Nos Lecteurs ont la Parole

De la loi

Dina GERMANOS BESSON
OLJ
23/09/2017

La loi de boycottage d'Israël, interdisant toute interaction entre Libanais et Israéliens est-elle adaptée aux expatriés et aux binationaux résidant en dehors du Liban ? Face à l'urgence du monde, et du Moyen-Orient en particulier, la question se pose de savoir : qui est libanais, qui a droit à la parole ? Sont-ce les Libanais résidant au Liban ainsi qu'à l'étranger ? Si on les considère tous comme libanais, la loi serait pour ainsi dire incongrue, voire impossible dans la société mondialisée d'aujourd'hui. Citons en vrac plusieurs cas de figure qui pourraient être rencontrés à l'étranger : un universitaire libanais obligé d'arrêter ses recherches scientifiques car son collègue est d'origine israélienne, un employé sommé de démissionner car son nouveau chef est franco-israélien, un malade contraint de renoncer à son opération car son médecin n'a pas la nationalité requise, etc. L'affaire Doueiri offrirait aujourd'hui l'occasion de penser la question de manière plus globale en ne la bornant pas aux seuls Libanais résidant dans le pays. Ainsi faut-il ouvrir le débat invitant à réviser la loi, en l'affinant, ou la parole ne peut-elle pas être donnée aux Libanais vivant à l'étranger, sous prétexte qu'ils ne sont pas impliqués de la même façon que leurs compatriotes ? Lorsqu'on édicte une loi, tient-on compte du caractère pluridimensionnel de l'identité libanaise ? Le pays doit sa richesse à la multiplicité culturelle et l'ouverture de ses citoyens sur le monde. Un lien social ne peut être durable sans prise de conscience des problématiques du peuple dans son ensemble. Sans doute sera-t-il plus fort, plus solide, lorsqu'il dépassera les enjeux confessionnels et communautaires. Il en sortira grandi. Il est important de renforcer cette richesse, sans porter atteinte aux citoyens qui résident au Liban.
C'est l'occasion à saisir : un prélude de débat semble nécessaire, sinon urgent, de sortir des flottements qui ont longtemps envenimé et enveniment encore le lien social du Liban. Pour le renouveler, il faut bien se parler. Autrement, l'interdit pérennise le conflit. Cela ne signifie pas que nous devons tous partager le même avis, sinon le débat – débarrassé de sa force dialectique – n'aura plus lieu d'être. En tout cas, afin de favoriser un lien social viable pour tous, la possibilité d'un débat doit être envisageable, sans pour autant nourrir les animosités, cristalliser les haines et les souffrances. Il nous semble dès lors que nous devons nous faire le relai de cette fragile espérance. En revanche, l'absence de débat figera le lien social, empêchant toute subversion et, par conséquent, toute ouverture possible. Dans un tel lien, rien ne doit constituer d'obstacle puisque toute transgression risque de le mettre à mal. Ceci n'est pas sans engendrer la massification, où l'abrasion des différences empêche non seulement toute expression de la singularité, mais encore toute créativité. Même (et surtout) une nation en guerre a besoin de ses artistes et de ses intellectuels – fussent-ils polémiques. En les condamnant, rien ne pourra distinguer l'art de la propagande.
Comme le dirait Sade, encore un effort si vous voulez être républicains...

 

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