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Liban

Le chant du cœur pour la vérité des parents de disparus

Droits de l’homme

Une chanson dédiée aux victimes de disparition forcée a été présentée hier pour la première fois au public.

Nada MERHI | OLJ
07/09/2017

Odette Salem (fauchée par une voiture en mai 2009) met en marche un vieux disque, la première fois depuis la disparition de ses deux enfants en Syrie. Une autre femme sort d'une armoire les habits soigneusement pliés de son fils. La « tente du sit-in », aux pans décorés par les photos des disparus, est désormais vide dans le jardin Gebran Khalil Gebran au centre-ville de Beyrouth. Des femmes éplorées. Des centaines de photos en noir et blanc, défraîchies par de longues années d'attente et d'incertitude quant au sort de ceux qu'elles représentent...

Ces images troublantes, qui représentent près de quatre décennies d'attente et de souffrances, défilent tout au long du vidéoclip, réalisé par Carole Mansour, de la chanson pour les disparus La dallayt wla fallayt, littéralement « Tu n'es ni resté ni parti ». Écrit par Sawsan Mortada, composé par Ahmad Kaabour et chanté par Chantal Bitar, ce texte résume l'incertitude dans laquelle se trouvent les familles des victimes de disparition forcée au Liban et en Syrie depuis le début de la guerre en avril 1975, l'espoir auquel elles s'accrochent, le vide que ces personnes ont laissé dans leur vie... Le vidéoclip a été réalisé grâce au soutien du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme.

 

(Pour mémoire : Trois expositions pour mettre en relief les cas des disparus de la guerre du Liban)

 

Hier, il a été présenté au public par le comité des familles de personnes kidnappées ou disparues au Liban à l'occasion de la Journée internationale des disparus, fixée au 30 août, au cours d'une cérémonie organisée à la Maison de l'avocat, dans le secteur du Musée, en coopération avec la campagne Hakna naaref (Nous avons le droit de connaître la vérité). Celle-ci devait avoir lieu le mercredi 30 août. Elle avait été toutefois reportée, en raison des développements survenus la semaine dernière, notamment en ce qui concerne le dossier des militaires enlevés par le groupe État islamique, et dont les dépouilles mortelles avaient été retrouvées à l'issue de l'offensive L'aube des jurds.

« Cette chanson est née des larmes des mères et de l'amertume de l'attente d'un bien-aimé qui tarde à rentrer », affirme Wadad Halawani, présidente du comité des familles de personnes kidnappées ou disparues au Liban. « Elle lutte contre l'injustice, rejette la guerre, met l'accent sur l'amour et l'espoir, recherche l'humanité et appelle à la paix », insiste-t-elle, soulignant qu'à travers ce vidéoclip, les familles des disparus entendent toucher le plus grand nombre de personnes pour les sensibiliser à leur cause.

« Chaque jour est la journée de nos disparus jusqu'à ce que nous connaissons leur sort », insiste encore Mme Halawani, qui ne manque pas de s'attarder sur les souffrances des familles des militaires tués par l'EI. « Notre malheur est tout aussi grand, confie-t-elle. Je suis sûre que les familles des militaires ne se fâcheront pas de nous si nous ressentons une certaine jalousie. » « Certes votre catastrophe est affligeante, dit-elle en s'adressant à elles. Mais vous, vous êtes fixés sur le sort de vos fils. Ce n'est pas notre cas. Depuis plus de trois décennies, nous sommes toujours dans l'incertitude. Honte aux dirigeants qui laissent leurs citoyens rêver d'une tombe pour un être qu'ils ont perdu. »

 

 

« Pour oublier, nous devons nous rappeler... »
La cérémonie d'hier a été une occasion pour les familles des disparus et les organisations internationales de « rappeler au gouvernement ses responsabilités » sur ce plan en « accordant la priorité à ce dossier, et ce en œuvrant à dévoiler le sort des disparus », mais aussi à soutenir les familles tout au long de ce processus, comme le souligne Jérôme Thuet, coordonnateur adjoint du programme sur les disparus du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

« Il est temps que le sort des personnes victimes de disparition forcée soit enfin dévoilé », insiste à son tour Me Walid Abou Diya, représentant le bâtonnier de l'ordre des avocats de Beyrouth. Il souligne que cela « n'est pas impossible », comme le montrent les expériences d'autres pays qui ont connu des guerres, mais qui « ont misé sur le règlement du dossier de leurs disparus » et « ont réussi à le faire ».

« Y a-t-il une décision officielle d'atermoiement ? Le dossier des victimes de disparition forcée est-il condamné à rester sans solution ? » s'est interrogé Me Abou Diya, faisant remarquer que « la légèreté avec laquelle l'État aborde ce dossier est honteuse ». Et d'insister sur la nécessité de former une commission indépendante qui sera chargée de suivre ce dossier avec les organisations internationales concernées et de compléter la collecte de l'ADN des parents des disparus.

 

(Pour mémoire : Un livre et des expositions pour ne pas oublier les disparus de la guerre du Liban)

 

Me Nizar Saghiyé, avocat des comités des familles des disparus, a pour sa part rappelé les points positifs réalisés au cours des dernières années, notamment la décision prise par le Conseil d'État en mars 2014, accordant aux familles des disparus et des victimes de disparition forcée le droit de prendre connaissance du rapport de la commission officielle d'investigation sur le sort des enlevés et disparus au Liban, désignée en 2000 par le Premier ministre d'alors, Sélim Hoss, et présidée par le général Sélim Abou Ismaïl, et la proposition de loi pour la création d'une commission indépendante qui sera chargée du dossier, actuellement en examen au Parlement.

« Symbole de résistance », comme le souligne Nizar Saghiyé, les familles des victimes de disparition forcée ont une fois de plus insisté hier sur leur droit à la vérité. Ce cri d'un cœur qui ne veut pas s'affadir et s'éteindre, qui veut continuer à vibrer jusqu'à ce que la vérité soit établie, habite les paroles de la chanson pour les disparus : « Les oublier ? Nous n'allons pas les oublier. Pour oublier, nous devons nous rappeler. Où sont-ils ? Nous voulons connaître leur sort, pour pouvoir nous libérer du passé... »

 

 

Pour mémoire

« Nous envions ceux qui peuvent enterrer leurs enfants », lance le comité des familles de disparus au Liban

Disparus : « Nous avons le droit à la vérité... »

 

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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

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