit se fait à la fois somptueuse et ludique. La soirée est frisquette et donne envie de jeter sur ses épaules le veston de son homme. Mais Kayrouz a tout prévu, et ce manteau en crêpe noir emprunte sa coupe au vestiaire masculin, mais avec des ajours strassés qui courent le long des manches. Des robes de même inspiration suggèrent que notre héroïne sortirait d'un bain nocturne, ruisselante et constellée du souvenir d'une pêche à l'aveugle, miraculeuse, faut-il croire, et pailletée de merveilles. Partout, popeline et crêpe se prêtent à des broderies rehaussées par la simplicité enfantine du motif qui fait un joli contraste avec le luxe des textures et des coupes. Charmeuse et coton unis parlent d'eux-mêmes et soulignent l'intemporalité des classiques de la maison qui se prêtent à mille interprétations et compositions, versatiles, convertibles, confortables et éminemment féminins.

Une collection de lunettes rondes en écaille, réalisée en collaboration avec la maison Revel, Paris, apporte un contrepoint stylé, un rien bohème, une touche 70's à cette ligne où la simplicité joue la sophistication suprême, et qui doit sa sensualité à toutes les mains habiles qui l'ont caressée.

 

Pour mémoire

Rabih Kayrouz ouvre le bal de la Semaine de la haute couture à Paris

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Michele Philippides

Tres bel article comme toujours Fifi donne des “Images magnifiques”...
Son article est très agréable à lire

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