Il est triste de constater que le sujet du chômage du week-end continue d'être traité sous son aspect religieux, pour ne pas en dire davantage, sans oublier la part qui revient à la mauvaise foi...
Dans les années 1970, lorsque le gouvernement libanais décida de trouver une solution à la situation aberrante et même ridicule des jours ouvrables dans les différentes administrations (sur base, si je me rappelle bien, de cinq jours de travail par semaine, c'est-à-dire de lundi à vendredi compris, et deux jours de week-end : samedi + dimanche), le mufti de l'époque, feu cheikh Hassan Khaled, s'était élevé contre cette décision, en réclamant qu'elle soit modifiée, de sorte à ce que le vendredi, qui est un jour sacré pour les musulmans, devienne un jour chômé tout comme le dimanche l'est pour les chrétiens, et ce par respect pour les droits des musulmans. Ainsi, un long débat et des discussions eurent lieu alors entre des responsables politiques, religieux, etc., pour aboutir en fin de compte à la formule de compromis actuelle : le vendredi, les musulmans peuvent quitter plus tôt leur travail (probablement vers 11h00) pour avoir le temps d'accomplir leur devoir religieux, mais les chrétiens continueront à travailler jusqu'à la fin de l'horaire officiel ; le samedi, tout le monde travaille selon le même horaire que les autres jours de la semaine, et le dimanche est le seul jour de congé entier pour tous.
À cette époque-là, j'avais interrogé un grand ami musulman sunnite et très pratiquant, pour savoir si le chômage du vendredi était obligatoire selon la loi musulmane. Il me répondit négativement, en ajoutant que la seule obligation pour les musulmans était de participer, ce jour-là, à la prière dans une mosquée que choisirait le fidèle. La preuve, les trois plus grandes nations musulmanes du monde : la Turquie, le Pakistan et l'Indonésie chôment le samedi et le dimanche, comme presque tout le reste du monde.
Est-ce qu'il valait la peine de provoquer toute cette tension, à l'époque, pour aboutir à l'actuelle formule boiteuse, dont tout le peuple est victime, y compris et surtout les fonctionnaires. Eux-mêmes, puisque leur week-end est constitué par à peu près un demi-jour (vendredi), suivi, deux jours plus tard, par un jour complet (dimanche) ? En d'autres termes, avec le règlement ridicule actuel, aucun fonctionnaire ne peut envisager de préparer un programme de week-end normal, étalé sur deux jours consécutifs, qu'il passerait avec sa famille ou ses amis, comme font ses confrères dans le reste du monde.
Or, il arrive que notre nouveau gouvernement ait voulu mettre un terme à cette mascarade, qui traîne depuis des décennies. À peine la décision prise, que des voix discordantes ont commencé à fuser, tellement aveuglées par leur fanatisme, qu'elles n'ont rien vu de positif dans la nouvelle formule moderne décidée... Une façon de penser purement primitive. Naturellement, les foyers endémiques du takfirisme ne sont jamais loin de ce genre de milieux.
N'est-il pas grand temps que certains citoyens libanais mûrissent enfin, pour commencer à raisonner comme des adultes responsables et intelligents? Sinon, je suggère que les autorités organisent un sondage d'opinion auprès des seuls fonctionnaires musulmans des administrations, afin qu'ils votent : soit pour la formule de la nouvelle décision gouvernementale, soit pour celle du maintien du règlement actuel, soit enfin pour la formule du chômage vendredi et dimanche, et je suis sûr que c'est la première qui l'emportera.
Nos lecteurs ont la parole - Par Élie Michel Nasard
Le chômage du week-end
OLJ / le 06 septembre 2017 à 00h00


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