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Liban

Il y a 30 ans, le père André Masse s.j. donnait sa vie pour un Liban « plus juste et plus humain »

Témoignage

L'USJ commémore le souvenir de l'assassinat à Saïda, en septembre 1987, du directeur de son centre régional.

Fady NOUN | OLJ
30/09/2017

La compagnie de Jésus et la municipalité de Saïda ont fait mémoire, il y a quelques jours, du père André Masse s.j., tombé à Saïda en pleine force de l'âge, alors qu'il assumait la responsabilité du Centre d'études universitaires du Liban-Sud, relevant de l'Université Saint-Joseph. Un hommage a été rendu à sa mémoire par l'attribution de son nom à la rue qui longe le centre.
La cérémonie d'hommage, qui s'est tenue en présence de la députée Bahia Hariri, a été marquée par les interventions du recteur de l'USJ, le Pr Salim Daccache, de la directrice du centre, Dina Sidani, du père Dany Younès, provincial jésuite du Proche-Orient, de Moustapha Assaad, directeur adjoint du centre à l'époque de l'assassinat de P. Masse, du père Joseph Nassar s.j., président de l'Hôtel-Dieu de France, et de Walid Saleh, présents le jour de l'assassinat, et de Georges Saad, président de la municipalité de Bramieh. Une prière de Mgr Élie Béchara Haddad, archevêque grec-catholique de Saïda, et l'inauguration d'une stèle près d'un olivier, arrosé avec le sang d'André Masse, dans le jardin du centre, ont conclu la cérémonie.
Le 24 septembre 1987, il y a 30 ans, le P. André Masse tombait sous les balles d'un assassin qui s'était introduit dans son bureau. Il avait 45 ans. Tout avait commencé deux ans plus tôt, quand le recteur de l'USJ, le père Jean Ducruet, avait fait appel au provincial de son ordre, en France, pour lui demander de dépêcher au Liban un directeur pour le centre universitaire de Bramieh (fondé en 1976) et de Kfarfalous, un complexe universitaire que Rafic Hariri avait construit en 1981 et qu'il avait décidé de confier aux jésuites. André Masse arriva au Liban en septembre 1985.

Paysage bouleversé
Les combats entre milices, quelques mois plus tôt (mars 1985), avaient profondément bouleversé le paysage politique à Saïda et dans les villages qui l'entouraient. Les chrétiens avaient fui la région. Le centre avait été occupé et pillé ; des munitions y avaient été déposées. Moustapha Assaad, son directeur adjoint, avait réussi en fin de compte à récupérer les locaux, mais il fallait les rééquiper, rassembler des professeurs, inscrire des étudiants. André Masse et Moustapha Assaad s'attelèrent à la tâche et purent inaugurer une nouvelle année universitaire fin 1985. Outre ses fonctions, André Masse donnait des cours de mathématiques et d'informatique. Le 24 septembre 1987, un homme entra dans les locaux de l'administration, dissimulant une arme sous un journal, se dirigea vers lui et tira plusieurs balles à bout portant dans sa direction, dont une au moins l'atteignit à la tête. Le père André Masse mourut sur-le-champ.
Sur les mobiles des assassins, il existe deux hypothèses. Le motif le plus vraisemblable de cet assassinat était politique, et les indications officieuses vont dans ce sens, affirment les uns. La France abritait et protégeait un ancien Premier ministre du chah d'Iran, Chapour Bakhtiar, qui dirigeait un mouvement de résistance au régime des mollahs. Le meurtre était donc une espèce de message adressé à la France.

Le fanatisme religieux
Pour sa part, Moustapha Assaad a mis en cause le fanatisme religieux. « Dans notre pays secoué par les passions les plus aveugles, les plus basses, cet exemple, ce bel exemple donné par père Masse (...) ne pouvait qu'irriter certains fanatiques ; ces fanatiques qui par leur acte criminel visèrent, par-delà la personne du père André Masse, son œuvre. »
Toujours est-il que le P. Nassar, qui avait retrouvé le corps du prêtre baignant dans son sang, lava le sol après les premiers secours et versa l'eau mêlée de son sang au pied d'un olivier qu'il avait planté.
Les interventions à la cérémonie d'hommage brossent le portrait d'un homme qui, par sa simplicité, avait progressivement gagné la confiance d'étudiants qui s'étaient d'abord étonnés de son « parachutage » comme directeur du centre régional de l'USJ.
« Il y a trente ans, P. André devait se dessaisir de sa propre vie, parce qu'il avait choisi de rejoindre la mission jésuite dans un pays en guerre, devait affirmer à la cérémonie le P. Dany Younès, provincial des jésuites. Les paroles du Christ résonnent dans nos cœurs : "Ma vie, personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même (...)." André n'est pas venu mourir au Liban. Son option (...) lui a coûté sa vie. Cette option représente une valeur fondamentale à la compagnie de Jésus, comme à l'USJ. L'éducation est toujours une sorte d'émancipation (...). S'adonner à l'œuvre de l'éducation, c'est mener une entreprise de paix au sein d'une société en guerre (...). Faire mémoire d'André Masse aujourd'hui nous pousse à nourrir la même passion qui l'habitait, la passion pour l'humanité qui dénonce les structures d'oppression. »
« Il n'est pas nécessaire de mourir pour être martyr. Le mot martyr signifie témoin, aussi bien en grec qu'en arabe, a conclu le père Dany Younès. Permettez-moi donc d'accueillir cette commémoration (du décès) d'André Masse comme le signe d'une volonté commune de construire une société plus juste et plus humaine. »
Le père Salim Daccache, quant à lui, a gardé de sa fréquentation du P. André Masse, qu'il a connu à la Maison des pères jésuites à Paris, le souvenir d'un homme des frontières tels qu'ils sont chers aujourd'hui au pape François. « Son départ pour le Proche-Orient était déjà acquis », s'est-il souvenu, avant d'ajouter : « Je pense qu'il pouvait rester à Paris ou en France au service de la mission de la compagnie dans ce pays, mais André Masse faisait partie de cette génération de jésuites, toujours bien présente jusqu'à aujourd'hui, qui voit dans la mission d'être à la suite du Christ Jésus une vocation d'aller au-delà des frontières pour donner sa vie jusqu'au bout. »
« Volonté de reconstruire ce qui a été détruit et de redonner vie à ce qui a été meurtri... et cela même s'il faut aller à l'encontre des courants les plus forts et s'il faut emprunter les chemins les plus risqués, a insisté son compagnon le P. Joseph Nassar (...). Et pour les disciples de saint Ignace qui se donnent au quotidien dans le cadre de leur combat contre le mal, il est tout à fait naturel d'emprunter ce genre de chemin. C'est "la violence des pacifiques". »

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Zaarour Beatriz

C'est le prix que paient les Âmes de Bonne Volonté, dans des circonstances et des endroits adverses????????. Que son âme repose dans la gloire de Notre Seigneur!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL A FAIT LES FRAIS DE L,HEBETUDE ET DE LA FRENESIE CRIMINELLE DES MILICIENS... ALLAH YIRHAMOU !

Soeur Yvette

Quelle Horreur ,,,quelle honte ...barbarie...

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