Liban

Khoury reprend les contacts avec la Syrie « pour résoudre les problèmes d’exportation »

Coopération

Mouïn Merhebi craint, en filigrane, « un retour aux accords sécuritaires » entre Beyrouth et Damas.

30/08/2017

Le ministre de l'Économie, Raëd Khoury, du bloc du Changement et de la Réforme, a franchi un pas hier en direction d'une reprise d'une coopération officielle entre Beyrouth et Damas, en annonçant, dans un communiqué, qu'il a commencé à coordonner avec son homologue syrien, Mohammad Samer Khalil, « afin de lancer une nouvelle étape ». « Cette étape, nous l'espérons, sera celle des solutions à la plupart des problèmes socio-économiques qui se sont aggravés ces dernières années », a expliqué M. Khoury.

Le ministre a placé cette coordination dans le cadre « des développements découlant du succès de l'armée dans son combat contre les groupes terroristes (...), ce qui permettra dorénavant d'aborder les répercussions de la crise syrienne sur l'économie libanaise ». Il a plus particulièrement évoqué les exportations libanaises, très affectées par la fermeture des routes depuis que la crise syrienne a gagné en intensité, ce qui a obligé les exportateurs libanais à utiliser d'autres moyens de transport bien plus coûteux.

Dans le domaine des échanges commerciaux, a ajouté le ministre, « nous travaillons à redynamiser les commissions techniques entre les deux pays, dont l'activité a été gelée depuis des années ». Le ministre a également évoqué des mesures pour lutter contre la contrebande ainsi que d'autres problèmes irrésolus comme les assurances sur la sécurité des routiers libanais qui transitent par le territoire syrien.

 

Aval du Conseil des ministres ?
Cette déclaration intervient deux semaines à peine après la querelle suscitée par la visite de trois ministres libanais, Hussein Hajj Hassan, Ghazi Zeaïter et Youssef Fenianos, à Damas, en vue de participer à la Foire internationale de la ville, sans avoir été officiellement mandatés par le Conseil des ministres. Y a-t-il des similarités avec l'annonce faite par le ministre de l'Économie ?

Interrogé par L'OLJ sur ce point, M. Khoury souligne que « les pourparlers entamés avec le ministère syrien sont des mesures de routine entre les deux administrations, qui ne nécessitent pas l'aval du Conseil des ministres ». Il assure qu'il n'y a aucune similarité avec l'affaire du voyage des ministres à Damas. « Dans les cas de voyage, les ministres se doivent d'obtenir l'accord du gouvernement réuni, dit-il. Alors que pour ce qui nous concerne, nous établissons des contacts pour régler des problèmes ponctuels. »

Et des problèmes, selon lui, il y en a. « Nos exportations ont baissé de 1,4 milliard de dollars depuis que le transit par la Syrie est compromis, dit-il. Les commerçants et les agriculteurs se plaignent beaucoup de cette situation. Nous sommes aujourd'hui obligés d'acheminer nos marchandises par la mer ou par les airs, ce qui nous coûte beaucoup plus cher et rend nos exportations peu compétitives. Il est essentiel de régler ce problème. »

Dans son communiqué, le ministre aborde la question de la sécurité du transport des marchandises à l'intérieur de la Syrie. Le gouvernement syrien actuel contrôle-t-il assez son territoire pour donner de telles garanties ? M. Khoury indique que, selon les informations qu'il a eues, les frontières syriennes avec l'Irak et la Jordanie seront bientôt sécurisées par le gouvernement, et c'est ce qui intéresse les exportateurs libanais.

Où en sont les tractations ? « Une délégation formée du directeur général du ministère syrien, ainsi que d'autres fonctionnaires, sera à Beyrouth en septembre pour redémarrer les contacts sur ces accords », dit-il.

Interrogé à son tour, le ministre d'État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi (bloc du Futur), confirme simplement que « la question des contacts entre les ministères n'a jamais été incluse à l'ordre du jour du Conseil des ministres ». Tout en reconnaissant qu'un minimum de coordination a été assuré ces dernières années par certaines administrations avec les autorités syriennes au besoin, il exprime sa crainte que « des initiatives comme celle-là, initiées par le Hezbollah et le régime syrien, ne soient destinées à pousser les autorités libanaises à redynamiser d'autres accords, les accords sécuritaires qui avaient été signés précédemment entre les deux pays ». Pour M. Merhebi, une telle démarche « serait très dangereuse, en raison de ce qu'elle pourrait impliquer pour le Liban ». Il s'est personnellement déclaré « favorable au gel de tous les accords signés avec le régime syrien ».

 

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