Liban

D’un scandale à l’autre, la classe politique a fini par déteindre sur l’armée et la justice

Corruption

La libération de sept prévenus dans le dossier des pots-de-vin versés aux officiers dans l'affaire de l'Académie militaire a fait boule de neige ; des proches du courant du Futur et d'Amal suspectés.

21/09/2017

La libération mardi des sept personnes présumées impliquées dans l'affaire des pots-de-vin versés à de hauts officiers et des civils pour faciliter l'accès de jeunes postulants à l'Académie militaire a secoué une fois encore l'opinion publique et érodé sa confiance dans la justice. Cette mesure inattendue, qui aurait même « surpris » le ministre de la Justice, Salim Jreissati, comme il le dit, s'est également répercutée sur le moral de la troupe qui avait espéré une véritable réforme au sein de l'institution militaire après que le scandale se fut ébruité. Hier, l'affaire a pris une nouvelle dimension après la publication par le quotidien al-Akhbar d'un long article intitulé : Le scandale de l'Académie militaire en voie d'être étouffé.
L'article accuse nommément le Premier ministre, Saad Hariri, d'être intervenu pour la remise en liberté des prévenus, détenus depuis plus d'un mois et demi dans le cadre de l'enquête. Ces derniers sont accusés d'avoir touché des sommes faramineuses pendant plusieurs années en contrepartie de leur médiation pour faciliter l'accès à l'Académie militaire de jeunes postulants, bravant ainsi la stricte procédure prévue à cette fin et les tests de compétence nécessaires pour être admis.
Dans son article, l'auteur, Radwan Mortada, affirme que le chef du gouvernement a contacté le ministre de la Justice, Salim Jreissati, pour lui demander la remise en liberté des prévenus dont certains seraient proches de M. Hariri. Selon l'auteur, le Premier ministre aurait affirmé au ministre de la Justice que « le dossier est vide », soulignant que cinquante jours sont passés après leur arrestation. Toujours selon al-Akhbar, M. Jreissati aurait contacté à son tour le commissaire du gouvernement près la cour militaire, le juge Sakr Sakr, qui aurait « accepté de les remettre en liberté », une information formellement démentie par une source judiciaire contactée par L'OLJ, qui a qualifié ces propos de « mensongers ». La source a tenu à préciser que la libération des prévenus a été prise suite à une décision du premier juge d'instruction, Riyad Abou Ghida, et non du juge Sakr, soulignant que si les prévenus ont été relâchés après le versement d'une caution (un million de LL pour chacun), cela ne veut pas pour autant dire que le dossier est clos. « La procédure judiciaire se poursuivra et les sept prévenus seront déférés devant le tribunal », assure ce responsable. Ce dernier affirme en outre que la période de détention a été « exceptionnellement longue, bien plus que ne le prévoit la procédure de l'arrestation provisoire ».
À ce sujet, on apprend également de source proche du tribunal militaire que les prévenus « n'ont pas reconnu les accusations qui leur sont attribuées, les seules preuves recueillies en cours d'instruction étant les témoignages des parents des élèves postulants à l'Académie militaire qui ont admis avoir versé les pots-de-vin à ces prévenus ». La source confirme toutefois les informations du quotidien al-Akhbar relatives à la qualification de « délit » et non de « crime » les faits imputés aux sept prévenus.

Puce à l'oreille
Sitôt l'article publié, le ministère de la Justice a répondu aux accusations par un communiqué dans lequel il dément catégoriquement les propos du journaliste en question. « Le ministre de la Justice n'est intervenu dans ce dossier ni de près ni de loin, et personne n'a pris contact avec le ministre », peut-on lire dans le communiqué. Cependant, ajoute le texte, la teneur des informations publiées dans ce quotidien « mérite que le dossier soit déféré devant l'Inspection judiciaire. C'est ce qu'a fait d'ailleurs le ministre de la Justice ».
Contacté par L'OLJ, M. Jreissati a expliqué que la remise en liberté des sept prévenus lui a « mis la puce à l'oreille. C'est ce qui m'a poussé à déférer ce dossier devant l'Inspection judiciaire. Si cette institution n'avait pas été saisie, comment pourrais-je éviter à l'avenir les dérapages et continuer à faire preuve d'une bonne administration de la justice à un moment aussi crucial où celle-ci est appelée à se pencher sur l'enquête de Ersal ? » s'est interrogé le ministre.
Le 6 septembre, une enquête judiciaire avait été ouverte, suite à la demande adressée par le ministre de la Justice au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, d'engager des poursuites contre X pour déterminer les responsabilités dans le dossier de l'enlèvement et de la mort des militaires pris en otage, en août 2014, par l'État islamique.

L'armée « ne se laissera pas faire »
Dans les milieux de l'institution militaire, le mécontentement est à son paroxysme suite à l'annonce de la libération des prévenus. Un responsable au sein de l'armée a fait état d'une « grande déception » parmi la troupe, qui avait misé sur la volonté de réforme exprimée par le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun. Selon des sources concordantes, ce dernier était au courant de cette affaire de corruption avant même sa désignation et en a fait son cheval de bataille dès sa nomination à la tête de l'institution militaire, en mars dernier. Des sources militaires se félicitent toutefois de la décision du ministre de la Justice de déférer le dossier devant l'Inspection judiciaire pour l'ouverture d'une enquête.
On apprenait en même temps que le commandement de l'armée a clairement laissé entendre que l'institution militaire ne se laissera pas faire et « ne tolérera aucune ingérence politique dans le processus judiciaire, encore moins une couverture politique pour tous ceux qui s'avéreraient impliqués ».
La police militaire aurait même entamé une enquête parallèle pour faire la lumière sur ce scandale. Interrogée, une source proche du dossier a exprimé ses craintes de voir cette affaire vite étouffée d'autant que « parmi les personnes compromises, se trouvent des officiers de haut rang proches du mouvement Amal, qui n'ont pas été inquiétés à ce jour, ni arrêtés dans le cadre de l'enquête ». La source confirme par ailleurs que parmi les sept prévenus relâchés, se trouvent effectivement des personnes proches du courant du Futur, « mais pas seulement ». Le scandale est tel que les responsables politiques qui couvrent cette affaire « n'ont pas intérêt à ce que ce dossier fasse boule de neige et leur explose à la figure, ajoute la source. Je doute fort que l'enquête puisse se poursuivre jusqu'au bout. On peut toutefois dire que le fait d'avoir fait la lumière sur ce scandale aura au moins servi à dissuader toute personne au sein et à l'extérieur de l'institution militaire d'être tentée à l'avenir par une aventure de ce type ».

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CLASSE POLITIQUE... AAL ! HE, RIONS UN PEU...

NAUFAL SORAYA

Franchement, on ne nous épargne rien... La politique de l'autruche n'a pas que du mauvais...

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