Réformes

Pour son 87e anniversaire, l’Arabie saoudite fait souffler un vent de changement

Les femmes ont été autorisées à se rendre dans les stades pour prendre part aux festivités

Pour la première fois, des Saoudiennes ont participé dans les stades aux festivités commémorant la fondation de l’Arabie saoudite. Fayez Nureldine/AFP

C'est un vent de changement, probablement passé inaperçu à l'aune des développements régionaux et internationaux, qui souffle ces derniers temps sur le royaume d'Arabie saoudite. Certes, à l'échelle occidentale, on est encore loin des standards en matière de droits de l'homme en général, et de la femme en particulier, mais pour les habitants du royaume, c'est presque une révolution.

À l'occasion de la 87e fête nationale saoudienne, célébrée le 23 septembre, les autorités ont décidé cette année d'ouvrir les portes des stades aux femmes. Pour les Saoudiennes, ce développement marque un vrai tournant, alors que c'est au compte-gouttes que leur sont accordés des droits. Pour rappel, il y a deux ans, les Saoudiennes avaient obtenu le droit de voter et de se présenter aux élections municipales. Samedi, c'est donc en compagnie de leurs proches qu'elles ont pu se rendre dans des lieux publics pour prendre part à la fête nationale, et notamment dans les stades à travers le pays, comme à Riyad et Djeddah, où étaient organisées de grandioses festivités. Des stades dont les gradins avaient été divisés en deux sections : un espace réservé aux hommes où les célibataires étaient admis, et un espace « familles » accessible aux femmes.

Il n'en demeure pas moins que la route est encore bien longue avant que les Saoudiennes jouissent d'une égalité de droits avec les hommes. L'un des droits essentiels qu'elles attendent encore est celui de pouvoir conduire une voiture, sachant que l'interdiction dont elles sont victimes non seulement les handicape dans leur vie quotidienne, mais freine également l'économie saoudienne dans son ensemble puisqu'en pratique, les femmes sont dépendantes d'un membre masculin de leur famille ou d'un chauffeur pour se rendre sur leur lieu de travail. Par conséquent, certaines préfèrent renoncer purement et simplement à la vie active. Toutefois, l'apparition récente sur le marché saoudien de compagnies de transport privées telles que Uber ou Careem a eu pour effet de fluidifier et faciliter les déplacements d'un grand nombre de femmes – en tout cas celles qui bénéficient de la liberté de circuler sans l'aval ou la présence d'un homme.

Par ailleurs, en mars dernier, un décret royal a permis d'alléger un peu le joug de leur tuteur, en les autorisant à effectuer des démarches administratives sans autorisation préalable de quiconque. Elles peuvent désormais chercher du travail, s'inscrire à l'université de leur propre chef, et les femmes divorcées ont le droit d'être titulaires d'une carte d'identité propre, ce qui n'était pas le cas auparavant. Il reste que pour voyager, elles sont toujours contraintes d'obtenir l'aval d'un tuteur. De plus, le port de l'abaya en public demeure également un handicap physique, qui limite leur liberté de mouvement.

 

(Pour mémoire : Le FMI salue les réformes dans les pays du Golfe)

 

« Tu ne reviendras pas »
Mais sur ce point, une décision de l'Assemblée consultative saoudienne a été prise en mars 2016, limitant les prérogatives de la toute-puissante et redoutée Commission pour la promotion de la vertu et la répression du vice. Depuis cette date, ses membres n'ont plus le droit de s'adresser directement aux citoyens pour les rappeler à l'ordre en matière de tenue vestimentaire. Désormais, ils n'ont que le droit d'adresser un signalement à la police civile qui seule décide ou non d'appréhender la personne ainsi signalée.

Des changements mineurs, mais qui en réalité apportent un petit vent de liberté dans le quotidien des Saoudiens. Ces derniers ont d'ailleurs été nombreux à célébrer, en mars dernier, le premier anniversaire de la limitation des pouvoirs de la commission, communément appelée hay'a en arabe. Un hashtag « tu ne reviendras pas » avait fleuri et déferlé sur Twitter, agrémenté de commentaires sarcastiques. Un internaute se félicitait ainsi d'« une année de calme et de tranquillité, après des années de domination ». Un hashtag qui a d'ailleurs refait surface dès dimanche matin, au lendemain des célébrations qui ont marqué la fête nationale, assorti d'un second : « Le patriotisme ne se mesure pas par les bâtons », dans une allusion à peine voilée aux bâtons que les membres de la hay'a utilisaient pour « corriger » celles et ceux qui ne respectaient pas, selon eux, les préceptes de l'islam rigoriste, que ce soit dans leur manière de s'habiller ou encore dans leur comportement.

« Ceux à qui les festivités de la fête nationale n'ont pas plu n'avaient qu'à rester chez eux », tweetait ainsi dimanche matin Ahmad al-Ahmad. Ahmad Mohammad saluait, quant à lui, la création d'une société d'investissement dans le secteur du divertissement. La semaine dernière, l'agence officielle SPA a annoncé la création d'une société d'investissement de 2,25 milliards d'euros dans le secteur du divertissement, alors que le pays cherche à ouvrir des centaines de centres de loisirs dans le cadre de son plan « Vision 2030 » visant à réduire sa dépendance au pétrole. Ahmad al-Khatib, président de l'Autorité générale du divertissement (General Entertainment Authority, GEA), avait en outre affirmé, à l'occasion du 4e Festival du film saoudien en mars dernier, qu'il voyait « les cinémas refaire leur apparition dans le pays ». Les salles sont totalement interdites depuis les années 1970 à travers le pays sous la pression des religieux conservateurs.

 

(Pour mémoire : Le tourisme religieux, l'or blanc de l'Arabie saoudite)

 

Feux d'artifice et concerts
Samedi soir, les feux d'artifice ont illuminé le ciel saoudien, dans un pays où toute manifestation publique était encore il y a peu perçue comme contraire à la religion. Traditionnellement, seules deux fêtes sont célébrées en public dans le royaume : le Fitr et l'Adha. Toute autre manifestation de joie est mal perçue. Mais cette année, une volonté nette de trancher avec l'austérité observée en public se fait jour, sur laquelle surfent d'ailleurs des opérateurs de téléphonie mobile. Ainsi, sur les écrans de leurs portables, les Saoudiens lisent depuis trois jours « Love you KSA (Kingdom of Saudi Arabia) » ou « KSA 4 Ever ». Les deux compagnies de téléphonie mobile STC et Mobily ayant elles aussi choisi de marquer l'événement.

Dans ce contexte, les Saoudiens ont pris les rues d'assaut samedi, et malgré une présence policière importante, l'ambiance était à la fête dans la nuit de samedi à dimanche. Des concerts ont été organisés à travers le pays. L'un d'eux a particulièrement marqué les esprits, celui du chanteur traditionnel saoudien Mohammad Abdo dont la performance à Riyad a été retransmise dans trois villes différentes par hologramme. Le dernier concert organisé à Riyad, rappelait récemment le quotidien saoudien Arab News, remonte à 1992...

Toutes ces réformes sont à placer dans un cadre plus large et plus structuré, celui de la « Vision 2030 », ambitieux programme de diversification économique dévoilé en 2016 et porté par le jeune prince héritier Mohammad ben Salmane (32 ans), fils du roi Salmane, visant à orienter le royaume vers une société de connaissance plutôt que de rester cloîtré dans une économie uniquement fondée sur les pétrodollars. Et pour ce faire, les tenants du pouvoir semblent être de plus en plus conscients de l'importance du rôle de la femme, ce qui les conduit, certes lentement, à déblayer le terrain pour lui permettre de se poser en véritable citoyenne.
Ils semblent également convaincus qu'une ouverture graduelle, dans un pays où les jeunes comptent pour 70 % de la population, est inévitable, sur le double plan économique et social. Surtout que l'économie est nettement ralentie par la fermeture des commerces et autres grandes surfaces, cinq fois par jour, tous les jours de la semaine, pour marquer les cinq prières quotidiennes. L'Arabie est le seul pays du Golfe à mettre en application cette norme socio-religieuse.


C'est un vent de changement, probablement passé inaperçu à l'aune des développements régionaux et internationaux, qui souffle ces derniers temps sur le royaume d'Arabie saoudite. Certes, à l'échelle occidentale, on est encore loin des standards en matière de droits de l'homme en général, et de la femme en particulier, mais pour les habitants du royaume, c'est presque une...

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Elles auront le droit de conduire des taxis roses ou pas ?

FRIK-A-FRAK

16 h 23, le 25 septembre 2017

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Commentaires (2)

  • Elles auront le droit de conduire des taxis roses ou pas ?

    FRIK-A-FRAK

    16 h 23, le 25 septembre 2017

  • VENT DE CHANGEMENT EN SAOUDITE... OBSCURANTISME PLUS PROFOND DANS LA SECONDE FACE DE LA MEME MONNAIE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 20, le 25 septembre 2017