Liban

L’échange de reproches se poursuit entre le Hezbollah et le 14 Mars

Réactions

La classe politique reste divisée autour de la lecture des événements qui ont permis de mettre fin à la présence des islamistes du groupe État islamique dans les jurds de Ras Baalbeck et du Qaa, et d'exhumer les corps des soldats libanais enlevés en 2014.

OLJ
05/09/2017

Alors que le Hezbollah continue de crier victoire et de mettre en avant le triptyque peuple-armée-résistance, qui aurait, selon lui, favorisé celle-ci, dans le camp du 14 Mars, on soulève toujours des zones d'ombre qui marquent la fin de l'assaut contre l'État islamique (EI).
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, est ainsi revenu à la charge sur le sujet, affirmant soutenir l'appel du président Michel Aoun, qui, dans un souci de faire taire la polémique qui faisait rage au sujet des responsabilités dans la mort des militaires, avait demandé la semaine dernière la mise en place d'une commission d'enquête. « Il faut cependant que cette enquête commence par le dernier chapitre (de la bataille des jurds), pour voir qui voulait faciliter le départ de Daech (acronyme arabe de l'EI) et pourquoi un marché a été conclu avec eux. Tout le monde sait qu'ils étaient encerclés et qu'il aurait suffi de les capturer pour connaître le sort des militaires », a réaffirmé Samir Geagea. Une idée que le Rassemblement de Saydet el-Jabal a également développée en relevant que « les Libanais ont le sentiment que l'État s'efface devant la montée de l'influence des milices ».
M. Geagea s'était auparavant dit surpris par la position du Hezbollah, qui avait vivement critiqué les forces américaines qui empêchaient le convoi de Daech d'arriver à destination en Syrie. « Cette position est surprenante et suspecte. J'ai essayé durant les dernières 48 heures de lui trouver une explication quelconque, mais cela a été impossible », a-t-il soutenu.
L'ancien ministre Achraf Rifi a lui aussi soutenu la proposition du chef de l'État, mais a jugé nécessaire « que des comptes soient demandés au Hezbollah à cause des conséquences au Liban de son engagement militaire en Syrie et parce qu'il avait empêché le gouvernement de Tammam Salam (en 2014) de négocier avec les ravisseurs pour récupérer les soldats qui étaient encore vivants, alors qu'il ne s'est pas gêné aujourd'hui de conclure un marché avec Daech, au profit du régime syrien ». Il s'est demandé si la formation chiite allait remettre aux autorités judiciaires libanaises les combattants de l'EI qui s'étaient rendus durant la bataille, après avoir rappelé que « les ministres du Hezb et de ses alliés s'étaient formellement opposés à des négociations avec l'EI pour récupérer les soldats qui étaient toujours détenus à Ersal, prétextant une atteinte à la souveraineté nationale », a-t-il rappelé dans une déclaration.
Un rappel également fait par le député Mohammad Hajjar (courant du Futur) lors d'un meeting populaire à Barja durant le week-end, pour relever les « contradictions » dans les positions de la formation chiite. « Nous avons vu le Hezbollah ouvrir les frontières syriennes aux terroristes qui ont tué des militaires libanais, au moment où l'armée s'apprêtait à les capturer », a-t-il fulminé, en estimant que Daech « sert d'une façon ou d'une autre l'intérêt de la Syrie et du Hezbollah ».

Procès-verbaux de 2014
La colère que cet épisode a suscitée chez les Kataëb, exprimée dans le communiqué que le parti de Samy Gemayel a fait publier hier au terme de la réunion hebdomadaire de son bureau politique, est également partagée par le ministre des Affaires sociales, Pierre Bou Assi (Forces libanaises), qui, dans des déclarations à la presse, a sans ambages accusé le parti de Hassan Nasrallah « représenté au gouvernement de monopoliser les décisions de guerre sans en référer à l'État ». « Le Liban ne peut pas être construit suivant l'équilibre des forces actuelles. Il faut qu'il y ait un partenariat entre les composantes libanaises, le partenariat dans sa conception réelle étant pour le moment brisé », a averti M. Bou Assi, en affirmant que « tout ministre qu'il est, il ignore qui a chargé le Hezbollah de négocier avec les terroristes et comment ces derniers ont pu se replier vers la Syrie ».
Comme s'il lui faisait écho, le député Nadim Gemayel a mis en avant un nouveau triptyque : « parti-Daech-régime syrien », pendant que le député Nabil de Freige proposait de « rendre publics les procès-verbaux des Conseils des ministres d'août septembre 2014, pour que les Libanais puissent connaître la vérité et que chaque partie assume ses responsabilités ».
À tous ces reproches, les cadres du Hezbollah répondent toujours en accusant leurs détracteurs de « ne pas vouloir accepter la réalité et reconnaître que la libération des jurds s'est faite grâce aux résistants ». C'est ce que le numéro 2 du parti chiite Naïm Kassem a notamment affirmé lors d'une cérémonie à la mémoire de deux combattants du Hezbollah tués en Syrie, après avoir indiqué que le parti « restera en Syrie jusqu'à ce que sa mission soit accomplie, c'est-à-dire qu'il s'assure que les visées des jihadistes et que le terrorisme israélo-américain ont été neutralisés ». « Pourquoi ne voulez-vous pas que l'armée libanaise combatte avec la résistance, avec le soutien du peuple? Une armée isolée de son peuple ne peut pas enregistrer des exploits. Les forces régulières ont prouvé leurs capacités dans le cadre de ce triptyque important qui est l'armée, le peuple et la Résistance », a-t-il dit, en assurant que « tous les pôles de l'État, ainsi que la troupe ont contribué à la solution » qui a mis fin à la présence des jihadistes dans les jurds. Le cheikh Kassem a expliqué en substance que cette solution a permis d'éviter une effusion de sang et s'est déchaîné contre les détracteurs du Hezbollah en leur demandant d'« énumérer leurs contributions à la libération du Liban ». Il a ensuite appelé de nouveau à développer les relations bilatérales libano-syriennes.

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