Josep Lago/AFP
Pris entre deux feux et pressé de toutes parts, le président séparatiste catalan Carles Puigdemont a signé, hier soir, une déclaration d'indépendance avec les députés de sa majorité, mais il l'a suspendue dans la foulée, « appelant au dialogue » avec Madrid. « Nous constituons la République catalane comme État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social » , lit-on dans la déclaration signée par les trois partis indépendantistes. « Le gouvernement de Catalogne et moi-même proposons de suspendre les effets de la déclaration d'indépendance », avait déclaré, un peu plus tôt, M. Puigdemont, sans fixer de délai précis, lors d'une allocution historique au Parlement catalan, placé sous très haute sécurité policière.
Dans une première réaction, le gouvernement espagnol a estimé qu'une « déclaration implicite d'indépendance (...) n'est pas admissible ». Un peu plus tard en soirée, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, a déclaré que M. Puigdemont « ne sait pas où il est ni où il veut aller », annonçant un Conseil des ministres extraordinaire pour ce matin afin de décider de la réponse à donner au défi des indépendantistes catalans.
M. Puigdemont a ainsi semblé choisir la voie médiane : maintenir les engagements pris avec son électorat, mais garder une porte ouverte pour une solution négociée, qui s'annonce difficile. Le défi lancé à l'État espagnol par le dirigeant de cette région au cœur de l'Europe méditerranéenne, où vivent 16 % des Ibères, reste sans précédent depuis que le pays a retrouvé la démocratie en 1977. Jusqu'à la dernière minute, Madrid et l'Europe ont exhorté le leader séparatiste à ne pas prendre de décision « irréversible », rappelant que l'Union européenne ne reconnaîtrait pas une Catalogne indépendante.
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Le fantôme de Franco
Ainsi, l'appel de M. Puigdemont au dialogue risque de se heurter à la fermeté de Madrid. Quelques heures avant son discours, Mme Saenz de Santamaria avait déclaré qu'il n'y a « pas de place pour la médiation entre la légalité et l'illégalité, entre la loi et la désobéissance, entre la démocratie et la tyrannie ».
La séance devant le Parlement catalan a commencé dans la confusion, retardée d'une heure « en raison de contacts pour une médiation internationale », selon un porte-parole du gouvernement régional.
L'air grave, Carles Puigdemont a renvoyé, lors de son discours au Parlement catalan, Madrid au résultat du référendum, au cours duquel le gouvernement catalan assure que le « oui » l'a emporté à plus de 90 %. Il a souligné la nécessité impérieuse de « réduire les tensions » dans la région, et a dénoncé le refus « radical » de Madrid de négocier.
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Après le référendum du 1er octobre, « la Catalogne a gagné le droit d'être un État indépendant, d'être écouté et respecté », a déclaré M. Puigdemont. « Le seul langage que les urnes comprennent, c'est le "oui" à l'indépendance et c'est le chemin que je vais mener », a-t-il poursuivi, avant d'ajouter : « Il y a un avant et un après 1er octobre. La Catalogne sera un État indépendant sous la forme d'une République. » « Le gouvernement catalan et moi-même proposons que le Parlement suspende les effets d'une déclaration d'indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue », a-t-il néanmoins conclu.
Les Catalans sont divisés, presque à parts égales, sur le sujet de l'indépendance. Huit électeurs sur dix auraient souhaité un référendum en bonne et due forme, en lieu et place de celui interdit du 1er octobre. La tension est déjà extrême dans la région autonome, ainsi que dans toute l'Espagne où les vieux fantômes du passé resurgissent quand, parmi les « patriotes » défendant l'unité du royaume, se glissent des nostalgiques de la dictature de Francisco Franco.
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