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Moyen Orient et Monde

Téhéran, « partenaire structurel » de Doha?

Crise du Golfe

L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a rencontré hier le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

Julie KEBBI | OLJ
04/10/2017

L'optimisme de ces dernières semaines sur une possible réconciliation entre les « frères » arabes du Golfe semble avoir été de courte durée. De nombreux signes paraissaient annoncer un dénouement autour de la crise entre le Qatar et l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte durant le mois d'août, mais la tension ne paraît pas être retombée. Pour la première fois depuis le début du blocus imposé par Riyad et ses alliés le 5 juin, l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, se sont rencontrés hier à Doha. Selon une déclaration officielle, ils ont passé en revue « les relations de coopération » entre les deux pays « dans différents domaines ». Ils ont par ailleurs précisé leurs positions « sur la situation dans la région, y compris les événements actuels ».

Doha fait ainsi un énième pied de nez à ses voisins du Golfe qui l'accusent de « soutenir » le terrorisme et d'avoir des liens trop étroits avec l'Iran chiite. L'intensification des pressions sur le Qatar par l'Arabie saoudite et ses alliés n'a fait qu'accentuer la résistance de Doha malgré les sanctions qui lui sont imposées. « Ils accusent le Qatar d'être proche de l'Iran mais avec leurs mesures (...) ils poussent le Qatar vers l'Iran. Ils donnent le Qatar tel un cadeau à l'Iran », avait déclaré la semaine dernière le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani lors d'une conférence à l'Institut français des relations internationales (IFRI) à Paris. Dans le contexte actuel, l'Iran est le « seul pays (de la région) qui ait laissé ses frontières, son ciel ouvert » au Qatar, a-t-il affirmé.

 

(Pour mémoire : Crise du Golfe : le Qatar "poussé" vers l'Iran, selon Doha)

 

Défier Riyad
Il faut dire qu'au lendemain de l'annonce par Riyad et ses alliés de la rupture de leurs liens diplomatiques avec Doha, Téhéran s'est tout de suite montré disposé à soutenir le Qatar. Face à l'embargo imposé par les monarchies du Golfe et l'Égypte, l'Iran s'est empressé d'envoyer plusieurs tonnes de denrées alimentaires au Qatar par voie aérienne et maritime. Et face à la suspension de leurs liaisons directes aériennes avec le Qatar, Doha s'est notamment tourné vers Téhéran pour pouvoir assurer les vols.

Voyant d'un mauvais œil le rapprochement entre Téhéran et Doha, Riyad et ses alliés avaient explicitement demandé fin juin au petit émirat de « prendre ses distances avec l'Iran et d'y fermer ses missions diplomatiques » dans une liste répertoriant treize conditions qui, une fois remplies, permettraient la levée des sanctions. Ils exigeaient également « d'expulser du Qatar les gardiens de la révolution islamique et d'interrompre toute coopération militaire avec Téhéran ». « Les seuls échanges commerciaux autorisés avec l'Iran sont ceux qui respectent les sanctions américaines et internationales », avaient-ils ajouté.
Le Qatar a cependant choisi de défier l'Arabie saoudite et ses alliés. Sur fond de crise avec ses voisins, Doha a rétabli ses relations diplomatiques totales avec Téhéran, annonçant le retour de son ambassadeur en Iran le 24 août dernier. Le richissime émirat avait rappelé son ambassadeur à Téhéran en 2016 en signe de soutien à Riyad suite à des attaques contre les missions diplomatiques saoudiennes en Iran. Sur la relance des relations diplomatiques avec Téhéran, le ministère qatari des Affaires étrangères avait exprimé « son désir de renforcer les relations bilatérales avec la République islamique d'Iran dans tous les domaines ».

 

(Pour mémoire : Zarif à Oman et au Qatar)

 

« Partenaire structurel »
Mais les sanctions de Riyad et ses alliés poussent-elles vraiment Doha dans les bras iraniens ? « Les pressions sur le Qatar l'ont un peu poussé vers l'Iran » sans pour autant le faire basculer complètement du côté de Téhéran, « ce qui ne serait pas dans son intérêt », nuance Olivier Da Lage, spécialiste des pays du Golfe, contacté par L'Orient-Le Jour. « Ce n'est pas dans la diplomatie traditionnelle du Qatar de dépendre de ses grands voisins (Arabie saoudite, Irak, Iran) », note-t-il. Le petit émirat tend, au contraire, « à multiplier les partenaires », poursuit le spécialiste.

Le Qatar et l'Iran ont néanmoins tout intérêt à faire fructifier leur relation. Au-delà de l'aspect diplomatique, les deux pays se partagent le plus grand champ gazier naturel du monde appelé « North Field » du côté qatari et baptisé « South Pars » du côté iranien. Selon M. Da Lage, Téhéran est donc « un partenaire structurel » pour Doha au vu de la quantité impressionnante des ressources gazières, qui les « obligent » à entretenir des liens étroits. Le rapprochement avec l'Iran n'est « pas une surprise », tout autant que la visite d'hier entre cheikh Tamim et Mohammed Javad Zarif « n'est pas un tournant », insiste-t-il. Pour le spécialiste, il démontre cependant « l'incapacité de l'Arabie saoudite et ses alliés d'empêcher le Qatar de mettre en œuvre sa politique ».

 

Pour mémoire

Qatar/Golfe: la crise entre dans son 100e jour sans solution en vue

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Sarkis Serge Tateossian

Quand on parle de terrorisme dans cette région les mots n'ont pas le même sens que dans le reste du monde, et des continents.

Pour le monde le terrorisme le plus insensé, le plus barbares est soutenu et encouragé par l'Arabie saoudite. Je ne fais que répéter ce qui est écrits dans tous les journaux en Europe et ce qui est dit par les l'ensemble des analystes et des chroniqueurs spécialiste de la région. (Il a toujours été révélé que le Qatar et l'Arabie saoudite finançaient et tissaient la toile des terroristes dans le monde.

D'où le revirement de l'administration Obama en 2016 à 180° et la volonté de polariser la région entre Iran et Arabie. (auparavant l'Arabie saoudite avait le "monopole" de ce qui se passait au proche et moyen orient)

De ma part je souhaiterais que toute cette région reviennent à la raison, et à la politique de l'harmonie, de l'entente et du bon voisinage.
C'est l'intérêt de tous les libanais.

Le respect mutuel des peuples est la seule sortie de cette crise dévastatrice.

La paix est synonyme de prospérité ...ceci est vérifié tout au long de l'histoire de l'humanité.

Khlat Zaki

Diriger c'est. prévoir.
Ceci ne semble pas être le fort de l'Arabie et ses satellites d'émirats, relativement au Qatar.
En serait-il autrement en ce qui concerne le Liban?

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UN FLIRT CONTRE NATURE ENTRE POURVOYEURS DE DIVERS TERRORISMES...

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