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Nos lecteurs ont la parole - Ishtar Zeidan Jaulin

La parole rompue

Toi qui entends, peut-être,
À Céline,
Beit Beirut : « ouverture d'un lieu de mémoire ».
L'âme béante de Beyrouth s'y retrouve-t-elle ? Comment peut-on parler de lieu de mémoire ?
Il n'y a pas de voie toute tracée. Ces murs demandent du temps, suintent la déchirure, maigre reflet de l'enfer, folie meurtrière des hommes. Ces murs nous confrontent directement à ce qui n'a pas été apaisé, ils respirent bruyamment, l'agitation de notre peuple.
Beit Beirut : no man's land.
Cette maison se voudrait le début d'un chemin vers le devoir de mémoire. Les arbres ont poussé autour du lieu, avec la disparition des humains à la ronde. La restauration et mise en valeur, de ce qu'on appelle « la maison jaune », ont été demandées par « la société civile » qui souhaitait garder une marque originale de la démence humaine, du conflit au Moyen-Orient, et ses traces à Beyrouth.
Les autres immeubles ont été rasés et reconstruits flambant neufs, camouflant le nécessaire passage du temps. Celui de la guerre en particulier : 1975-1990.
La maison de Beyrouth ne saurait vivre sincèrement son rôle si sa mémoire est en faillite. Si la soif de vérité n'atteint pas l'autre rive. Si elle donne simplement « à voir » des prémices de réparation, sans instaurer un véritable dialogue autour de la souvenance.
Comment rester sain d'esprit, traiter les sources de la peur ?
La blessure transmuée marque l'angoisse des ténèbres, la puissance du feu. L'écho des cris... l'ombre des dizaines de milliers de morts... défigurés... dépouillés... poignardés... pierres sans fondements...
Raconter par les images, donner vie par mes mots à notre peuple dispersé.
Pour moi voyageuse libanaise de retour, en ce mois de septembre 2017, me résignant à explorer le visible de ce qui a été sauvegardé en témoignage.
Si ces murs portent le massacre abrité, qu'en disent les rares visiteurs du lieu qui rentrent et sortent à toute allure, presque à reculons ?
Suffit-il de marquer le mot pardon sur la dalle ?
Mon corps et mes articulations ont pleuré la détresse et l'incapacité de ma terre à s'exprimer.
Écouter le lieu. Fermer les yeux, une senteur, un bruit, un signe des snipers et des délinquants de la légitimité de toute sorte.
Pleurer leur ombre. Hommes et bêtes.
Répondre à ma première nécessité : rester sujet.
Peut-être des frères, des cousins, des voisins, des amis ont-ils été torturés là?
Peut-être.
Peut-être eux-mêmes ont-ils commis l'irréparable ?
Peut-être.
Invoquer les remords, creuser en moi en tant que survivante, l'appel à témoigner : restons inconsolables! Jusqu'à la transfiguration de la mémoire aux confins de l'Orient.
Dans le chemin de la paix du cœur,
Avec vous.

Toi qui entends, peut-être,À Céline,Beit Beirut : « ouverture d'un lieu de mémoire ».L'âme béante de Beyrouth s'y retrouve-t-elle ? Comment peut-on parler de lieu de mémoire ?Il n'y a pas de voie toute tracée. Ces murs demandent du temps, suintent la déchirure, maigre reflet de l'enfer, folie meurtrière des hommes. Ces murs nous confrontent directement à ce qui n'a pas été apaisé, ils respirent bruyamment, l'agitation de notre peuple.Beit Beirut : no man's land.Cette maison se voudrait le début d'un chemin vers le devoir de mémoire. Les arbres ont poussé autour du lieu, avec la disparition des humains à la ronde. La restauration et mise en valeur, de ce qu'on appelle « la maison jaune », ont été demandées par « la société civile » qui souhaitait garder une marque originale de la démence humaine, du...
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